Langevin : après l'accident mortel, sa mère avait tenté de s'accuser à sa place

Jérôme G. a été jugé ce jeudi devant le tribunal correctionnel de Saint-Pierre pour homicide involontaire et non-assistance à personne en danger. Le 21 avril 2024, alors qu’il rentrait de boîte de nuit, il avait percuté un piéton à quelques kilomètres de son domicile à Langevin. Non seulement le trentenaire ne s’était pas arrêté, mais, revenu ensuite sur les lieux, il avait laissé sa mère s’accuser à sa place.
Le procès n’a pas encore commencé que le prévenu est déjà en larmes, debout à la barre. Derrière lui ont pris place les proches de la victime, du moins ceux qui ont trouvé la force d’assister aux débats. Pendant plusieurs heures, l’audience va revenir sur cette nuit qui a coûté la vie à Julien F., à peine âgé de 22 ans.
Le 21 avril 2024, Jérôme rentre d’une soirée passée avec sa compagne dans une discothèque de Saint-Pierre. Chacun étant venu avec sa voiture, Jérôme ouvre le chemin mais reste en communication téléphonique avec sa copine durant le trajet. Il est presque 5 heures et alors qu’il n’a plus que deux kilomètres à faire, il sent qu’il percute "quelque chose". Pourtant, Jérôme poursuit sa route jusqu’à chez lui.
C’est sa compagne, qui circule environ cinq minutes derrière lui, qui lui apprend qu’un grave accident vient de se produire. Sur la chaussée, face à la balance de Langevin, Julien a été percuté. Un autre automobiliste s’est arrêté et a appelé les secours.
Deux jours avant que les enquêteurs découvrent la vérité
Jérôme retourne alors sur les lieux accompagné de sa mère. Mais celle-ci va s’accuser à sa place. Elle explique aux enquêteurs qu’elle roule beaucoup la nuit, ne parvenant plus à dormir depuis les décès successifs de sa petite-fille et de sa fille.
Les constatations réalisées sur place font apparaître une flaque de vomi au niveau du point d’impact. Le corps de Julien a été projeté sur 19 mètres. Selon l’expertise automobile évoquée à l’audience, le jeune homme se serait trouvé à quatre pattes sur la chaussée pour vomir lorsqu’il a été percuté.
La visibilité était réduite cette nuit-là, l’éclairage public étant éteint dans le cadre du dispositif "Nuits sans lumière" destiné à protéger les pétrels. Les pneus du véhicule étaient également sous-gonflés, un élément susceptible d’altérer sa tenue de route. La vitesse, estimée entre 40 et 50 km/h, ne caractérise en revanche aucun excès.
Finalement, deux jours plus tard, les gendarmes découvrent le pot aux roses grâce au bornage téléphonique. Jérôme explique le mensonge par "l’instinct maternel qui a pris le dessus. Elle a voulu prendre ma place et je n’ai pas réagi".
Reste une autre question au cœur des débats : avait-il bu au-delà de la limite autorisée ? Le prévenu assure n’avoir consommé que deux bières en début de soirée. Une version discutée à l’audience au regard d’une bouteille de vodka achetée en discothèque et des premières déclarations de sa compagne, qui avait évoqué plusieurs verres. Le véritable conducteur n’ayant été identifié que deux jours après les faits, aucune alcoolémie n’a pu être mesurée au moment de l’accident. Les recherches concernant les stupéfiants et les médicaments se sont en revanche révélées négatives.
Les analyses pratiquées sur Julien ont, elles, révélé la présence de cannabis et une alcoolémie de 2,75 g/l.
"J’ai beaucoup de culpabilité d’avoir percuté quelqu’un. Je pense souvent à la famille. C’est difficile de porter ça. Je vais le porter toute ma vie avec moi", confie Jérôme, placé sous contrôle judiciaire pendant la procédure, avec notamment l’interdiction de conduire.
Le père et le frère de Julien sont présents au tribunal mais laissent leur avocat, Me Gabriel Odier, porter leur parole. "Le suspect n’a pas joué franc jeu dès le départ. C’est à la veillée que la famille a appris par la presse que l’auteur de l’accident n’était pas la dame mais son fils", rappelle l’avocat des parties civiles. Selon lui, "la sincérité leur a encore été refusée" au cours du procès. Il sollicite des indemnisations au titre du préjudice d’affection pour les parents, le frère, la sœur et la grand-mère de Julien, avec des montants allant de 15.000 à 35.000 euros.
Trois ans de prison requis, dont un an ferme
Les faits remontant à avril 2024, ils sont antérieurs à la création du délit d’homicide routier, entré en vigueur en 2025. Jérôme est donc poursuivi pour homicide involontaire, aggravé par la fuite, ainsi que pour non-assistance à personne en danger.
Pour le ministère public, le prévenu savait ce qui venait de se produire. "Il ne s’est pas arrêté parce qu’il savait qu’il avait percuté quelqu’un et non quelque chose", soutient la représentante du parquet. Elle écarte également sa version concernant sa consommation d’alcool : "Eh oui, vous aviez consommé de l’alcool, et plus que deux bières."
Le parquet requiert trois ans d’emprisonnement, dont deux assortis d’un sursis probatoire, soit un an ferme, estimant qu’une partie d’emprisonnement ferme aménageable se justifie notamment par "le stratagème monté" après l’accident. Sont également requis une obligation de soins, l’indemnisation des victimes, un stage de sécurité routière, l’annulation du permis de conduire et l’interdiction de le repasser pendant cinq ans.
"Deux destins brisés"
"Il n’y avait aucune raison pour qu’ils se rencontrent et pourtant, il a fallu quelques secondes pour que leurs destins se croisent. Il y a une part de tragique et une part de destin qu’on ne peut pas nier", plaide Me Farid Issé pour la défense.
L’avocat parle de "deux destins brisés" et insiste également sur l’état dans lequel se trouvait Julien au moment du drame. Il évoque "de l’alcool et du zamal" ainsi que "deux hospitalisations pour ivresse sur la voie publique" concernant la victime.
S’appuyant notamment sur les conclusions de l’expertise automobile, la défense rejoint également l’argument développé par l’assurance sur la responsabilité de la victime et estime qu’un partage de responsabilité doit être retenu.
Le tribunal rendra son jugement le mardi 6 octobre.


