[Pierrot Dupuy] Suspension des carrières: Et si on demandait à l’Etat de payer le surcoût de la NRL ?

Le tribunal administratif a donc décidé hier de suspendre les deux arrêtés préfectoraux autorisant pour l’un le défrichement de la carrière de la ravine du Trou, à Bois Blanc à Saint-Leu, et pour l’autre son exploitation.
En prenant cette décision, le tribunal va donc indirectement impacter le chantier de la NRL, qui va se retrouver pendant quelque temps privé de roches massives. Un retard qui va entrainer une perte que la Région estime à 250 millions d’euros. Une paille…
Tiens, au fait, puisque ce retard sera occasionné par une bourde des services de l’État, ne serait-il pas normal que ce soit l’État qui paye la facture ? C’est juste une remarque, en passant…
C’est en novembre de l’année dernière que la préfecture avait autorisé la SCPR à entamer des travaux de défrichement. A peine commencés, ceux-ci étaient interrompus quelques mois plus tard, début janvier, par la DEAL, un service de la même préfecture…
La DEAL reprochait à la SCPR un affichage pas assez visible et surtout le fait que les défrichements sont interdits entre le 20 décembre et le 20 mars, pour éviter que les fortes pluies de la période cyclonique ne ravinent la terre et ne l’entrainent dans le lagon où elle détruit les coraux.
Le tribunal administratif, hier après-midi, est donc allé plus loin en annulant les deux arrêtés du préfet, aussi bien celui de défrichement que celui d’exploitation de la carrière.
En quelques jours, c’est la deuxième fois que le service juridique de la préfecture est mis à mal par la justice. Il y avait d’abord eu, rappelez-vous-en, je vous en avais parlé dans un précédent édito, cet imbroglio autour de l’arrivée des migrants où la préfecture avait été prise de cours par le débarquement des Sri-Lankais à Sainte-Rose, au lieu du Port comme elle l’avait prévu.
Cette fois, ce sont les deux arrêtés de la carrière de Bois Blanc. Et il est fort probable que l’on reparle bientôt des migrants qui ont été expulsés, la rumeur circulant hier soir que certains qui avaient été rapatriés de force tôt le matin dans leur pays d’origine avaient obtenu l’après-midi un jugement les autorisant à séjourner à La Réunion. Trop tard, ils étaient déjà dans l’avion…
Avouez que ça commence à faire beaucoup en si peu de temps. A tel point que le ministère de l’Intérieur a cru nécessaire d’envoyer en urgence dans l’ile deux avocats parisiens spécialisés dans le droit de la migration, histoire de prendre le relais des équipes de la préfecture…
Dans sa décision d’hier, le juge administratif a estimé qu’un défrichement pourrait impacter des plantes endémiques comme le bois de lait, le bois de paille en queue et le bois d'ortie qui sont en danger critique d'extinction. Mais aussi des caméléons et "une espèce de chiroptère particulièrement rare, le petit molosse".
Les associations de défense de la nature jubilent. Tout comme les associations, plus ou moins politisées, qui étaient opposées à la NRL. Les mêmes qui dans un premier temps, rappelez-vous, étaient opposés à la partie viaduc au motif qu’elle détruisait les coraux qui, comme tout le monde le sait, sont très nombreux dans le secteur. Et qui aujourd’hui, les mêmes, nous expliquent qu’ils sont contre la digue et qu’il faut faire un tout viaduc.
En fait, pour des raisons bassement politiciennes, ils sont contre le projet uniquement parce qu’il est porté par la Pyramide inversée.
En attendant, le chantier va prendre du retard et les mêmes, j’en prends le pari, viendront demain reprocher à la Région le retard et le surcoût qu’ils auront eux-mêmes provoqués…
Et pendant ce temps-là, tous les jours, des milliers d’automobilistes continuent à emprunter cette route avec le risque de se prendre un galet sur la tête.


