Pétrole aux Comores : « Drill, Azali, drill »

Le président de l'Union des Comores Azali Assoumani a confié à TGS, spécialiste des données sismiques, la mission de déterminer les premiers filons qui seront exploités dans une zone immense de six blocs pétroliers en mer. Si l'archipel des Comores est assis sur des milliards de barils de pétrole, rien n'indique que la population profitera des richesses générées par l'or noir.
Il a beau être enfoui à plus de 2.000 mètres de profondeur sous l'océan Indien, le pétrole de l'archipel des Comores n'en attire pas moins la convoitise des plus grosses majors de la planète. Il suffit pour s'en convaincre de lister les accords signés ces dernières années par le gouvernement comorien avec de grandes puissances étrangères, dans les domaines de la surveillance, de la logistique ou des infrastructures.
« Avec le déploiement de drones militaires américains et la modernisation de l'aéroport par les Emirats Arabes Unis et du port par la France (via la société AGL) de Moroni sur l'île de Grande-Comore, l'archipel semble en passe de se hisser au niveau des standards de sécurité exigés par les compagnies pétrolières pour déployer les lourds moyens techniques nécessaires au forage en eaux très profondes », relève l'analyste du réseau social X @Leiyla08, spécialiste du canal du Mozambique.
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L'Union des Comores peut surfer sur les perspectives offertes par six riches blocs pétroliers délimités dans sa zone exclusive économique (ZEE) d'environ 160.000 km², dont les frontières sont contestées en raison du litige portant sur la souveraineté de Mayotte. Des nappes d'hydrocarbures présentes en grande quantité, comme l'a établi l'analyste dans son billet publié sur son blog Les Arcanes de la géostratégie en février 2024.
L'enquête soulignait notamment que des prospectives réalisées par le renifleur de pétrole britannique Tullow pour trois des six blocs comoriens (les N. 35, 36 et 37) tablaient sur des quantités équivalentes à 9 milliards de barils enfouies entre 2.000 et 5.000 mètres de profondeur.
L'Eldorado pétrolier du bassin du Rovuma
Des réserves énormes constituées par « le prolongement géologique de l'Eldorado pétrogazier du bassin du Rovuma », cette vaste zone géographique située de part et d'autre du fleuve éponyme qui fait office, sur une majeure partie de son cours, de frontière entre la Tanzanie et le Mozambique.
L'annonce le 14 mai dernier en conseil des ministres de l'Union des Comores d'un deal confié au groupe norvégien TGS, spécialiste de l'exploitation des données sismiques, «apparaît comme un choix dicté par la logique », commente l'analyste, fine observatrice des manœuvres industrielles et militaires autour des gisements naturels de la zone. « TGS vient en effet de sonder 132.000 km² de zone maritime tanzanienne », pour une pêche miraculeuse quantifiée à « plus de 50 trillions de pieds cubes de gaz, lesquels seront bientôt mis aux enchères sur la bourse d'échanges IPE (International Petroleum Exchange) de Londres ».
Sur sa lancée, TGS investit les eaux des Comores en s’appuyant sur l’expertise opérée par deux renifleurs de pétrole, les entreprises britanniques Tullow Oil pour les blocs numéros 35, 36, 37, et Western Energy LTD pour les blocs numéros 38, 39, 40. Le groupe norvégien va affiner l’évaluation des ressources comoriennes, estimées à plusieurs trillions de pieds cubes de pétrole et de gaz, afin de déterminer où commencer à forer. TGS devrait aussi accompagner l'État comorien dans le choix des compagnies pétrolières qui enlèveront le marché.
Pénuries de riz et délestages d'électricité
Des acteurs pétroliers qui pourraient bien être ceux qui opèrent actuellement au large de la Tanzanie, au regard des liens tissés par la présidente tanzanienne Samia Hassan Suluhu et son homologue Azali Assoumani, présent fin janvier dernier à Dar es Salaam pour le Sommet africain de l'énergie.
L'ambassade de Tanzanie aux Comores a organisé le 28 avril dernier à Moroni un forum d'investissements économique réservé aux deux pays et l'un des fils du président de l'Union des Comores, le tout-puissant secrétaire général du gouvernement Nour El Fath Azali, a reçu le 15 mai dernier l'ambassadeur tanzanien Saïd Othman Yakuba pour un échange portant sur le renforcement des relations bilatérales.

« Afin de rassurer les investisseurs, l’ancien ministre de l’Intérieur Mahamoud Fakridine a été nommé à la tête de la DNPE, le renseignement comorien. Son profil sécuritaire est perçu comme un gage de stabilité dans un contexte où les enjeux géopolitiques et économiques autour des ressources naturelles cristallisent l'attention sur les Comores », avance @Leiyla08.
Les contestations populaires violemment étouffées par l'armée après la réélection en janvier 2024 d'Azali Assoumani ne sont pas parvenues à masquer les attentes fortes de la population de l'archipel, privée de denrées alimentaires de base comme le riz et soumise régulièrement à des délestages d'électricité.
Le forage offshore devrait d'ici quelques mois faire couler un flot de pétro-dollars dans les caisses du gouvernement, la famille Azali semblant faire sienne le slogan de campagne de Donald Trump « Drill, baby, drill ». Une opportunité unique de changer le cours de l'histoire d'un peuple qui célèbre en 2025 le cinquantième anniversaire de son indépendance.
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