Taxe “Chirac” sur l'aérien : la Corse allégée, à quand La Réunion ?

Depuis le 1er juin, les passagers de 26 liaisons aériennes françaises bénéficient d'une baisse de la taxe de solidarité sur les billets d'avion (TSBA), plus connue sous le nom de “taxe Chirac”. Parmi les bénéficiaires figurent notamment plusieurs liaisons vers la Corse. A l'image du PDG d'Air Austral, les compagnies desservant l'outre-mer appellent à un même allégement pour les DOM.
Créée en 2006 à l'initiative de Jacques Chirac pour financer l'accès aux soins dans les pays en développement, la TSBA a fortement augmenté ces dernières années. Depuis la loi de finances 2025, la taxe a notamment été multipliée par trois sur plusieurs catégories de billets, suscitant de vives critiques de la part des compagnies aériennes et des usagers.
Face aux protestations des élus et des acteurs économiques de certains territoires, le gouvernement a finalement décidé de réduire cette taxe sur 26 liaisons considérées comme essentielles à l'aménagement du territoire. En classe économique, elle passe ainsi de 7,40 euros à 2,63 euros par passager.
Parmi les lignes concernées figurent notamment les dessertes entre Paris et Ajaccio, Bastia, Calvi ou Figari, mais aussi les liaisons entre la Corse, Marseille et Nice.
“Je suis collecteur de taxes”
À La Réunion, cette décision est suivie avec attention par les compagnies qui desservent les territoires ultramarins et notamment Air Austral.
Lors de la présentation des résultats annuels de la compagnie, ce vendredi, Hugues Marchessaux, le président du directoire de la compagnie, a d'abord rappelé le poids croissant des taxes et redevances dans le prix des billets. Le dirigeant rappelle que les compagnies aériennes ne perçoivent qu'une partie du prix acquitté par les voyageurs.
“Sur un billet moyen-courrier, les taxes et redevances représentent entre 35 % et 40 % du prix payé par le passager. Sur 100 euros, je ne touche que 60 euros. Le reste, je le collecte”, décrit le dirigeant. Même chose sur le long-courrier, mais dans une proportion moindre, "de l'ordre de 15 à 20 %, mais là aussi, ça joue sur la difficulté à boucler son budget".
“Je suis collecteur de taxes et de redevances. Une partie sert à financer les aéroports, qui rendent des services. C'est normal, il faut les payer. Mais je suis aussi collecteur de taxes pour l'État. Et c'est cette partie-là qui a le plus évolué ces dernières années. On l'oublie un peu trop souvent”, a poursuivi le président du directoire de la compagnie locale.
Une fiscalité qui pèse de plus en plus lourdement sur le pouvoir d'achat des voyageurs ultramarins. Dans le viseur d'Hugues Marchessaux en particulier, la taxe de solidarité sur les billets d'avion, qui peut représenter jusqu'à “75 euros pour une famille de cinq personnes”.

“Le combat continue pour nos clients”
Pour le dirigeant, l'allègement accordé à certaines liaisons métropolitaines et corses relance nécessairement la question de son extension aux territoires ultramarins.
“Le combat continue pour nos clients”, lance-t-il. Un message qu'il dit avoir récemment porté auprès du ministre des Transports lors d'une rencontre à Paris. Une démarche menée collectivement par les compagnies desservant les outre-mer, au travers de leurs organisations professionnelles.
L'objectif est de faire reconnaître les spécificités des territoires ultramarins, où l'avion constitue le seul moyen de transport vers l'Hexagone.
La FNAM regrette l'absence des outre-mer
Dans un communiqué publié le 1er juin, la Fédération nationale de l'aviation et de ses métiers (FNAM) va dans le même sens.
Si le syndicat se félicite de l'entrée en vigueur du tarif réduit de la TSBA sur les 26 liaisons concernées, l'organisation rappelle toutefois que ces dessertes ne représentent que 26 lignes sur les 1 380 exploitées en France en 2024.
Surtout, la fédération regrette que la Commission européenne n'ait pas encore validé l'extension de ce tarif réduit aux liaisons de continuité territoriale entre l'Hexagone et les territoires d'outre-mer.
La FNAM réaffirme également son opposition à la hausse générale de la TSBA entrée en vigueur le 1er mars 2025. Selon elle, cette augmentation pénalise l'attractivité du pays, son activité économique ainsi que les compagnies aériennes françaises. La fédération estime que la France a perdu environ 2 % de croissance de son trafic aérien en 2025 par rapport à la moyenne européenne.
Une question de continuité territoriale
Pour les acteurs du transport aérien ultramarin, le débat dépasse la seule question fiscale, sur fond de débat sur l'égalité de traitement entre les territoires français en matière de transport aérien.
Alors que les liaisons corses bénéficient d'un dispositif spécifique au nom de la continuité territoriale, les compagnies desservant les outre-mer estiment que les Réunionnais, Mahorais, Antillais ou Guyanais font face à des contraintes d'éloignement supérieures.
Dans un contexte marqué par la hausse du coût de la vie et des prix du carburant, la réduction de la taxe Chirac est ainsi perçue comme un levier susceptible d'alléger le coût des déplacements, même à la marge.
Les 26 lignes concernées
Depuis le 1er juin, la taxe Chirac est réduite sur 26 liaisons jugées essentielles à l'aménagement du territoire :
- Vers Paris : Aurillac, Brive, Le Puy-en-Velay, Castres, Rodez, Tarbes et Limoges.
- Vers la Corse : Ajaccio, Bastia, Calvi et Figari depuis Paris, Marseille et Nice.
- Liaisons régionales : Brest-Ouessant, Limoges-Lyon, La Rochelle-Lyon et Poitiers-Lyon.
- Liaisons européennes : Strasbourg-Madrid, Strasbourg-Munich et Strasbourg-Copenhague.


