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Nouveau record d’importations agricoles : le prix de la dépendance

Ecrit par Philippe Madubost – le vendredi 2 mai 2025 à 06H18
Le volume de légumes frais importés à La Réunion a battu un nouveau record en 2024

Riz, viandes, mais aussi beaucoup de pommes et de poires… La Réunion n’a jamais autant importé de produits agricoles qu’en 2024. Une conséquence du cyclone Belal, mais pas seulement. Une donnée qui souligne une nouvelle fois la vulnérabilité de la production face aux aléas climatiques et la nécessité d’adapter l’agriculture réunionnaise. Malgré les discours sur la souveraineté alimentaire ou la nécessaire adaptation au changement climatique, La Réunion importe toujours un peu plus ce qu’elle mange.

Un chiffre : le département reçoit quasiment autant d’argent pour soutenir la production agricole qu’il en dépense pour importer des agrumes, oignons, ails, carottes et autres viandes venus des quatre coins du monde. Lors de sa visite, la ministre de l’Agriculture l’avait rappelé, La Réunion perçoit en moyenne 245 millions d’euros d’aides agricoles chaque année (État et Europe), soit près de la moitié du volume des aides dédiées à l’Outre-mer. En 2024, la valeur douanière des produits importés a dépassé 257 millions d’euros, en hausse par rapport à l’an dernier. Un nouveau record. Dans son bilan annuel, l’Agreste (DAAF Réunion) chiffre à 22 690 tonnes les importations de fruits frais l’an dernier. En hausse de 50 tonnes par rapport au précédent record de 2022. C’est 12 % de plus par rapport à 2023. Un volume qui illustre la vulnérabilité du modèle actuel. Le prix de la dépendance.

Pommes, raisins, poires…

En tête du classement : les agrumes (mandarines et oranges en tête, citrons) représentent plus de la moitié des volumes. Les pommes, raisins et poires complètent le podium. Ces dernières enregistrent au passage une hausse de 21 % avec un volume de 1 820 tonnes. L’Afrique du Sud reste le principal fournisseur de fruits frais pour l’île (52%), devant l’Égypte et la France hexagonale. Côté légumes, les importations de produits frais atteignent aussi un sommet avec 19 030 tonnes, soit +9 % en un an. Si les oignons pèsent toujours pour près de la moitié (8 803 tonnes), malgré une légère baisse, la pomme de terre explose avec +36 %, tout comme les autres légumes (+118 %). La pénurie d’oignons indiens a redessiné la carte des fournisseurs : Madagascar, la Chine et le Pakistan prennent le relais. La carotte venue de Chine capte désormais 93 % du marché. La DAAF met en avant un quasi-monopole sur le légume désormais. Le riz suit la même tendance à la hausse : plus de 42 000 tonnes de riz ont été importées en 2024, majoritairement sous forme blanchie. Le Cambodge fournit la moitié des volumes, suivi par l’Inde et le Pakistan.

+224 % pour le porc frais

Après une baisse en 2023, les importations de viandes reprennent également avec un volume de 36 880 tonnes importées, majoritairement de l’Union européenne. À l’exception du lapin et des ovins-caprins, les importations de bœuf, porc et volaille sont de nouveau en hausse, cible le rapport. Le porc frais enregistre un bond spectaculaire de +224 %. Un chiffre plus impressionnant dans le pourcentage que dans les volumes (523 tonnes). Les viandes de bœuf, dinde et canard progressent également. En 2024, 20 490 tonnes de viande de volaille (+4 %) sont entrées sur le territoire. Le premier pays d’origine des importations de volaille est la Pologne (33 %). Premier vice-président de la chambre d’agriculture et président des Jeunes Agriculteurs, Guillaume Sellier évoque « une tendance inquiétante, on est loin de la souveraineté souhaitée. Nous sommes trop dépendants de ces importations. Très clairement, il y a urgence à agir mais il faut aussi avoir les moyens de le faire pour les agriculteurs ». Pas qu’une question d’argent : « Il faudrait également une vraie prise de conscience par tous, par l’État, par les collectivités, par les consommateurs… » Le rapport pointe dans le même sens l’urgence à renforcer la souveraineté alimentaire locale en répondant « aux grands défis de la transition écologique et de l’adaptation au changement climatique pour garder ses parts de marché face aux produits importés ».

L’oignon pèse toujours pour près de la moitié du volume importé (source Douanes/Traitement DAAF Reunion).
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