[Pierrot Dupuy] Quand l’affaire Jérôme Cahuzac nous en apprend sur notre société

Quand l’affaire Jérôme Cahuzac nous en apprend sur notre société…
L’actualité la semaine dernière a un moment été marquée par l’affaire de Jérôme Cahuzac, l’ancien ministre du Budget, qui a été autorisé par l’ordre des médecins à exercer la médecine générale en Corse.
Rappelons pour ceux qui l’auraient oublié, mais qui peut l’avoir oublié, que Jérôme Cahuzac avait été condamné en mai 2018 à 4 ans d’emprisonnement dont 2 avec sursis, pour fraude fiscale et blanchiment de fraude fiscale. Il avait réussi à échapper à la prison en acceptant de porter un bracelet électronique.
J’imagine que vous n’avez pas oublié non plus cette scène restée célèbre où l’on voyait un Jérôme Cahuzac, au faîte de sa gloire, répondre aux questions d’un député à l’Assemblée nationale et lui assurer, « les yeux dans les yeux », qu’il n’avait pas fraudé. Un an plus tard, il était contraint de démissionner suite aux révélations de Médiapart…
Après s’être fait oublier, notamment en partant en Guyane pratiquer la médecine dans un dispensaire uniquement atteignable en pirogue, il est revenu en France, plus précisément en Corse, avec l’espoir de pouvoir y pratiquer la médecine.
Malheureusement pour lui, un confrère, peut-être devrais-je plutôt dire un concurrent, a porté plainte devant le conseil de l’ordre, en mettant en cause ses capacités à exercer. Il faut en effet savoir que dans sa vie antérieure, Jérôme Cahuzac était un chirurgien spécialisé dans les implants capillaires. Pas grand-chose à voir avec le traitement de la grippe ou des rougeurs sur les fesses d’un bébé, le lot quotidien de tout médecin de province.
Finalement, je vous l’ai dit, le conseil de l’ordre l’a estimé apte et il pourra donc rejoindre le poste de clinicien qui l’attend apparemment à l’hôpital de Bonifacio.
Mais là n’est pas le fond du problème. Si je vous en parle ce matin, c’est parce que mon attention a été attirée par les commentaires que j’ai pu lire sur les réseaux sociaux et entendre sur certaines radios, s’offusquant qu’il puisse retravailler alors qu’il a été condamné.
Il conviendrait je pense, de rappeler qu’une condamnation à de la prison n’est pas une condamnation sociale à vie. Je dirais même que c’est tout l’inverse.
Une condamnation est une sanction infligée par la société pour punir un individu qui a commis une faute. Mais si l’on veut qu’il ne recommence pas, qu’il récidive, il faut justement lui permettre de se réinsérer. Et donc de travailler.
Voilà bien un exemple des dangers de la caisse de résonnance que représentent les réseaux sociaux, avec l’effet d’entrainement qui les accompagnent. Il suffit qu’un âne crie plus fort que les autres en disant une énorme bêtise pour qu’immédiatement d’autres la reprennent, voire même l’amplifient. Et comme les personnes sensées souvent se taisent, on finit par avoir l’impression que c’est une opinion unanime…
Je sais que la presse est souvent décriée sur les réseaux sociaux, justement. Sans doute parce-que notre métier consiste pour l’essentiel à remettre une information en perspective, et parfois à la commenter.
Et c’est clair que ça, ça ne peut pas plaire aux populistes de tous poils pour qui la simplification à l’extrême, l’appel aux plus bas instincts de l’homme, sont précisément les leviers sur lesquels ils aiment appuyer pour faire proliférer leurs idées.


