Les Chinois, cible numéro 1 du tourisme haut de gamme à La Réunion

Malgré la fermeture de la liaison d'Air Austral vers Canton, la compagnie réunionnaise n'abandonne pas le marché chinois et devrait annoncer début 2026 un partenariat interligne avec Xiamen Air. Pour le Comité réunionnais de tourisme, l'objectif consiste à valoriser La Réunion comme une offre touristique haut de gamme.
C'est la politique des petits pas. Pour atteindre les 800.000 visiteurs par an, le Comité réunionnais de tourisme (CRT) mise sur l'Europe et l'Afrique, bien sûr, mais aussi sur la Chine. Un marché de niche, puisque l'ambition est de faire revenir la clientèle aisée qui avait découvert La Réunion grâce à la liaison avec Canton (Guangzhou), interrompue en février 2020 en raison de la crise Covid.
Le 27 novembre dernier, à l'occasion de la première édition du forum économique Chine – Réunion, organisé au Village by CA par l'Association des commerçants et des cadres chinois de La Réunion (ACCR) et le Consulat général de Chine à Saint-Denis (CGCSD), la directrice commerciale d'Air Austral Claire Tabakian a confirmé publiquement qu'un accord interligne était en discussion avec la compagnie chinoise Xiamen Air.
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L'accord permettra aux clients d'Air Austral de voyager, en enregistrant leurs bagages sur un seul billet, à destination de Xiamen, dans le sud-est la Chine. Compagnie présentée comme en plein expansion, Xiamen Air est basée sur l'île du même nom, idéalement située dans la province du Fujian, juste en face de l'île de Taïwan.
Pour les Chinois, La Réunion est « un mélange de culture française et d'exotisme »
« Nous avons déjà un accord interligne avec Thai Airways pour développer le tourisme vers l'Asie du Sud-Est. Nous avons vendu 10.000 passagers sur la Chine en un an, pour l'instant c'est encore assez faible. Nous avançons vers un partenariat avec Xiamen Air, qui est en discussion depuis plusieurs mois, pour un accord interligne afin de desservir Xiamen. On espère avoir quelque chose à annoncer au premier trimestre 2026 », a exposé Claire Tabakian.

En mai dernier, le CRT a renoué avec le Salon international du tourisme (ITB) de Shanghai, cinq ans après sa dernière participation. Même si La Réunion n'était que représentée au sein du stand de l'Union européenne, la démarche a été couronnée de succès selon Stéphane Bonneau, le responsable du développement des marchés internationaux au CRT.
Lors du forum économique Réunion – Chine, Stéphane Bonneau a rappelé que notre île avait su séduire, avant la crise sanitaire, une clientèle aisée qui voulait « échapper au tourisme de masse de Maurice ». Charlotte Yang, en charge d'une agence réceptive vouée à accompagner ses compatriotes en vacances dans l'île, assure qu'il ne faut pas douter du pouvoir d'attraction de La Réunion, qui attire ses compatriotes en proposant « un mélange de culture française et d'exotisme, des qualités touristiques très raffinées et aux normes françaises. »
Des touristes qui débarquent en jet privé
L'an dernier, 122 millions de Chinois ont voyagé à l'étranger, pour la plupart dans des pays proches de l'Asie du Sud-Est, les plus fortunés optant pour les États-Unis ou l'Europe. Leurs principales dépenses en vacances s'orientent vers la restauration, puis le shopping. Une bonne façon de capter leurs capitaux consisterait à s'adapter à leurs moyens de paiement usuels, comme l'application WeChat, a souligné lors de la conférence Réunion - Chine Jinson Yang, directeur des échange internationaux de l'académie de tourisme chinoise.
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Charlotte Yang, elle, a dressé le décor de leur séjour type : « La Réunion cible une clientèle haut de gamme et nous recevons quasiment toutes les semaines des groupes de touristes chinois. Pour eux, la sécurité est très importante ». Avant la fermeture de la liaison aérienne avec Guangzhou, a remémoré Stéphane Bonneau, « La Réunion était vendue comme une destination de luxe, proposée par les tours opérateurs avec des packages golf, pêche au gros ou nuit de noce ».

Selon le responsable du développement du CRT, un petit groupe de touristes chinois a même fait le déplacement en jet privé à La Réunion en juillet dernier. Si les ressortissants de l'Empire Céleste qui choisissent notre île disposent de revenus importants, ils seraient toutefois exigeants sur le rapport qualité-prix des prestations. Et ne séjourneraient que l'espace de quelques jours dans l'île.
« Un document partagé pour fixer une ligne directrice jusqu'en 2030 »
Le secteur touristique semble désormais soucieux de se structurer pour s'adapter à ce marché de niche. Ou à d'autres opportunités, à l'image des affinités tissées avec les touristes allemands, qui ont conduit Air Austral à conclure un partenariat avec la compagnie Condor.
Plus question pour les acteurs du secteur d'agir (ou pas) chacun dans leur coin, a décrété la Région, dont les fonds publics financent en bonne partie les stratégies de promotion de l'île. L'heure est au bond en avant : dans le cadre de sa récente refonte, le Comité réunionnais de tourisme a mis en place en juillet dernier des commissions socio-professionnelles dans les différentes filières, sous la houlette de Pascal Thiaw Kine.

« Il faut casser les silos et amener de la transversalité. L'ambition, c'est de faire un document de dialogue et de travail avec la Région, l'État et l'Europe, un document partagé pour fixer une ligne directrice jusqu'en 2030 », a martelé Pascal Thiaw Kine lors du forum économique, en fixant un objectif de 800.000 visiteurs, avec une projection sur «un tourisme inclusif et durable ».
Air France pourrait ouvrir une rotation supplémentaire sur Paris
L'actionnaire d'Air Austral a toutefois prévenu qu'il ne fallait pas s'attendre à une baisse des tarifs pour les voyageurs réunionnais, en raison notamment de la décision de la compagnie de remplacer ses Airbus A220 par des A330, plus fiables et plus sobres.
En difficulté économique et scrutée par la Commission européenne sur ses dépenses et sur le remboursement de ses emprunts, la compagnie régionale est parvenue de justesse à sauvegarder sa ligne vers l'Afrique du Sud. Elle lance en décembre une troisième rotation vers Bangkok, sa destination phare. Des discussions ont été entamées avec Air France pour convaincre la compagnie d'ajouter une rotation depuis Paris, dans le cadre d'un projet de croissance de passagers ciblant certains pays européens.
La stratégie globale, valable pour les Chinois aussi bien que pour les touristes hexagonaux, lesquels dépensent peu durant leur séjour dans une île où le coût de la vie demeure très élevé, est énoncée comme un impératif par Pascal Thiaw Kine : « Il faut qu'on réoriente nos produits vers un tourisme expérientiel. »


