"Nommer le privilège zorey" : les signataires de la tribune appellent les élus à se positionner et annoncent une mobilisation

Les signataires de la tribune sur le "privilège zorey" défendent leur démarche et annoncent une mobilisation le 5 juillet.
Trois jours après sa publication, la tribune intitulée "Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion" continue de susciter de nombreuses réactions. Selon ses initiateurs, le texte a déjà recueilli plus de 3.000 signatures. Réunis devant la presse ce jeudi 11 juin, plusieurs signataires, dont l’artiste et musicien Gaël Velleyen, ont défendu la démarche et appelé à l’ouverture d’un débat public sur les inégalités sociales, les discriminations et les héritages coloniaux dans l’île.
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Pour les membres du collectif, cette mobilisation témoigne d’une volonté croissante de la population réunionnaise de s’emparer de sujets longtemps considérés comme tabous. "Mi pans ke nou la lèv un tabou sur une question qui parle dans la société réunionnaise. Les personnes ont envie de parler et de prendre cette responsabilité", déclare Gaël Velleyen.
Un débat sur les inégalités et la représentation
Au cœur de la tribune figure la notion de "privilège zorey", que les signataires distinguent de toute critique individuelle à l’encontre des personnes originaires de l’Hexagone vivant à La Réunion.
Selon Gaël Velleyen, cette notion renvoie à des mécanismes sociaux qui favoriseraient davantage les personnes blanches métropolitaines dans l’accès aux postes de pouvoir et de responsabilité. "Le privilège zorey, c'est pas dire que tous les zorey ont de l'argent. C'est de dire qu'à une situation égale, le zorey il passe", affirme-t-il.
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Le collectif s’appuie notamment sur des travaux de chercheurs réunionnais comme Ludovic Babas ou Younous Jonas pour étayer son analyse. Il estime que les personnes originaires de l’Hexagone sont surreprésentées dans certaines fonctions d’encadrement ou de direction, alors que les Réunionnais demeurent majoritaires dans les catégories les plus précaires de la population.
"La peur lé inculquée"
Interrogé sur les difficultés à aborder publiquement ces questions à La Réunion, Gaël Velleyen évoque un héritage historique profondément ancré dans la société réunionnaise. Pour lui, les conséquences de l’esclavage et du système colonial continuent d’influencer les rapports sociaux et expliquent en partie les réticences à prendre la parole sur ces sujets.
"Dans l'histoire, on nous a appris à fermer notre bouche, on nous a appris le tabou, on nous a appris le silence. Parce que notre société a été construite dans la violence", soutient-il. Le signataire affirme également que certaines personnalités auraient hésité à soutenir publiquement la tribune par crainte des réactions suscitées par ce débat.
Face aux critiques formulées depuis la publication du texte, les membres du collectif rejettent les accusations de racisme qui leur sont adressées. Selon eux, ces reproches viseraient à empêcher toute réflexion sur les inégalités structurelles présentes à La Réunion.
Lors de la conférence de presse, Gaël Velleyen a notamment dénoncé "un appel au boycott" de la pétition et des mécanismes d’"invisibilisation" des revendications portées par le collectif. "An plis diskrédit a nou, le system y boykot a nou, y ferm la port' parske cé zot y tyin la port'. An gro si ou koz kont zorey ou koz kont ou mèm", a-t-il déclaré.
L'accès aux postes à responsabilité pointé du doigt
Les signataires ont également insisté sur la question de la représentation des Réunionnais dans les postes de direction et d’encadrement. Selon eux, certains mécanismes de recrutement favoriseraient les réseaux extérieurs à l’île, au détriment des compétences locales.
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Gaël Velleyen estime que cette situation contribue à maintenir un "plafond de verre" pour une partie de la population réunionnaise. "Le système, il pousse les zorey en lèr, et nous maintient sous le plafond de verre. Nous ne disons pas que tous les zorey sont riches mais que ceux qui sont en lèr, c'est les zorey", affirme-t-il.
Un rassemblement annoncé le 5 juillet
Au-delà de la pétition, les initiateurs de la tribune souhaitent désormais transformer cette mobilisation en actions concrètes.
Un rendez-vous est ainsi fixé au 5 juillet dans l’Ouest de l’île. Le lieu précis sera communiqué ultérieurement. Les organisateurs annoncent un temps de rencontre et d’échanges autour des questions soulevées par la tribune, avec l’objectif de construire des propositions et d’interpeller les responsables politiques locaux.
Pour les signataires, l’enjeu est désormais de faire émerger un débat public qu’ils souhaitent "apaisé mais lucide" sur les rapports sociaux et les inégalités à La Réunion.


