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Tourisme en outre-mer : un vivier d’emplois encore largement inexploité

Ecrit par J.D. – le jeudi 23 octobre 2025 à 08H19
Photo d'illustration

Dans un rapport critique, la Cour des comptes dresse un constat sans appel sur l’emploi touristique en outre-mer. Manque d’attractivité, formation inadaptée, données lacunaires… Malgré ses atouts, le secteur peine à décoller. À La Réunion, quelques signaux positifs émergent autour du tourisme durable, sans pour autant changer l’équation.

C’est une photographie sans concession que livre la Cour des comptes dans son rapport publié récemment sur l’emploi touristique dans les territoires ultramarins. Malgré une « signature touristique » forte et des atouts naturels indéniables, le secteur peine toujours à peser pleinement dans l’économie locale. « Les difficultés de recrutement rencontrées par les employeurs ultra-marins du secteur et le manque de main-d’œuvre qualifiée sont régulièrement mis en avant, parmi les facteurs qui expliqueraient le faible dynamisme de ce secteur en outre-mer », souligne la juridiction financière. L’essor du modèle balnéaire, soutenu par des décennies de politiques publiques, a montré ses limites face à une concurrence régionale plus agile et à une offre internationale mieux structurée.

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Niveau des salaires, conditions de travail...

L’emploi touristique, évalué entre 25.000 et 30.000 postes en 2022-2023, demeure principalement salarié et souvent faiblement rémunéré. À La Réunion, il représentait environ 10.210 salariés et 2.447 non-salariés en 2019, soit 6,5 % de l’emploi marchand. Plus révélateur encore, la structure de l’emploi diffère sensiblement de celle de l’Hexagone : le commerce de détail concentre jusqu’à 40 % des postes liés au tourisme, bien davantage que l’hébergement-restauration (30 %). Dans les Antilles, pour 1.000 habitants, 12 emplois touristiques sont recensés en Martinique et 8 en Guadeloupe, contre 6 en moyenne nationale.

Ce paradoxe s’accentue à mesure que l’on examine le marché du travail. Malgré des taux de chômage deux à quatre fois supérieurs à ceux de la métropole, notamment chez les jeunes, les entreprises peinent à recruter. « Ce paradoxe a de multiples causes : le manque d’attractivité des métiers du tourisme, lié au niveau des salaires, aux conditions de travail et à des représentations symboliques, mais aussi à l’inadéquation entre les besoins des recruteurs et les compétences disponibles », note la Cour. Le vieillissement de la population et l’exode des jeunes vers l’Hexagone aggravent encore la situation, à l’exception notable de La Réunion, qui parvient partiellement à retenir ses talents.

La faiblesse de l’outillage statistique constitue un autre frein majeur. L’emploi touristique est « insuffisamment décompté par la statistique », ce qui empêche d’adapter les politiques publiques aux besoins réels. Les collectivités « pâtissent du déficit de données », alors même que le secteur « touche à l’économie, mais aussi à l’identité, à la valorisation et à la souveraineté symbolique de chacun des territoires ». La Cour recommande ainsi de fournir d’ici à 2026 une méthodologie consolidée sur l’emploi touristique et de mesurer précisément l’impact des dispositifs de formation et d’aide à l’emploi dans ce secteur.

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La formation reste d’ailleurs un maillon faible de la chaîne. Malgré un essor de l’apprentissage, notamment à La Réunion, les effets sur l’emploi restent limités. « L’offre de formation doit pouvoir s’adapter à l’évolution des besoins, par une structuration sectorielle […] permettant de constituer une main-d’œuvre ultra-marine dotée des fondamentaux nécessaires », préconise la Cour. Le développement d’accords régionaux d’engagement pour l’emploi et les compétences (Edec) et une meilleure coopération entre acteurs publics et privés figurent parmi les pistes prioritaires.

Face à ces constats, la mutation vers un tourisme durable apparaît comme une voie d’avenir. Ce modèle, qui associe attractivité économique, préservation de l’environnement et retombées locales, pourrait devenir un moteur d’emplois qualifiés. Les territoires ont déjà amorcé ce virage, mais souvent de façon dispersée. « La Réunion : une tentative d’approche globale de l’emploi touristique durable », note le rapport, saluant l’île pour ses initiatives en matière de verdissement des métiers, de digitalisation de l’offre et de développement de compétences vertes.

Mais pour l’heure, ces évolutions restent embryonnaires. « L’État ne permet pas aux collectivités ultra-marines de disposer d’un appareillage statistique efficace sur l’emploi touristique, alors que les politiques publiques de formation professionnelle sont cantonnées à une action peu conclusive autour des métiers en tension », déplore la Cour. Sans une vision partagée, un pilotage clair et des stratégies coordonnées, le tourisme risque de rester un potentiel insuffisamment exploité, loin de jouer pleinement son rôle de levier économique et social.

Etiquettes : Tourisme

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