“Il ne faudrait pas qu’on se revoie” : une sexagénaire condamnée après un coup de sabre

Une femme de 60 ans a été condamnée ce mercredi par le tribunal correctionnel de Saint-Pierre pour avoir blessé son compagnon avec un sabre lors d’une soirée alcoolisée. La prévenue a toujours nié les faits, tandis que la victime a d’abord affirmé avoir été frappée avant de revenir sur ses déclarations.
La scène se déroule dans la nuit du 26 au 27 septembre, à Saint-Pierre. Il est environ 1h du matin lorsque les policiers sont alertés par les pompiers pour un homme blessé au couteau. C’est la victime elle-même, Jacques*, qui a appelé le SAMU pour une plaie au bras.
Lorsque les policiers arrivent sur place, l’homme a déjà été transporté à l’hôpital. Sa compagne, Christine, est encore sur les lieux. Elle livre alors une première version : “Jacques s’est piqué tout seul.”
À l’hôpital, les policiers entendent la victime. Sa version est toute autre. “C’est elle qui m’a piqué”, déclare-t-il.
Une lame de 35 cm
Ce soir-là, tous deux ont beaucoup bu. Les policiers reviennent au domicile vers 6h45 pour interpeller Christine. La prévenue ne parvient pas à souffler dans l’éthylotest. Une prise de sang est réalisée. Elle révélera un taux de 2,02 grammes d’alcool par litre de sang, environ six heures après les faits.
Pendant son audition, Christine maintient que son compagnon s’est blessé seul avec un sabre doté d’une lame de 35 cm. Selon elle, il serait tombé et se serait coupé. Elle affirme ne pas avoir assisté à la scène, mais avoir simplement vu du sang.
La victime sort de l’hôpital le lendemain. En rentrant chez lui, il retrouve encore les policiers sur place. Il répète alors que sa compagne l’a frappé avec un sabre présent dans le logement. La blessure mesure environ 3 cm de long pour 0,5 cm de profondeur et a nécessité des points de suture.
À quatre reprises, Jacques affirme avoir été blessé par sa compagne. Il indique aussi souffrir de crises d’épilepsie et explique que Christine s’occupe de lui. Il ne signale pas, à ce moment-là, de problème particulier lié à l’alcool.
La victime revient sur ses déclarations
Mais lors de la confrontation, la victime change de position. Elle dit ne plus se souvenir de ce qui s’est passé et admet avoir pu se blesser elle-même.
Le dossier comporte aussi le témoignage du fils de la victime. Selon lui, le couple boit tous les jours et Christine deviendrait violente lorsqu’elle a consommé de l’alcool. Il affirme l’avoir déjà vue frapper son père.
À la barre, la prévenue conteste toujours. “C’est lui qui s’est frappé, c’est pas moi”, affirme-t-elle. Elle assure que le fils de la victime est “un menteur”. Christine n’a pas de casier judiciaire. L’enquête sociale rapide la décrit comme socialement isolée, sans toutefois retenir de problématique alcoolique particulière.
La victime, elle, ne souhaite pas de mesure d’éloignement. Elle dit vouloir retourner vivre avec Christine et affirme ne pas craindre que les faits se reproduisent.
“La plaie correspond à un geste de défense”
Pour le parquet, les éléments du dossier suffisent pourtant à caractériser l’agression. La procureure insiste sur la gravité des faits, l’alcoolisation massive de la prévenue et la vulnérabilité du compagnon, dépendant de Christine au quotidien.
“Il y a une vraie limite de ce qu’elle comprend, le tout face à un conjoint qui est dépendant”, relève le ministère public. La procureure souligne également que la victime a décrit un geste effectué pour parer un coup. Selon elle, la plaie observée correspond à ce geste de défense.
“Là, on n’a aucun élément qui enlève le crédit de ses déclarations”, estime la procureure, pour qui les premières déclarations de la victime restent suffisamment solides malgré son revirement ultérieur.
Le parquet requiert une peine comprise entre 12 et 18 mois d’emprisonnement avec sursis probatoire, une obligation de soins, notamment autour de l’alcool, le remboursement des frais et une interdiction de détenir une arme pendant cinq ans. Concernant le contact entre les deux conjoints, la procureure demande au tribunal de s’interroger sur une interdiction, au vu de la violence décrite.
“On ne sait pas ce qui s’est passé”
En défense, Me Nicolas Dyall plaide la relaxe au bénéfice du doute. Selon l’avocat, l’enquête ne permet pas d’établir clairement ce qui s’est passé cette nuit-là.
“On a deux paroles l'une contre l'autre, donc les deux éléments s’annulent. On ne sait pas ce qui s’est passé”, soutient-il. Il conteste aussi l’interprétation de la blessure comme geste défensif, estimant que le dossier ne contient pas d’élément médical suffisamment précis pour confirmer cette hypothèse.
Pour la défense, les deux protagonistes étaient alcoolisés, les versions ont varié et aucun élément matériel ne permet de trancher avec certitude. Me Dyall demande une expertise et estime qu’une interdiction de contact “n’a aucun sens”, puisque la victime souhaite continuer à vivre avec sa compagne.
Le tribunal n’a pas suivi la défense. Christine a été reconnue coupable et condamnée à un an d’emprisonnement assorti d’un sursis probatoire de deux ans. Elle devra respecter une obligation de soins et ne pourra pas détenir d’arme pendant cinq ans.
Aucune interdiction de contact n’a été prononcée. La présidente du tribunal a toutefois insisté sur la problématique de l’alcool et lancé à la prévenue, en fin d’audience : “Il ne faudrait pas qu’on se revoie.”
*Prénom d'emprunt


