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"On est loin du cannabis thérapeutique" : le colis de kétamine fait tomber deux hommes à Saint-Louis

Ecrit par Gaetan Dumuids – le lundi 5 octobre 2026 à 08H28

Deux hommes étaient jugés ce vendredi 2 octobre en comparution immédiate devant le tribunal correctionnel de Saint-Pierre dans une affaire de stupéfiants. L’enquête avait démarré après la saisie d’un colis contenant 110 grammes de kétamine. Ils ont été reconnus coupables et condamnés à des peines de prison partiellement assorties de sursis.

L’affaire commence par un colis postal. Les douaniers y découvrent 110 grammes de kétamine cachés dans un tube de Biafine. Le colis est adressé à Eddy. À partir de cette saisie, les enquêteurs veulent remonter une possible filière d’acheminement de stupéfiants vers La Réunion.

Au fil des investigations, plusieurs produits apparaissent dans le dossier : kétamine, MDMA, cannabis, cocaïne et Rivotril. Selon les éléments évoqués à l’audience, certaines drogues auraient transité depuis les Pays-Bas, avant de passer par le nord de la France puis d’arriver à La Réunion.

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Le parquet évoque une technique dite du “rebond” : faire passer les colis par la métropole pour éviter qu’un envoi arrivant directement des Pays-Bas n’attire l’attention.

Les messages exploités par les enquêteurs font aussi apparaître le prénom de “Seb”. Les investigations permettent alors de faire le lien avec un Sébastien qui vit à Saint-Louis.

Eddy : une implication contestée dans l’importation

À la barre, Eddy reconnaît vendre un peu de stupéfiants lors de soirée. Il explique avoir traversé une période difficile après la perte de son travail.

“C’est une connerie. J’étais dans une situation financière problématique”, déclare-t-il.

Son rôle exact est au cœur des débats. Le parquet le présente comme impliqué dans la revente sur plusieurs années, tout en estimant que sa participation à l’importation est plus limitée que celle de Sébastien.

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Eddy conteste toutefois une partie de cette lecture. Son avocate, Me Soizic Panefieu, insiste sur le manque d’éléments permettant, selon elle, de le rattacher à une importation structurée.

“Vous dites qu’Eddy est coupable d’importation, démontrez-le-moi”, plaide-t-elle.

La défense demande aussi que la période des faits soit réduite. Selon elle, le dossier ne permet pas de remonter aussi loin que ce qui était initialement retenu.

Sébastien : les colis reconnus, la vente contestée

Sébastien reconnaît de son côté avoir reçu des colis, mais conteste avoir vendu de la drogue. Il admet avoir impliqué sa mère et son frère, domiciliés en métropole, qui récupéraient les produits avant de les lui envoyer à La Réunion.

Le dossier décrit aussi des achats réalisés en bitcoins, avec l’utilisation de VPN et sur le darknet. Sébastien explique qu’il consomme du cannabis depuis longtemps, notamment pour soulager la douleur en raison de problèmes de santé après un accident.

Mais pour le tribunal, l’organisation décrite dépasse la simple consommation personnelle. “On est loin du cannabis thérapeutique”, lui fait remarquer le président.

Sébastien exprime des regrets. “Je regrette d’avoir mis tout le monde dans la merde”, déclare-t-il. Le tribunal lui répond que ces regrets interviennent aussi parce que les gendarmes ont fini par l’interpeller.

Le parquet insiste sur “la porte d’entrée”

Dans ses réquisitions, le procureur insiste sur la question de l’importation des stupéfiants à La Réunion.

“Avant, La Réunion était plutôt épargnée par certaines drogues. C’est par l’importation qu’elles sont entrées, et c’est par des initiatives comme celles des deux prévenus qu’elles rentrent sur l’île”, estime le ministère public.

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Selon le parquet, Sébastien apparaît comme le principal organisateur de l’acheminement, avec l’aide de proches en métropole. Sa maison aurait servi à recevoir les colis et à faire pousser du zamal.

Le procureur demande donc la confiscation de ce bien immobilier, qu’il considère comme un instrument de l’infraction. Il sollicite aussi une amende douanière solidaire de 7.592 euros, correspondant à la valeur des produits saisis.

Concernant Eddy, le parquet requiert trois ans de prison, dont deux ans avec sursis probatoire, avec maintien en détention pour la partie ferme.

La défense dénonce une différence de traitement

Pour Me Soizic Panefieu, la différence entre les réquisitions visant Eddy et celles visant Sébastien pose problème. L’avocate estime que son client risque une peine plus lourde parce qu’il ne possède pas de bien immobilier.

“La justice est-elle la même pour les gens qui ont des biens et ceux qui n’en ont pas ?”, interroge-t-elle.

Elle rappelle qu’Eddy a travaillé, s’est inséré, puis a connu une “dégringolade” après des problèmes de santé qui l’ont empêché de poursuivre son emploi.

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“On demande l’enfermement parce qu’il n’a pas de maison, alors qu’il n’est pas la tête du réseau”, plaide l’avocate.

Pour Sébastien, Me Jean-Jacques Morel refuse également l’image d’un grand trafiquant. Il souligne que les gains évoqués restent limités : environ 4.500 euros en deux ans, soit 200 euros par mois.

“Ce n’est pas le grand chef de la mafia”, plaide-t-il.

Sur la confiscation, l’avocat demande au tribunal de garder la mesure. Selon lui, la voiture de son client représente déjà trois à quatre fois le fruit de l’infraction.

“Oui, jugez, mais faites-le avec humanité”, conclut-il.

Deux condamnations et une voiture confisquée

Après délibéré, le tribunal reconnaît Eddy coupable, mais réduit la période de prévention comme demandée par son avocate. Les faits retenus courent finalement de juin 2025 jusqu’à l’audience.

Eddy est condamné à deux ans de prison, dont un an avec sursis probatoire. La partie ferme est aménageable. Il ne repart donc pas en détention à l’issue de l’audience.

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Sébastien est lui aussi reconnu coupable. Il est condamné à trois ans de prison, dont deux ans avec sursis probatoire pendant deux ans.

Les deux hommes devront payer solidairement une amende douanière de 7.592 euros.

Le tribunal ne prononce pas la confiscation de la maison de Sébastien. Les juges estiment que le bénéfice, évalué à moins de 5.000 euros, ne justifie pas la saisie du bien immobilier, d’autant que son acquisition est légale. En revanche, sa voiture est confisquée.

Etiquettes : PU1 | Tribunal

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