LBU : Les acteurs du logement réclament le maintien des financements face à une "bombe sociale"

L'inquiétude monte autour de l'avenir du logement social à La Réunion. Réunis au sein d'une large coalition rassemblant collectivités, bailleurs sociaux, organisations professionnelles, partenaires sociaux et parlementaires, les acteurs de la filière ont déposé, ce mercredi matin, une motion à la préfecture afin d'alerter le gouvernement sur la baisse annoncée des crédits de la Ligne Budgétaire Unique (LBU), principal outil de financement du logement social dans les Outre-mer.
Les signataires dénoncent une réduction "drastique et sans précédent" des crédits alloués à la LBU pour 2026, qu'ils estiment lourde de conséquences pour un territoire déjà confronté à une grave crise du logement.
Une baisse de 45 % des crédits nationaux
Dans leur motion, les signataires rappellent que la LBU constitue le principal levier de financement de la construction, de la réhabilitation des logements sociaux, de la résorption de l'habitat insalubre et des politiques foncières dans les Outre-mer.
Or, les crédits nationaux destinés à ce dispositif passeraient de 234 millions d'euros prévus en loi de finances à seulement 128 millions d'euros en autorisations d'engagement, soit une diminution de 45 %.
À La Réunion, cette réduction se traduirait par une enveloppe limitée à 27 millions d'euros en 2026, contre 85,65 millions d'euros en 2024 et 78,5 millions d'euros en 2025.
Pour les signataires, cette baisse remettrait en cause l'un des rares outils permettant de répondre aux besoins d'un territoire où plus de 50.000 ménages sont aujourd'hui en attente d'un logement social.
Une production de logements fortement amputée
Les conséquences seraient immédiates sur la programmation des opérations. Alors que 1.800 logements sociaux neufs (LLTS et LLS) ainsi que 1.600 réhabilitations étaient initialement prévus en 2026, la réduction des crédits ramènerait la programmation à environ 550 logements neufs et moins de 300 réhabilitations.
Les acteurs du secteur redoutent ainsi des reports, des ralentissements et des annulations d'opérations qui aggraveraient durablement le déficit de logements et pèseraient sur les loyers des Réunionnais.
Ils rappellent également que, selon les projections de l'Insee, La Réunion a besoin de plus de 5.700 logements supplémentaires chaque année entre 2021 et 2050, dont une majorité de logements sociaux.
Un risque économique majeur pour le BTP
Au-delà des conséquences sociales, la motion insiste sur l'impact économique d'une telle décision.
Le logement social représente plus de 30 % de la commande publique du secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP). Une diminution brutale des investissements ferait peser une menace directe sur l'activité des entreprises, l'emploi et l'ensemble des métiers liés à la construction.
Les signataires estiment qu'affaiblir la LBU reviendrait à fragiliser simultanément la cohésion sociale et le développement économique de La Réunion.
Ils considèrent par ailleurs que les spécificités de l'île — pauvreté, coût de la vie, contraintes foncières et besoins importants en matière de rattrapage des infrastructures — justifient au contraire un renforcement de l'intervention de l'État.
Les signataires réclament le maintien intégral de la LBU
Face à cette situation, les représentants des collectivités, des organisations professionnelles et des partenaires sociaux demandent au gouvernement : le maintien intégral de la Ligne Budgétaire Unique, au minimum à son niveau voté dans la loi de finances 2026, avec une affectation effective des crédits aux territoires ultramarins ; le renforcement des moyens afin de soutenir les opérateurs locaux dans leurs projets de construction et de réhabilitation ; la mise en place d'une programmation pluriannuelle des financements, afin d'offrir de la visibilité aux acteurs de la filière ; la réalisation d'une étude d'impact économique et sociale avant toute évolution budgétaire ; et l'ouverture d'une concertation approfondie avec les professionnels du logement et de la construction.
Les signataires estiment qu'une réduction de la LBU constituerait "un recul majeur de la solidarité nationale envers les Outre-mer" et dénoncent une absence de prise en compte des fragilités économiques et sociales propres aux territoires ultramarins.
Une mobilisation inédite de l'ensemble de la filière
La motion est cosignée par la Région Réunion, le Département, les chambres consulaires, l'Association des maires de La Réunion, les principales organisations professionnelles du BTP et de l'immobilier, les représentants des architectes, plusieurs organisations syndicales ainsi que des parlementaires réunionnais de sensibilités politiques différentes.
Parmi les signataires figurent notamment la présidente de Région Huguette Bello, le vice-président du Département Jeannick Atchapa, les députés Perceval Gaillard, Karine Lebon, Philippe Naillet et Jean-Hugues Ratenon, ainsi que les sénatrices Évelyne Corbière Naminzo et Viviane Malet.
À travers cette mobilisation transpartisane, les acteurs réunionnais espèrent convaincre l'État de revenir sur une réduction budgétaire qu'ils jugent incompatible avec l'ampleur de la crise du logement que connaît aujourd'hui le territoire.


