Revenir à la rubrique : International | Océan Indien

L'île Maurice va inaugurer la base militaire indienne d'Agaléga le 29 février

Dimensionnée et équipée pour accueillir des navires, des avions et probablement des sous-marins, la base militaire indienne construite sur l'île mauricienne d'Agaléga sera inaugurée le 29 février en présence de Pravind Jugnauth. Le premier ministre de l'île Maurice est pourtant raillé par la population pour avoir nié l'existence de cette enclave militaire indienne sur le territoire national.
Ecrit par Thierry Lauret – le mardi 20 février 2024 à 08H26

Engagé dans un bras de fer avec le Royaume-Uni pour faire reconnaître les droits de son pays sur l'archipel des Chagos, dont Maurice a été dépossédée pour permettre la construction de l'immense base militaire américaine de Diego Garcia, Pravind Jugnauth se montre beaucoup plus mutique concernant le chantier en passe d'être achevé sur l'île d'Agaléga.

Selon le quotidien local L'Express, le premier ministre mauricien a même prévu de se rendre le 29 février à Agaléga pour inaugurer la très controversée base militaire dont il a longtemps nié l'existence auprès des médias et de la population. Le premier ministre indien Narendra Modi, lui, n'a pas jugé bon de faire le déplacement et participera à la cérémonie en visioconférence.

Située à environ 1.200 km au nord de La Réunion, l'île d'Agaléga s'impose comme une positon stratégique au centre de l'océan Indien, à distance d'intervention de la voie maritime de la mer Rouge et du canal du Mozambique, où l'Inde possède d'importants intérêts industriels, à l'image de sa participation financière dans le projet gazier de TotalEnergies au Cabo Delgado.

Selon les premiers éléments d'information émanant des médias indiens et des observations sur place, mais aussi de certaines vues satellites qui ne masquent rien des ambitions militaires indiennes dans la région, la base est dotée d'une piste d'aviation d'environ 3.000 m de long. Celle-ci autorise le décollage des gros porteurs comme le fameux Boeing P8 I Poséïdon, un avion de surveillance high tech que l'Inde a déjà posé à La Réunion dans le cadre de l'accord de coopération militaire signé avec la France en 2018.

Une autre piste semble être en cours de construction, et pourrait être dévolue aux drones de surveillance et d'attaque MQ-9B du constructeur américain General Atomics. Le congrès des Etats-Unis dispose en effet d'un avis favorable des services du gouvernement pour la vente à l'Inde de 31 drones et de 160 missiles, pour un contrat total d'environ 4 milliards de dollars.

La base aéronovale est dotée d'une piste d'aviation d'environ 3 000m, tandis qu'une autre semble en construction.

La base aéronavale d'Agaléga est par ailleurs équipée d'un double quai, dont la structure renforcée semble être dimensionnée pour ravitailler des navires de type frégate, voire même des sous-marins. Ce dernier point pourrait se révéler crucial pour la France dans le cadre de son accord de coopération renforcée avec l'Inde, qui outre la vente de sous-marins ou d'avions de chasse Rafale et les transferts de technologie, prévoit aussi le partage des installations militaires dans l'océan Indien, au titre de ravitaillement ou de réparation.

Si la base navale du Port à La Réunion ne permet pas encore de mettre à l'abri des sous-marins, son commandant en chef, le capitaine de frégate Thomas Gérard, dispose d'un solide C.V en la matière puisqu'il a été sous-marinier responsable de centrale nucléaire, avant d'occuper ce poste sur le navire étendard Charles de Gaulle.

La mise en service de la base indienne d'Agaléga confirme par ailleurs la militarisation des enjeux géopolitiques dans l'ouest de l'océan Indien. Pour une partie de la population mauricienne, céder un pan de son territoire national à l'Inde, même dans le cadre d'importantes compensations financières (comme pour la construction du métro léger), constitue une atteinte à l'unité du pays encore marqué par la douloureuse déportation des habitants de l'archipel des Chagos.

Le quai paraît dimensionné pour abriter des frégates, voire des sous-marins. (Capture d'écran FB)

De fait, le sort des habitants constitue un sujet hautement sensible pour le gouvernement mauricien qui laisse planer le doute sur leur devenir tout en s'évertuant à rendre Agaléga, auparavant desservie par le Mauritius Trochetia, tout bonnement inaccessible. Si la partie nord de l'île, désormais grillagée, est strictement réservée aux 50 officiers et aux personnels de la base militaire, la partie sud reste habitée par les dernières familles du Village 25, qui semblent refuser de partir.

La possibilité que celles-ci soient transférées de force vers l'île voisine au sud, dans le village de Sainte-Rita, pour favoriser une extension de la base indienne, n'est pas à écarter. Habitués à vivre de la pêche et de la noix de coco, les villageois, qui ne disposent que peu d'eau potable et d'un accès à l'électricité rudimentaire, n'ont pour l'heure bénéficié d'aucune réelle avancée dans leurs conditions de vie depuis la transformation de leur île en base aéronavale.

Un des rares opposants à la base militaire qui ose encore s'exprimer publiquement, le chanteur Ti Ras, a récemment dénoncé sur son compte Facebook des phénomènes d'érosion de la plage qui seraient, selon lui, liés aux travaux en cours à Agaléga.

Etiquettes : Île Maurice | Inde | Océan Indien

Dans la même rubrique

0💬
Tri :