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L'Australie sort l'artillerie lourde pour un exercice militaire aérien à La Réunion

Trois ans après l'affaire de la rupture par l'Australie d'un contrat d'achat de douze sous-marins français, deux avions de l'armée de l'air australienne ont atterri ce week-end à La Réunion pour ce qui s'apparente à un exercice militaire identique à ceux menés depuis 2020 avec l'Inde.
Ecrit par Thierry Lauret – le mardi 19 mars 2024 à 07H42
Un C-17 de l'Indian Air Force avant son intervention en mer d'Arabie pour une opération anti-piraterie.

Sa silhouette épaisse et son large fuselage, qui permet de loger et de transporter sur de longues distances du matériel militaire lourd, est familière du grand public. Récemment, en 2021, lors de la prise de l'Afghanistan par les talibans et la panique qui s'en est suivie, les images de foules se bousculant et tentant de pénétrer dans la soute d'un C-17 pour fuir leur pays ont marqué les esprits.

Ce dimanche 17 mars, un passionné d'aviation a publié la vidéo d'un McDonnel Douglas C-17 Globemaster III de la Royal Air Force australienne (RAAF) se posant sur la piste de Gillot, à La Réunion, avant de prendre la direction de la base aérienne 181. La scène a été capturée la veille avec l'objectif d'un appareil photo, mais permet sans aucun doute d'identifier l'appareil.

Une autre vidéo publiée quelques heures plus tard montre aussi un Boeing P-8 Poséidon, un avion de reconnaissance et de surveillance de l'armée australienne, foulant le tarmac de l'aéroport, accompagné par un Falcon 50 de l'armée française.

La présence à La Réunion de ces avions australiens, très coûteux à l'utilisation et valant plusieurs centaines de millions de dollars chacun, est tout sauf anodine. Elle fait écho au passage dans l'île en février 2020 et novembre 2022 d'un Boeing P-8 Poséidon de l'armée indienne, un pays avec lequel la France dispose de solides accords de coopération militaire, lesquels autorisent notamment les bateaux ou avions des deux pays à utiliser les installations de leur partenaire. Il en va ainsi par exemple de la base navale du Port ou de la nouvelle base aéronavale indienne sur l'île d'Agaléga dans l'archipel de Maurice.

En accordant l'autorisation aux P-8 de survoler sa ZEE (zone économique exclusive), qui s'étend jusque dans le canal du Mozambique où l'Inde doit s'approvisionner bientôt en gaz, la France permet à ce puissant allier de recueillir des masses de données reniflées par les multiples capteurs dont dispose l'avion de fabrication américaine. Tout porte à croire qu'il en va de même pour le P-8 Poséidon de la RAAF, dont la présence à La Réunion montre en premier lieu que l'affront national qu'avait constitué, en 2021, la rupture par l'Australie d'un contrat de 3,7 milliards d'euros pour l'achat de douze sous-marins du fabricant français Naval Group, a désormais été digéré.

En décembre 2023, la ministre des Affaires étrangères Catherine Colonna s'était déplacée à Canberra pour rencontrer son homologue australienne Penny Wong et parapher plusieurs accords militaires, autorisant là encore l'utilisation réciproque des installations aéronavales dans le Pacifique et l'océan Indien. Engagée dans l'alliance anti-chinoise Aukus derrière les Etats-Unis et au côté du Royaume-Uni, l'Australie avait sans doute besoin de la France pour l'aider à sécuriser la voie maritime de son commerce de minérais précieux, un secteur très porteur où les entreprises australiennes sont en pointe en Tanzanie, au Mozambique ou à Madagascar.

Pour s'en convaincre, il suffit de rappeler que quelques semaines avant la visite de Catherine Colonna à Canberra, la ministre de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher s'était elle aussi déplacée en Australie, en octobre 2023, afin de signer un accord bilatéral de partenariat sur l'approvisionnement en matières premières critiques. Dont le graphite, présent en masse sur les deux rives du canal du Mozambique, constitue l'une des plus prisées.

Des intérêts économiques gigantesques qui justifient l'investissement annoncé de 550 millions de dollars par le gouvernement australien dans le projet de raffinerie de minerais rares de l'opérateur Arufara, qui doit sortir de terre dans le nord du pays. La France, de son côté, voit sans doute dans ce double partenariat militaire et économique une opportunité de surveiller la ligne maritime entre l'Europe et l'Australie (via le cap de Bonne-Espérance) empruntée par le fleuron tricolore CMA CGM, tout en se garantissant un approvisionnement en terres rares.

A la lumière de ces enjeux et des tensions en mer Rouge, la présence à La Réunion de l'attelage entre le P-8 Poséidon de surveillance et le C-17 Globemaster III, plus orienté vers la logistique et l'opérationnel, revêt une valeur symbolique de déploiement de force. Malgré son apparence de baleine, le C-17 Globemaster III est un appareil vif et maniable. Des qualités qui ont été récemment mises en évidence par l'armée de l'air indienne, qui a publié le 17 mars des images d'une intervention de parachutistes lâchés depuis le gros porteur avec des zodiacs, pour une intervention de sauvetage d'un navire victime d'un acte de piraterie en mer d'Arabie. En octobre dernier, c'est l'armée de l'air australienne qui avait frappé les esprits en faisant slalomer un C-17 entre les immeubles de la ville de Brisbane.

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