Air Austral affiche ses “ambitions” et ses nouveautés, malgré les turbulences sur le carburant

Après plusieurs années de restructuration et de difficultés financières, Air Austral renoue avec les bénéfices. La compagnie réunionnaise a présenté des résultats en nette amélioration et dévoilé ses ambitions pour les prochaines années. Modernisation de la flotte, renforcement du réseau régional, nouveaux partenariats et amélioration de l'expérience client figurent au programme. Une trajectoire de croissance que la direction entend poursuivre, tout en restant prudente face à la situation au Moyen-Orient.
Pour Air Austral, l'exercice clos au 31 mars 2026 marque un véritable tournant. “Cette année est l'année du retour à la rentabilité, mais surtout d'un retour à une rentabilité totale”, a résumé le président du directoire d'Air Austral, Hugues Marchessaux.
Après avoir retrouvé l'équilibre d'exploitation lors de l'exercice précédent, la compagnie affiche cette fois un résultat net positif de 1,5 million d'euros, contre une perte de 11 millions d'euros un an plus tôt. Le résultat d'exploitation (EBIT) atteint 9,3 millions d'euros, contre 2 millions l'année précédente, tandis que l'EBITDA progresse de 8 à 20,9 millions d'euros.
“Nous sommes positifs tant au niveau de l'exploitation qu'au niveau du résultat net. L'objectif est atteint.”
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Le chiffre d'affaires s'établit à 464 millions d'euros, en progression de 5 % sur un an. L'activité suit la même dynamique avec plus de 1,226 million de passagers transportés (+5 %), 16 729 tonnes de fret (+15 %) et un taux de remplissage moyen de 92 %, en hausse de deux points.
Ces performances ont été obtenues malgré plusieurs aléas techniques, notamment l'immobilisation prolongée d'un Boeing 787 et des difficultés rencontrées sur certains Airbus A220.
Une croissance portée par l'Asie et l'océan Indien
La progression du trafic repose principalement sur le développement du réseau régional et de la desserte asiatique.
Le marché de l'océan Indien a enregistré de bonnes performances, notamment sur les axes Réunion-Mayotte, Réunion-Maurice et Madagascar. La ligne Bangkok, devenue un pilier du développement international de la compagnie, continue également de tirer la croissance.
Air Austral a par ailleurs renforcé ses positions commerciales avec 40 % du trafic passagers transporté à La Réunion et 58 % du marché mahorais.
Selon la direction, plusieurs facteurs expliquent cette embellie : la baisse du coût du carburant durant l'exercice écoulé, une parité euro-dollar favorable, mais aussi le travail mené sur la qualité de service, l'optimisation commerciale et le remplissage des avions.
“Il y a un attachement à la compagnie et aux services qu'elle fournit. Nous avons eu de très bonnes performances sur nos classes avant et de bonnes performances de nos équipes commerciales.”
"L'ambition de se développer"
Le retour aux bénéfices ne marque pas une fin en soi. La direction entend désormais inscrire Air Austral dans une nouvelle phase de développement.
“Air Austral, c'est le retour à la rentabilité, mais c'est aussi l'ambition de se développer."
La feuille de route présentée pour la période 2027 à 2030 repose sur plusieurs priorités : consolider les positions de la compagnie sur les lignes Réunion-Paris et Mayotte-Paris, poursuivre le développement vers l'Asie via Bangkok, renforcer les flux de correspondances régionales et accroître les activités cargo et d'évacuation sanitaire.
L'entreprise entend également poursuivre son désendettement. Après avoir commencé à rembourser sa dette, Air Austral vise un assainissement complet de sa situation financière en 2030.

Une flotte modernisée pour davantage de capacité
Pour accompagner cette croissance, Air Austral prépare une évolution majeure de sa flotte régionale.
Les trois Airbus A220-300 seront progressivement remplacés par deux Airbus A320neo, donc de nouvelle génération (location financière). Le premier appareil doit arriver à la fin du mois de mars 2027, le second en mai 2027.
Ces avions offriront près de 40 % de capacité supplémentaire (132 à 180 places) et davantage de volume pour le transport de fret sur les lignes régionales les plus dynamiques.
La vente des A220 contribuera également à réduire l'endettement de la compagnie, chiffré à 150 millions d'euros.
En parallèle, Air Austral poursuit sa réflexion sur le renouvellement futur de sa flotte long-courrier afin de disposer d'appareils moins consommateurs de carburant.
Le Cap dans le viseur et des partenariats renforcés
Plutôt que de multiplier les ouvertures de lignes, Air Austral privilégie une stratégie fondée sur les partenariats et les correspondances.
“Je crois très fermement qu'il faut se concentrer sur nos savoir-faire. Par contre, une des voies de développement de notre compagnie est de capitaliser sur les correspondances.”
Dans cette logique, la compagnie a renouvelé son partenariat avec Air India, qui permettra d'élargir les possibilités de voyage vers plusieurs grandes villes indiennes via son réseau.
Air Austral renforce également son offre en métropole grâce à son partenariat avec la SNCF. Après les liaisons INOUI, les billets combinés Train + Air intégreront progressivement les dessertes OUIGO, ouvrant l'accès à un nombre croissant de destinations en province.
La compagnie poursuit également son développement régional. Après la reprise de Moroni sur une base saisonnière, une ouverture vers Le Cap, en Afrique du Sud, est envisagée dès l'année prochaine en complément de Johannesburg.
Des réflexions sont également engagées autour des Seychelles, même si aucun projet concret n'est encore arrêté.

Une expérience client en pleine modernisation
L'autre axe fort du développement concerne l'expérience client.
Plusieurs nouveautés ont été annoncées : création d'un espace personnel relié au programme de fidélité MyCapricorne, revu en profondeur et qui prend désormais en compte toutes les dépenses, l'arrivée des bornes libre-service à La Réunion et à Paris-Charles-de-Gaulle, la refonte complète du site internet à la rentrée et le déploiement futur d'un assistant basé sur l'intelligence artificielle.
"Aucune inquiétude de pénurie à venir"
Mais si le bilan sortant est particulièrement favorable, les perspectives pour l'exercice en cours apparaissent plus incertaines.
La crise au Moyen-Orient et les tensions autour du détroit d'Ormuz ont provoqué une envolée du prix du kérosène. Le jet crack (indicateur financier utilisé dans l'industrie aérienne, correspondant à l'écart entre le prix du kérosène et celui du pétrole brut, NDLR) est passé d'environ 99 dollars à plus de 200 dollars en seulement quelques semaines, avant de redescendre progressivement (138 dollars au 12 juin).
“Évidemment que cet exercice va être beaucoup plus compliqué”, reconnaît le président du directoire d'Air Austral.
Comme l'ensemble du secteur aérien, Air Austral subit directement cette hausse. La compagnie dispose certes d'une politique de couverture carburant qui lui permet d'amortir une partie du choc, mais elle reste exposée à l'évolution des marchés énergétiques.
Mais si son PDG se veut "prudent", il se montre aussi "confiant", la ligne vers La Réunion ne connaissant pas de baisse de fréquentation, à la différence par exemple du marché Nord-Américain pour les compagnies européennes.
L'occasion d'être rassurant et d'affirmer qu'il n'y a "aucune inquiétude de pénurie à venir". La direction ne constate pas à ce stade de ralentissement majeur de la demande et maintient ses ambitions.
“Nous restons ambitieux. Nous avons des objectifs de croissance de 6 % de notre chiffre d'affaires cette année.”
Le poids toujours plus lourd des taxes
Le président du directoire d'Air Austral n'a pas manqué de rappeler le poids croissant des taxes et redevances dans le prix des billets d'avion.
Sur un vol moyen courrier, celles-ci pèsent désormais entre 35 % et 40 % du prix payé par le passager. Parmi elles figure notamment la taxe de solidarité sur les billets d'avion, dite “taxe Chirac”, créée en 2006 pour financer l'accès aux soins dans les pays en développement, une surcharge de “75 euros pour une famille de cinq enfants”, a chiffré Hugues Marchessaux.
Concernant le plan de performance collective, ce dernier s'est terminé en mai, a précisé ce dernier, avec l'espoir de ne plus avoir à recourir à l'avenir à de nouvelles mesures sociales pour l'entreprise, l'un des plus importants employeurs de l'île avec plus de 900 salariés.


