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La base navale du Port va renforcer son rôle de point d’appui dans l’océan Indien

La tempête géopolitique qui menace de faire basculer la mer Rouge dans le chaos met en relief le rôle de la base navale du Port, point d'appui de la France dans un océan Indien au cœur des enjeux économiques et militaires. Dès l'an prochain, un nouveau patrouilleur est attendu pour porter la flotte à six navires, tandis des projets de modernisation des infrastructures sont à l'étude.

Ecrit par Thierry Lauret – le vendredi 26 janvier 2024 à 08H10
La frégate de surveillance Floréal. (Photo FAZSOI)

Avec ses 500 marins et ses cinq navires, dont deux frégates et un patrouilleur polaire dédié à l’Antarctique, la base navale du Port constitue la plus importante implantation de la marine française en Outre-mer. A la tête du site militaire en cours de réaménagement (construction d’un centre de restauration et de logements), un jeune capitaine de vaisseau : le commandant Thomas Gérard, en poste depuis le 20 juillet dernier.

La base navale héberge par ailleurs la brigade de surveillance littorale, une unité spécifique de gendarmerie maritime rattachée aux FAZSOI, les Forces armées de la zone sud de l’océan Indien, et spécialisée dans les missions de police en mer de l’Etat. Un projet de création de flottille côtière, dotée de moyens de surveillance et constituée uniquement de personnels réservistes, doit aussi voir le jour.

Avec les tensions observées en mer Rouge suite aux attaques des rebelles houthis du Yémen contre des navires marchands accusés de soutenir l’Etat d’Israël, puis les ripostes récentes menées par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne dans le cadre de l’opération Prosperity Guardian, une partie du trafic maritime qui transitait par le canal de Suez déroute désormais au large de l’Afrique du Sud.

« Les armateurs comme CMA CGM ou Maersk font le choix désormais de contourner l’Afrique pour assurer une liaison Asie-Europe. Depuis janvier, le Cross a observé une augmentation du trafic maritime de 30% », souligne le commandant Thomas Gérard.

Le capitaine de vaisseau et commandant de la base navale du Port, Thomas Gérard.

S’il minimise l’impact que pourrait occasionner la crise en mer Rouge sur le fonctionnement de la base navale du Port, arguant que les marins y sont préparés, le commandant Thomas Gérard admet que cette surfréquentation de navires au large de La Réunion a pour corollaire une hausse des probabilités d’incidents en mer, de la simple panne de bateau au problème plus grave, pouvant entraîner de lourdes conséquences environnementales.

« Les gens pensent que du fait d’être à La Réunion, on est assez éloignés des enjeux du monde, mais en fait, de plus en plus, on est au coeur de ces enjeux. On a notamment ces deux grosses routes maritimes, celle du canal du Mozambique qui remonte vers le golfe Arabo-Persique, et puis au large des Mascareignes, entre le cap de Bonne-Espérance et le détroit de Malacca, on a toute la route vers l’Asie », contextualise le capitaine de vaisseau.

Même si l’équilibre fragile de la paix n’a jamais autant vacillé, la principale mission des marins de la base navale du Port demeure la surveillance de l’immense zone économique exclusive (ZEE) de la France, un vaste domaine maritime international de 2,8 millions de km² hérité de la colonisation. « L’aspect surveillance de la ZEE, il n’y a pas que les bateaux qui le font : il ne faut jamais oublier les capacités aériennes », insiste le commandant de la base.

Selon lui, en cas d’aggravation d’une militarisation en mer Rouge avec laquelle la France tient, pour l’heure, à conserver du recul, la base navale pourrait fournir une assistance aux navires des pays partenaires.

« On pourrait très bien imaginer que certains bateaux qui opéreraient là-bas cherchent des points d’appui dans la zone océan Indien. Ce point d’appui pourrait être La Réunion, mais aussi Djibouti ou Abu Dhabi. Le grand point fort de La Réunion, c’est que c’est un territoire français. Evidemment, s’il y avait une déstabilisation de la région, La Réunion deviendrait un point d’appui privilégié. Mais aujourd’hui, les opérations menées sont des opérations de protection des navires qui transitent, et de surveillance de la zone », cadre le commandant Thomas Gérard.

Le patrouilleur polaire Astrolabe.

Si le patron de la base navale insiste sur le concept de « point d’appui » pour les forces armées françaises ou partenaires étrangères, ce n’est pas sans raison : c’est une ambition inscrite dans la loi de programmation militaire 2024-2030.

« L’escale récente du ravitailleur Jacques-Chevalier au Port pourrait préfigurer d’autres escales plus importantes de bateaux à haute valeur ajoutée, comme ça a déjà été le cas par le passé, puisqu’il y a eu notamment un porte-hélicoptère qui a fait escale à La Réunion. On souhaite développer notre capacité, pour pouvoir gagner en performance opérationnelle », expose le commandant Gérard.

Dès avril 2025, un nouveau patrouilleur devrait venir porter la flotte réunionnaise à six navires, avant qu’un autre patrouilleur flambant-neuf ne soit livré l’année suivante. « Ensuite, le patrouilleur Le Malin quittera normalement le territoire de La Réunion. Les bateaux les plus anciens seront alors les frégates de surveillance, qui seront remplacées à partir de 2030-2035 par des frégates avec des capacités d’intervention nettement supérieures. Notamment en matière d’armement, avec des missiles et des capacités anti-sous-marines », livre l’officier.

Celui-ci assure que cette « montée en puissance » s’accompagnera de travaux dans la darse et d’améliorations des infrastructures de maintenance, déjà dotées d’équipements hightech permettant une large autonomie de fonctionnement pour la flotte.

« L’objectif, c’est aussi d’avoir des stocks de munitions à La Réunion qui permettraient de régénérer les bateaux qui feraient escale chez nous. Des stocks de combustible aussi, des capacités à soutenir une force qui viendrait ici pour se régénérer », martèle le commandant Thomas Gérard.

Si cette militarisation de l’ouest de l’océan Indien peut sembler inéluctable au vu des énormes enjeux économiques (pêche, projets gaziers dans le canal du Mozambique, trafic maritime marchand), ou encore au regard de l’implantation de l’Inde sur l’île d’Agaléga (Maurice) et des moyens importants déployés par la Chine, elle laisse toutefois peser sur les populations la crainte d’un avenir menacé par les tensions armées et les catastrophes environnementales.

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