"Pour les malades, la vie ne s’arrête pas" : Henri de Rodellec va s’élancer sur le Grand Raid avec sa leucémie et un message d’espoir

Atteint d’une leucémie chronique diagnostiquée il y a un an, Henri de Rondellec prendra le départ de la Diagonale des Fous jeudi 15 octobre à Saint-Pierre. Après tant d'année à dire "un jour", il s’apprête finalement à affronter la Diagonales des Fous afin de faire connaître les maladies du sang et porter un message d’espoir aux malades.
Il ne va pas courir contre la maladie. Il va courir avec elle. Jeudi 15 octobre, à 22h, au départ de Saint-Pierre, Henri de Rondellec s’élancera sur la Diagonale des Fous avec une leucémie chronique dans le corps et une idée bien précise dans la tête : montrer que la vie peut continuer après l’annonce qui fait vaciller.
À 42 ans, il s’apprête à affronter les quelque 180 km et 10.200 mètres de dénivelé positif du Grand Raid. Une épreuve immense, même pour des coureurs aguerris. Pour lui, elle aura une résonance particulière.
Lire aussi : Grand Raid 2026 : changements sur les parcours et tirage au sort connu, la liste des coureurs dévoilée
“Je suis porteur d’une leucémie, je vais courir le Grand Raid avec ma leucémie et je voudrais faire connaître les maladies du sang à cette occasion”, explique-t-il simplement.
“Le nom fait peur”
Tout a commencé il y a un an, presque par hasard, lors d’une prise de sang de routine. Le genre d’examen que l’on fait sans imaginer qu’il puisse aboutir à la date bascule d'une vie.
“Mon médecin m’a appelé en me disant qu’il fallait absolument que je passe immédiatement à son cabinet médical, raconte Henri. Il m’a dit qu’il y avait quelque chose qui ne collait pas et que c’était sans doute une leucémie.”
Lire aussi : "Ce qui se passe au Grand Raid est censé rester au Grand Raid" : le président revendique une gestion interne
Le mot tombe tel un couperet. “Ça nous a donné un coup de massue parce que le nom fait peur”, confie-t-il. À l’hôpital, les examens permettent ensuite de préciser le diagnostic : une leucémie chronique, qui évolue plus lentement qu’une leucémie aiguë.
Henri découvre alors que sa maladie peut être traitée grâce à des traitements ciblés, avec une vie “à peu près ordinaire” et peu d’effets secondaires. Son oncologue l’encourage même à poursuivre une pratique sportive.
Alors il continue à courir.
“On se dit qu’on peut mourir”
Henri faisait déjà du trail avant la maladie, mais plutôt sur des formats courts ou moyens. Le Grand Raid, lui, était resté dans la catégorie des rêves trop grands.
“Je m’étais dit en arrivant à La Réunion : le Grand Raid, c’est génial, mais je ne le ferai jamais parce que c’est trop dur pour moi”, raconte-t-il.
Le diagnostic change sa manière de regarder les choses. La maladie ne lui retire pas seulement des certitudes. Elle lui impose aussi une forme de lucidité nouvelle.
Lire aussi : Le Grand Raid 2026 évite Cilaos, Jacques Técher justifie sa demande de moyens
“On a une autre manière de voir la vie évidemment. On se dit qu’on peut mourir, dit-il. Avant cet âge charnière de 40 ans, même quand on n’a pas de maladie, on se dit qu’on est un peu immortel.”
Depuis, il pense davantage à ses proches, à ce qu’il veut leur transmettre, à ce qu’il faut mettre à l’abri. “Ça fait réfléchir un peu au sens de la vie.”
Et au milieu de cette réflexion, une idée s’est imposée. “Moi, j’ai besoin de pas mal de défis. Premier défi : lutter contre la maladie et aider par la pratique sportive.”
“Ti pa ti pa, on peut y arriver”
Henri ne présente pas son Grand Raid comme une démonstration de force. Il parle plutôt d’un chemin. D’une manière d’avancer malgré l’inquiétude, malgré le traitement, malgré le mot leucémie qui reste accroché à son quotidien.
La maladie l’a aussi poussé à sortir de sa réserve. Contacter la Fédération Leucémie Espoir, proposer de courir pour faire connaître son action, parler aux médias.
“C’est quelque chose que je n’aime pas tellement à l’origine”, reconnaît-il. “Et donc ça m’a appris à sortir de ma zone de confort.”
Le sport a joué le même rôle. “On se rend compte en luttant contre la maladie que parfois, il faut tenter de faire des choses un peu trop dures pour nous et que, ti pa ti pa, on peut y arriver.”
Faire connaître les maladies du sang
À travers sa participation au Grand Raid, Henri veut surtout donner de la visibilité aux maladies du sang et aux besoins des malades. Il ne prétend pas délivrer une leçon de prévention. “À part mener une vie saine, il n’y a pas grand-chose qu’on peut dire là-dessus”, souligne-t-il.
Son message est ailleurs.
Pour sa famille d’abord : montrer que l’on peut continuer après une annonce qui a fait croire à ses proches qu’il allait mourir. Pour les malades ensuite : rappeler que les projets restent possibles.
Lire aussi : Trail : Amélie Huchet et Sylvaine Cussot font briller La Réunion dans les Pyrénées
“Pour les malades, la vie ne s’arrête pas. On peut avoir des projets et avancer”, insiste-t-il.
Henri veut aussi s’adresser aux personnes en bonne santé. “On a besoin de vous, on a besoin des dons pour aider les familles qui ont besoin d’accompagnement”, explique-t-il. À La Réunion, cela peut notamment permettre d’accompagner un proche en métropole pour une greffe.
Il rappelle également l’importance des dons de moelle osseuse, indispensables pour soigner certains types de leucémie.
“Dans mon cœur, j’aurai tous les malades”
Dans quelques semaines, Henri de Rondellec sera donc au départ, à Saint-Pierre, avec les autres fous de la Diagonale. Il sait l’épreuve immense. Il sait aussi qu’arriver à La Redoute n’est jamais acquis.
“Je serais ravi d’arriver à La Redoute, si j’y arrive”, glisse-t-il.
Mais son Grand Raid aura déjà commencé bien avant la ligne de départ. Il a commencé dans le cabinet d’un médecin, avec une phrase qui bouleverse une existence. Il s’est poursuivi dans les couloirs de l’hôpital, puis sur les sentiers, dans les entraînements, dans les doutes et dans cette volonté de transformer une épreuve intime en message collectif.
Lire aussi : “On a emmené Léon au bout” : Bérénice et son aventure hors norme en joëlette lors du Marathon des Sables
Le soir du départ, Henri courra avec sa maladie. Mais il ne courra pas seulement pour lui.
“Dans mon cœur, j’aurai tous les malades de La Réunion et de France en général.”


