Violences sexuelles sur mineurs, l'angle mort des Outre-mer ?

Plus exposés aux violences sexuelles, les mineurs ultramarins restent aussi moins bien accompagnés. Une enquête révèle les failles d'un système qui peine encore à protéger les plus vulnérables. À La Réunion, le constat ne laisse pas indifférent.
L'affaire Lyhanna a fait ressurgir de vieux démons. Des démons dont on ne parle peut-être pas assez. Il s'agit des violences sexuelles sur mineurs, qui frappent les Outre-mer, plus qu'ailleurs.
C'est cette réalité que met en lumière l'enquête "Virage dans les Outre-mer", menée par l'Institut national d'études démographiques (Ined) entre 2018 et 2020 et relayée par le média Histoires Crépues.
Record aux Antilles
Son principal enseignement est sans appel. Les mineurs des Outre-mer sont davantage exposés aux violences sexuelles que ceux de l'Hexagone.
À La Réunion, 6,6 % des femmes interrogées déclarent avoir subi au moins une violence sexuelle avant l'âge de 18 ans. En France hexagonale, cette proportion est de 4,6 %. Chez les hommes, 0,9 % des Réunionnais rapportent avoir été victimes durant leur enfance, contre 0,7 % dans l'Hexagone. "Ces écarts, en apparence modestes, représentent plusieurs milliers de victimes supplémentaires à l'échelle d'un territoire", souligne l'Ined.
La situation est encore plus marquée dans les Antilles. En Guadeloupe, 8,8 % des femmes et 1,7 % des hommes déclarent avoir subi des violences sexuelles avant leur majorité. En Martinique, les taux atteignent 9,1 % chez les femmes et 2,9 % chez les hommes. Plus inquiétant encore, 3,2 % des Martiniquaises disent avoir été victimes d'un viol ou d'une tentative de viol avant 18 ans, soit près du double du niveau observé dans l'Hexagone.
Ces données, rappelle l'enquête, mesurent les violences subies tout au long de la vie, qu'elles soient psychologiques, physiques ou sexuelles, dans la sphère familiale, scolaire, professionnelle ou conjugale.
Une enfance souvent marquée par plusieurs formes de violences
L'étude montre également que les violences sexuelles surviennent rarement de manière isolée. Les victimes déclarent très fréquemment avoir également subi des violences psychologiques, physiques ou des négligences pendant leur enfance.
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À La Réunion, 30 % des femmes et 25 % des hommes rapportent ainsi avoir subi au moins une forme de violence avant leur majorité. En Guadeloupe, ces proportions atteignent respectivement 32 % et 23 %, contre 31 % et 26 % en Martinique.
Pour les chercheurs, ces résultats rappellent que les violences faites aux enfants constituent un phénomène structurel, dont les conséquences peuvent se prolonger toute la vie, avec un risque accru de troubles psychiques, de difficultés sociales ou de problèmes de santé.
Plus de victimes, mais moins de moyens
L'autre enseignement de cette enquête concerne la réponse apportée aux victimes. Selon nos confrères d'Histoires Crépues, plusieurs territoires ultramarins souffrent d'un manque chronique de structures spécialisées. Les unités d'accueil médico-judiciaires sont parfois éloignées, les pédopsychiatres trop peu nombreux et les psychologues spécialisés insuffisants pour répondre aux besoins.
Cette fragilité des dispositifs est régulièrement dénoncée par les associations de protection de l'enfance. En Martinique, 132 procédures pour viols ou agressions sexuelles sur mineurs ont été enregistrées en 2025. Un chiffre déjà élevé, mais qui ne reflète que les faits ayant donné lieu à une plainte. Les spécialistes s'accordent à dire que la majorité des violences sexuelles commises sur des enfants ne sont jamais signalées.
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La Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants, la Ciivise, a d'ailleurs constitué un groupe de travail consacré aux Outre-mer afin de mieux prendre en compte leurs spécificités.
À La Réunion, où les associations constatent elles aussi une hausse des révélations, la seule réponse ne doit plus être judiciaire. Il s'agit de garantir un accompagnement rapide, durable et spécialisé à des enfants dont la reconstruction dépend souvent de la qualité de la prise en charge.


