“Remise à niveau” du code de la route… Les gramounes sont preneurs

Un premier atelier de sécurité routière organisé ce mercredi par le CCAS de Saint-André à destination d’un public de séniors a connu un franc succès. Ludique et animé par un moniteur d’auto-école, cet atelier a permis aux gramounes de revoir certaines bases et de lever des appréhensions. Chez les séniors, on en redemande.
Marie ne conduit plus depuis 24 ans. Elle a une bonne excuse, elle s’est… mariée et elle se trouve depuis très bien dans le siège du copilote.
Une déclaration qui a bien fait rire la quinzaine de séniors réunis ce mercredi matin au centre social de Bras-des-Chevrettes, à l’occasion d’un premier atelier de sécurité routière orienté spécialement vers le troisième âge, mais qui cache aussi une appréhension.
La pétillante gramoune âgée de 73 ans voit dans l’atelier un “plus pour voir s’il y aurait une possibilité de reconduire”. Si demain son mari ne pouvait pas conduire, elle serait rassurée de pouvoir prendre le relais de son époux.
Comme elle, la plupart des gramounes interrogés en introduction par le moniteur d’auto-école Laurent Allamèle ont fait par d’appréhensions à la conduite à des échelons différents, même si la plupart continue de prendre le volant.
“Je conduis mais pas à Saint-Denis”
Pour Margot, l'angoisse ce sont les ronds-points : “J’ai appris, en 1982, quand on prend le rond-point on reste sur sa voie et on continue tout en sachant l’endroit où on se dirige, mais aujourd’hui je me pose la question avec les jeunes qui passent leur permis et apprennent peut-être différemment et passent sur la gauche”.
Une question précise loin d’être anodine et même récurrente chez les séniors nous indique le moniteur, gérant d’un centre de sensibilisation à la sécurité routière à Saint-Benoît.
Destinée aux personnes âgées de plus de 60 ans, la journée vise à “redonner confiance” aux séniors : “Beaucoup ont développé une appréhension à aller sur la route. Pour les lever, on leur apporte un accompagnement sur les connaissances réglementaires et des audits de conduite afin qu’ils restent autonomes sur la route, il ne manque souvent pas grand-chose”, confie le professionnel. Et à chaque personne ses appréhensions.

L’angoisse du giratoire
À 71 ans, Guy continue de conduire, mais il aimerait savoir “s’il a toujours les bons réflexes”. À ses côtés, Yves, 70 ans, avoue conduire partout… sauf à Saint-Denis, “je prends le bus et je laisse la voiture à la case”. Evelyne, 75 ans dont 55 de permis, elle, ne conduit plus qu’à Saint-André, qu’elle connaît comme sa poche, mais ne roule plus la nuit à cause de sa vue. Comme les autres participants, elle attend une “mise à niveau”.
Avec le giratoire, le partage de la route avec les nouveaux modes de déplacements, de type trottinettes électriques ou la bonne connaissance des panneaux, figurent au top des attentes des gramounes.
À la décharge des gramounes, le moniteur confirme que le permis de conduire des années 80 n'avait pas grand chose à voir avec celui d’aujourd’hui : “L’approche des giratoires ça n’existait quasiment pas, on était pratiquement que sur de la priorité à droite, les évolutions réglementaires sont aussi constantes, tous les trois mois, on voit débarquer de nouveaux panneaux”.
Une “perte de confiance” avec l’âge
Les appréhensions se développent aussi avec l’âge : “Au fur et à mesure, il peut y avoir une perte de confiance en ses réflexes, dans sa vue, les personnes âgées roulent plus lentement et se font klaxonner, ce qui entraîne une remise en question”.
Si pour l’heure aucun texte n’impose de limite d’âge pour conduire, “dites-vous bien qu’un sénior qui ne se sent plus capable ne prend pas le volant”.
Pour lever les peurs et doutes, l'atelier est ludique et convivial, tourné vers la libération de la parole et des exercices pratiques autour de la réglementation, avec remise de coupes aux vainqueurs et petit tour en voiture d’auto-école pour évaluer la conduite où le sénior peut poser toutes ses questions.
“Ça tombe bien, à mon âge je ne vais pas retourner à l'auto-école ! C’est comme une remise à niveau, un recyclage”, acquiesce Margot dont la phobie des ronds-points allait faire l’objet d’un focus particulier dans la journée.

“Les séniors sont demandeurs”.
Alors qu’une proposition de loi déposée à l’Assemblée en mars prévoit une visite médicale obligatoire tous les cinq ans dès 70 ans, puis tous les deux ans après 75 ans, Laurent Allamèle estime que l’instauration d’un test obligatoire à partir d’un certain âge irait dans le bon sens, “et les séniors sont demandeurs”.
L’atelier est une première réponse, gratuite pour les gramounes. Organisé ce mercredi par le CCAS de Saint-André, l’atelier est financé par le GIE Vieillissement Actif, qui regroupe les régimes de retraite. Ce dernier a lancé un appel d’offres remporté localement par l’auto-école de Saint-Benoît. Les ateliers peuvent être organisés partout à la demande des collectivités ou autres, confirme Laurent Allamèle.
“Parfois c’est le jeune qui gagne pas conduire”
Mais les gramounes savent aussi se défendre : “Les jeunes disent souvent dans la presse que c’est le vieux qui gagne pas conduire mais parfois c’est le jeune qui gagne pas conduire, à faire n'importe quoi”, rétorque Yves, 70 ans, au moment de partir pour une séance de conduite avec le moniteur. Pour Guy, ce ne sont pas les conducteurs qui sont toujours en tort mais ce sont aussi les piétons qui "passent maintenant toute leur journée vissés sur leur téléphone”. Le troisième âge, c’est aussi celui de la sagesse.
Il n’y a pas d'âge pour (mieux) conduire.


