Piton de la Fournaise : pic de dioxyde de soufre détecté à Bourg-Murat, les autorités appellent à la vigilance

L’éruption en cours du Piton de la Fournaise entraîne un impact ponctuel sur la qualité de l’air. À Bourg-Murat, un dépassement du seuil d’alerte au dioxyde de soufre a été enregistré pendant trois heures ce lundi. Si la situation est revenue à la normale, les autorités sanitaires appellent la population à la prudence, notamment autour du volcan et des coulées de lave.
L’activité du Piton de la Fournaise continue de produire ses effets bien au-delà de l’enclos volcanique. Selon les services sanitaires et l’association de surveillance Atmo-Réunion, un épisode de pollution au dioxyde de soufre (SO₂) a été enregistré dans le secteur de Bourg-Murat, directement exposé aux émanations du volcan.
Le seuil sanitaire d’alerte, fixé à 500 microgrammes par mètre cube sur une heure, a été dépassé durant trois heures consécutives entre 10 heures et 13 heures. La station de mesure a relevé une moyenne horaire de 593 µg/m³, avec un pic atteignant 673 µg/m³. Les concentrations sont depuis redescendues à des niveaux jugés conformes, mais les autorités soulignent que la situation reste hautement fluctuante, dépendant à la fois de l’intensité de l’éruption et des conditions météorologiques.
Ce n’est pas la première alerte depuis le début de l’épisode volcanique. Un précédent pic, plus modéré et de courte durée, avait déjà été observé dans la nuit du 11 au 12 mars, toujours à Bourg-Murat. Ces variations illustrent l’impact parfois imprévisible des gaz volcaniques sur les zones habitées situées à proximité du massif.
Lire aussi : (En vidéo) Piton de la Fournaise : quand la coulée de lave rencontre l'océan
Un gaz irritant pour les voies respiratoires
Parmi les substances émises lors d’une éruption figure le dioxyde de soufre, un gaz connu pour ses effets irritants sur les voies respiratoires. À forte concentration, il peut provoquer toux, irritation des yeux ou de la gorge, aggravation de l’asthme ou diminution de la capacité respiratoire, en particulier chez les personnes fragiles.
Outre le SO₂, l’éruption libère également des particules en suspension et divers gaz volcaniques qui peuvent se disperser sur de longues distances. D’autres phénomènes peuvent accentuer ces émissions, comme le laze, ce panache acide formé lorsque la lave entre en contact avec l’eau de mer, ou encore les combustions de végétation provoquées par l’avancée des coulées.
Face à ces risques, les autorités recommandent aux habitants du secteur de limiter les efforts physiques intenses en extérieur, de privilégier des activités modérées et d’éviter d’aggraver l’irritation des voies respiratoires par d’autres sources de pollution comme les brûlages, la fumée de tabac ou l’usage de solvants et d’encens. En cas de gêne respiratoire ou cardiaque, il est conseillé de consulter un professionnel de santé.
Les personnes vulnérables — notamment asthmatiques, insuffisants respiratoires ou cardiaques, femmes enceintes, nourrissons, personnes âgées ou sensibles à la pollution — sont invitées à redoubler de vigilance et, si nécessaire, à demander l’avis de leur médecin pour adapter leur traitement.
Vigilance également autour des coulées
À proximité immédiate du volcan, la qualité de l’air n’est pas surveillée en continu. Autour du laze ou des zones de combustion de végétation, des concentrations élevées de substances dangereuses peuvent apparaître brutalement. Les visiteurs sont donc appelés à quitter immédiatement la zone en cas de symptômes respiratoires ou cardiaques.
Les autorités rappellent également que les zones d’exclusion doivent être strictement respectées. Seule la RN2 est actuellement accessible pour observer les coulées. Il est interdit de quitter la route, que ce soit vers la forêt ou vers le littoral, les terrains situés entre la coulée et la mer restant instables et dangereux.
Des retombées possibles de “cheveux de Pélé”
L’éruption s’accompagne par ailleurs de retombées possibles de “cheveux de Pélé”, de fines fibres de verre volcanique issues de projections de lave. Invisibles ou presque, ces filaments peuvent se déposer sur les sols, les cultures ou les surfaces extérieures.
En cas de retombées, il est recommandé d’éviter que les enfants fréquentent les zones touchées, de nettoyer les surfaces contaminées, de laver soigneusement les fruits et légumes des jardins et d’éviter toute manipulation à mains nues. En cas de contact, un lavage soigneux des mains à l’eau est conseillé.
Atmo-Réunion poursuit de son côté la surveillance de la qualité de l’air grâce à son réseau de stations fixes installées sur l’île, notamment à Bourg-Murat et à Grand-Coude, spécifiquement dédiées au suivi des émanations volcaniques. Une station mobile a également été déployée au Tremblet depuis le 14 mars pour suivre l’évolution de la situation à proximité des coulées.
Dans ce contexte d’éruption active, les autorités invitent la population à suivre régulièrement les bulletins de qualité de l’air, la situation pouvant évoluer rapidement en fonction de l’activité du volcan et des conditions météorologiques.


