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Région : nouveau soutien à Air Austral et un calendrier prolongé pour la NRL

Réunis en plénière, les élus de la Région Réunion ont tranché : Air Austral bénéficiera d'un nouveau soutien, tandis que les travaux de la Nouvelle route du littoral (NRL) se prolongeront avec un nouveau viaduc.
Ecrit par S.I. – le jeudi 7 novembre 2024 à 18H12

La réunion plénière du jeudi 7 novembre à la Région Réunion s'est tenue sans tensions particulières. Tous les dossiers présentés ont été validés par l'assemblée, marquant une étape cruciale pour les finances de la collectivité. Parmi les sujets majeurs abordés, on trouve les orientations budgétaires, l'octroi d'une aide de 6,75 millions d'euros à Air Austral via la Sematra, le calendrier actualisé de la Nouvelle Route du Littoral (NRL) et les conclusions des rapports d'observations sur la SEM Nexa et la SPL Estival.

Des orientations budgétaires sous le signe de la prudence

 

Dans son discours introductif, Huguette Bello a détaillé les principales orientations budgétaires pour 2025, dans un contexte marqué par un déficit public historique. "Les orientations annoncées par le gouvernement font peser de réelles menaces sur les budgets des collectivités locales, l'économie et les services publics", a-t-elle déclaré, insistant sur la baisse des ressources fiscales essentielles, notamment l'octroi de mer et la taxe sur la consommation de carburants. La présidente a aussi souligné la nécessité de maintenir les efforts de redressement des comptes entamés il y a quatre ans.

Les priorités pour 2025 incluent des projets structurants : "Nous allons engager les études opérationnelles du lycée de la mer et du lycée des métiers de l'hôtellerie et du tourisme, poursuivre notre programme de formation professionnelle et lancer les premiers travaux pour le second viaduc de la NRL. L'autonomie énergétique et le soutien au pouvoir d'achat font également partie de nos priorités", a-t-elle annoncé.

Le calendrier de la NRL prolongé

 

L'un des dossiers les plus attendus concernait la NRL. Selon les annonces de la présidente Huguette Bello, les travaux sur la digue et le viaduc s'étendront jusqu'en 2030, retardant ainsi l'ouverture complète de la route qui devait initialement être achevée en 2028. Pour sécuriser et fluidifier la liaison entre La Possession et La Grande Chaloupe, la Région a opté pour la construction d'un second viaduc, estimé à 846 millions d'euros. L'État, signataire du protocole "Matignon III" du 16 mars 2022, s'engage à financer 50 % des travaux, soit 420 millions d'euros, dont 139 millions provenant du Fonds de compensation pour la TVA (FCTVA).

Lire aussi : Nouvelle route du littoral : un second viaduc mais pas opérationnel avant la mi-2030

Ce second viaduc, long de 2,4 km, a été conçu pour maximiser l'efficacité et minimiser les coûts grâce à une solution en béton précontraint, similaire à celle du Grand Viaduc de la première phase.

 

Aide financière à Air Austral : un enjeu stratégique

 

Comme nous vous l'annoncions mardi, l'assemblée a également validé l'attribution d'une aide de 6,75 millions d'euros à Air Austral, via la Sematra, afin de soutenir la compagnie aérienne en difficulté. Malgré une trésorerie de 30,6 millions d'euros à fin juillet 2024, un écart de 4,5 millions subsiste par rapport aux prévisions de l'expert Zalis. Un protocole de conciliation, signé le 26 septembre dernier au tribunal de commerce de Saint-Denis, suspend les échéances des prêts jusqu'au 31 janvier 2025.

Lire aussi : Air Austral : Après un dernier exercice dans le rouge, les actionnaires remettent 15 millions d'euros et cherchent de nouveaux financements

Air Austral, confrontée à des échéances de remboursement de 38,4 millions d'euros par an sur quatre ans, a obtenu le soutien de ses actionnaires pour un nouvel apport de 15 millions d'euros. Les fonds proviennent de Run Air (8,25 millions) et de la Sematra (6,75 millions), tandis qu'une recherche active de financements supplémentaires se poursuit. La Région dit regarder également avec attention les amendements déposés par l'État pour soutenir la compagnie Corsair, comme l'indique Normane Omarjee, vice-président de la Pyramide inversée en charge du désenclavement aérien. Pour rappel, deux amendements ont été déposés dans le cadre du projet de loi de finances 2025 à l'attention de Corsair : le premier sous forme d'effacement de dette et le second sous forme de crédit d'impôt pour acheter un nouvel avion.

Lire aussi : Corsair : l'État de nouveau à la rescousse face au risque de trou financier

Les débats ont été animés par l'opposition. Michel Vergoz a critiqué le soutien à Air Austral, estimant qu'une réflexion autour d'une SEM dédiée à la lutte contre le monopole du gaz et des carburants serait plus pertinente. "Mettre des fonds dans la Sematra, après avoir abandonné 190 millions d'euros de créances, c'est un choix discutable", a-t-il déclaré. Il a également appelé la présidente à la vigilance sur le patrimoine foncier réunionnais détenu par CBO Territoria et la gestion des déchets, notamment sur la très décriée future installation de déchets ultimes de Beaufond, dans les hauts de Sainte-Marie.

Jean-Jacques Morel a, quant à lui, exprimé sa frustration sur "l'absence de bilan" à mi-mandat : "Nous avons vu des mesures comme la gratuité des Cars Jaunes pour certains publics, mais bien d'autres promesses restent lettre morte. Quant à la NRL, son coût astronomique met en péril notre capacité à agir sur d'autres fronts essentiels, comme l'emploi et l'économie", a-t-il martelé. Il ajoute : "Le vice-président délégué aux finances a axé son intervention sur la maîtrise de la dette, très bien, mais est-ce que vous avez été élus pour ça ? Élus pour gérer la dette ?"

"Une demi-route pour 1,6 milliard d'euros"

 

En réponse aux attaques de Jean-Jacques Morel, Patrick Lebreton, premier vice-président de la Région, n'a pas mâché ses mots. Revenant sur le dossier sensible de la NRL, il a pointé du doigt l'ancienne gouvernance, rappelant que cette dernière avait prévu un budget de 1,6 milliard d'euros "pour une demi-route". "Vous dites que le projet de la NRL est désormais trois fois plus long et deux fois plus cher, mais c'est bien votre camp qui a utilisé l'ensemble de l'enveloppe pour ce résultat, laissant une dette de 921 millions d'euros réclamés par les majors du BTP", a-t-il asséné, en s'adressant à Jean-Jacques Morel.

Face aux accusations d'inaction, Patrick Lebreton a insisté sur le contexte financier difficile hérité de ses prédécesseurs. "Je reviens sur ce que vous avez dit, comme quoi je n'ai que le mot 'maîtrise de la dette' à la bouche : on n'a pas eu le choix ! Est-ce que vous avez vu le rapport de la Chambre régionale des comptes (CRC) ?", a-t-il lancé, soulignant que la situation actuelle impose des restrictions budgétaires.

Pour Patrick  Lebreton, les difficultés budgétaires de la collectivité trouvent leurs racines dans la gestion précédente. "Le plombage financier dans lequel nous nous trouvons est dû à l'État et à ceux qui nous ont précédés, qui ont épuisé les crédits alloués", a-t-il affirmé. Il a également dénoncé l'attitude de l'ancienne gouvernance, citant Wilfrid Bertile pour qualifier le précédent président de la Région, Didier Robert, d'"Attila des finances".

"On peut claironner tous les projets qu'on veut. L'ancienne gouvernance a manqué à son devoir", a conclu Patrick Lebreton, fustigeant ce qu'il perçoit comme des leçons de morale de la part de ceux qu'il tient responsables de la situation actuelle.

Malgré les tensions et les incertitudes économiques, la majorité régionale se dit déterminée à poursuivre ses projets de mandature tout en gardant un œil attentif sur l'évolution des finances locales et les réformes nationales.

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