Revenir à la rubrique : Economie

Olivier Fontaine : "Sans production locale, les importations feront le prix qu’elles veulent"

Ecrit par S.I. – le mercredi 27 août 2025 à 15H58

Élu président de la Chambre d’agriculture en février dernier, Olivier Fontaine a réuni la presse ce mercredi 27 août pour dresser un point d’étape sur la situation du monde agricole réunionnais. Un secteur fortement marqué par le cyclone Garance mais aussi par une hausse constante des importations et des coûts de production.

"On a voulu faire un petit point six mois après notre arrivée à la Chambre d’Agriculture, sur notre activité qui a été fortement bousculée par le cyclone Garance", lance Olivier Fontaine. Face à l’urgence, la Chambre a accompagné les exploitants dans le montage de 2.200 dossiers d’indemnisation, auxquels s’ajoutent 200 autres liés à la sécheresse, grâce au Fonds de secours des Outre-mer. Au total, 2.400 demandes ont été traitées.

Le président de la Chambre salue également "l’accompagnement financier de l’État et du Conseil départemental", qui a débloqué une aide inédite de 1.000 euros par hectare dans l’Est et de 385 euros dans le Sud et l’Ouest.

Produire plus localement pour contenir les prix

Au-delà de la gestion de crise, Olivier Fontaine insiste sur la nécessité de renforcer la production locale. Les chiffres d’importation continuent de grimper : 26.868 tonnes de volaille et 23.333 tonnes de porc ont été importées en 2024, alors que la production locale plafonne respectivement à 23.128 et 11.436 tonnes. Côté fruits et légumes, les importations explosent : +36 % pour la pomme de terre, +26 % pour les oranges et +21 % pour les poires.

Lire aussi : Nouveau record d’importations agricoles : le prix de la dépendance

"Le jour où il n’y aura plus de production locale à La Réunion, ce sera uniquement l’importation, et l’importation fera le prix qu’elle veut", prévient-il, rappelant l’épisode de l’oignon à 10 euros le kilo.

Pour lui, le renforcement de la souveraineté alimentaire passe par un meilleur accès aux semences, une lutte plus efficace contre les maladies et un appui concret à l’installation des jeunes agriculteurs.

Lire aussi : Moins d'exploitations agricoles à La Réunion, mais des fermes plus grandes et plus spécialisées

Canne, élevage, coûts et normes : des filières sous pression

Toutes les filières agricoles sont aujourd’hui fragilisées : la canne traverse une "très mauvaise année" avec de faibles tonnages et une richesse limitée, tandis que l’élevage se heurte à l’explosion des coûts et aux lourdeurs administratives. Construire une porcherie nécessite désormais plus d’un million d’euros, contre plus de 500.000 euros pour un élevage de volaille.

Le président de la Chambre déplore également une image injustement écornée par le débat sur la loi Duplomb : "Le monde agricole s’est fait traiter d’empoisonneur alors qu’on laisse n’importe quoi rentrer à La Réunion", compare-t-il.

Des perspectives à construire

Malgré ces difficultés, Olivier Fontaine se veut combatif et appelle à une mobilisation collective. Les États généraux de la canne, organisés avec l’État, la Région et le Département, doivent déboucher sur un véritable plan d’action pour préserver cette filière clé.

Lire aussi : Vers les États généraux : Quelles pistes pour relancer la canne ?

"Nous avons besoin de plus de soutien et de compréhension de la part des collectivités et de l’État. Notre rôle, à la Chambre, sera de mieux représenter les agriculteurs pour qu’on puisse continuer à avoir une agriculture performante à La Réunion", conclut-il.

Dans la même rubrique

0💬
Tri :