30 kilos de cannabis... Un couple assure avoir voulu transporter des produits cosmétiques depuis Bangkok

Julia B. et Henry K. comparaissaient à la barre du tribunal de Saint-Denis pour avoir transporté du cannabis depuis Bangkok. Madame a déclaré n'avoir pas su la nature de la marchandise. Quant à monsieur, il évoque un chantage.
Un voyage organisé tous frais payés depuis l'Hexagone jusqu'à Bangkok. Julia B. et son compagnon Henry K. quittent donc la ville où ils résident pour rallier Londres, avant d'embarquer direction la Thaïlande en passant par Dubaï. Ils partent légers, puisqu'ils n'enregistrent pas de bagages en soute au départ.
Par contre, quand ils sont contrôlés par la douane de La Réunion après leur voyage, les douaniers retrouvent 30 kilos de cannabis dans les trois valises. Une juteuse prise. Eux affirment avoir été piégés.
"On m'oblige à faire certaines choses"
Le 16 août dernier, ils sont donc suspectés d'avoir transporté cette skunk depuis Bangkok, après une correspondance à Chennai, en Inde. L'homme, à la barre du tribunal, déclare d'emblée qu'on lui a forcé la main. "Ils ont piqué les bijoux de ma mère... Ils ont menacé ma famille".
Un discours qui n'émeut pas le moins du monde le président, qui s'impatiente : "On aime beaucoup Jean de La Fontaine, mais les fables à la barre, c'est pas notre truc." Henry K. raconte comment, il y a quelques années, alors qu’il était DJ, il a rencontré un certain “Luis” à Saint-Martin.
Le Colombien se targue d'être un important exportateur de stupéfiants et propose un "job" à Henry K. Job que ce dernier refuse. Quelques années plus tard, Luis revient à la charge et le contraint à effectuer un voyage tous frais payés direction Bangkok.
Ayant d'importantes dettes et peinant à joindre les deux bouts, Henry K. accepte finalement et en parle à sa compagne, Julia B.. Elle assure ignorer la présence de drogue dans les valises. Ancienne consommatrice, elle pensait transporter des produits cosmétiques qui devaient être déposés à un hôtel de Saint-Denis contre 50 euros.
On est loin de la rémunération promise par Luis et "Raoûl", l'homme qui serait le commanditaire. En plus du voyage tous frais payés, une jolie somme attendait le couple pour ce voyage.
"Ils ont agi en connaissance de cause"
Le parquet ne croit pas à la version du couple. "À première vue, ça ressemble à toutes les affaires de mules", estime le procureur, tout en soulignant une différence importante : la quantité transportée, près de 30 kilos.
Pour le ministère public, les éléments retrouvés dans les téléphones et les échanges sur WhatsApp démontrent une préparation du voyage. Plusieurs interlocuteurs sont identifiés, les modalités du déplacement sont discutées et une carte de paiement virtuelle est mise à disposition de Julia B.
"Nous avons des éléments très clairs de la préparation de ce voyage", soutient le parquet. Pour le procureur, les deux prévenus ont agi "en connaissance de cause". Leur profil ne correspondrait par ailleurs pas à celui de personnes contraintes par une situation de grande précarité : Henry K. dispose d'un emploi dans un garage, d'un logement et de revenus. Julia B. perçoit également des ressources.
Le parquet requiert quatre ans d'emprisonnement, le maintien en détention, une amende solidaire de 382.980 euros ainsi qu'une interdiction de paraître à La Réunion.
La défense plaide la vulnérabilité
L'avocate de Julia B. insiste au contraire sur la vulnérabilité de sa cliente et sur l'emprise exercée, selon elle, par les autres protagonistes. "L'homme porte la culotte dans ce couple", plaide-t-elle, expliquant que Henry K. gérait l'organisation du voyage.
Selon la défense, Julia B. n'était jamais directement en contact avec les commanditaires et disposait de très peu d'éléments sur le contenu des valises. Son avocate demande sa relaxe, estimant qu'elle a été victime de son entourage et de sa crédulité.
L'avocat de Henry K. reconnaît les difficultés financières de son client et le fait qu'il a participé au voyage. Mais il estime que la peine requise est disproportionnée. "Quatre ans, c'est cher payé", plaide-t-il, rappelant que son client reconnaît les faits et soutenant que les marchandises n'avaient pas vocation à rester à La Réunion.
Le tribunal a finalement condamné Julia B. et son compagnon Henry K. à une peine de 30 mois d'emprisonnement, avec maintien en détention. Une interdiction de paraître à La Réunion pendant cinq ans est également prononcée, ainsi que la confiscation des scellés. Ils sont également condamnés à payer solidairement l'amende douanière.


