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"Une envie de faire du mal à quelqu’un" : six ans de prison après avoir agressé au couteau une commerçante de Saint-Joseph

Ecrit par P.B. – le samedi 3 octobre 2026 à 18H08
"Dans la prison, c'est comme à l'extérieur, on y trouve de la drogue, des armes et du communautarisme" (DR)

À seulement 18 ans, Patrice reconnaît pouvoir devenir dangereux lorsqu’il traverse une crise. Confronté depuis l’adolescence à des troubles psychiatriques et à un parcours familial marqué par les violences, le jeune homme était jugé pour une violente agression commise à Saint-Joseph.

Le 15 mars 2025, Patrice se réveille, selon ses propres déclarations, avec "une envie de faire du mal à quelqu’un". Il quitte le domicile de son père avec un couteau d’une lame de 21 centimètres, sans manche, qu’il affirme avoir trouvé quelques jours auparavant sous le pont de la rivière des Remparts, dans le centre-ville de Saint-Joseph.

Vers 15 heures, il entre dans un bazar et fait mine de vouloir acheter une tirelire. Alors que la vendeuse lui présente les articles disponibles, Patrice sort son couteau et la frappe à cinq reprises, notamment à la joue. La victime est finalement prise en charge par une patrouille de gendarmerie. Traumatisée par l’agression, elle se voit délivrer dix jours d’ITT.

Initialement, la procédure pénale est engagée pour tentative de meurtre mais l'affaire est finalement correctionnalisée.

Un parcours familial marqué par les violences

L'audience révèle une enfance profondément marquée par la violence. Dès son plus jeune âge, Patrice a été exposé aux violences conjugales et à l’alcoolisme de son père. Auditionné au cours de l’enquête, ce dernier confirme le comportement violent de son fils ainsi que l’existence de troubles psychiatriques nécessitant un traitement.

Sa mère rapporte de son côté plusieurs épisodes inquiétants durant son enfance et son adolescence. Elle indique notamment qu’il s’en serait pris à sa petite sœur en mettant du liquide vaisselle dans son biberon, puis, plusieurs années plus tard, en la poussant dans un ravin alors qu’elle avait 4 ans. Ses frères décrivent également un environnement familial violent. Depuis le départ de leur mère, Patrice, resté au domicile paternel, serait devenu le souffre-douleur de son père.

Face au tribunal, le jeune homme répond aux questions avec franchise, simplement, parfois avec le sourire. Il reconnaît que, lors de ses crises, il peut représenter un danger. Il admet également avoir porté des coups de couteau à un chien lorsqu’il était enfant.

Deux mentions pour des faits de violences commis alors qu’il était mineur figurent à son casier judiciaire.

Un suivi psychiatrique irrégulier

Le jeune homme est suivi par l’EPSMR et reconnaît ne pas toujours prendre son traitement. Incarcéré depuis les faits, il a par ailleurs fait l’objet de plusieurs rapports pour des incidents graves en détention. Malgré ses antécédents et ses troubles psychiatriques, l’expertise réalisée dans le cadre de la procédure n’a pas conclu à une abolition de son discernement au moment des faits, mais à une altération.

La victime, elle, n’est pas présente à l’audience et ne s’est pas constituée partie civile par peur de représailles, indique le parquet qui requiert 7 ans d’emprisonnement, dont 3 ans assortis d’un sursis probatoire, ainsi que le maintien en détention. Il demande également une obligation de soins et de travail, une interdiction d’entrer en contact avec la victime et de séjourner à Saint-Joseph. Une interdiction de porter une arme pendant 15 ans est également requise.

"On l’enferme plus parce qu’on n’a pas de solution"

Pour la défense, assurée par Me Soizic Panefieu, la question de l’abolition du discernement doit au contraire être posée. Si certains éléments médicaux manquent au dossier, l’avocate s’appuie notamment sur l’enquête sociale, qui fait état d’une hospitalisation en psychiatrie de Patrice lorsqu’il avait 15 ans. Alors qu’il n’existe toujours pas d’unité hospitalière spécialement aménagée (UHSA), structure permettant l’hospitalisation psychiatrique sécurisée des personnes détenues, "on l’enferme plus parce qu’on n'a pas de solution", lance la robe noire.

Le tribunal a finalement retenu l’altération du discernement, mais également l’état de récidive légale. Patrice est condamné à six ans d’emprisonnement, dont deux ans assortis d’un sursis probatoire. Le jeune homme reste en détention et devra poursuivre des soins à sa sortie. Le tribunal prononce également une interdiction d’entrer en contact avec la victime, de paraître à son domicile et de séjourner à Saint-Joseph, ainsi qu’une interdiction de porter une arme.

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