« J'ai vu plus de pirates que Jack Sparrow »

Arrivée en France en 1984 à l'âge de quatre ans en provenance de Taiwan. Enfance dans les quartiers HLM de la région parisienne et concours réussi avec brio, à l'âge de 15 ans, au lycée militaire de Saint-Cyr-l'Ecole. Et puis l'entrée à l'Ecole navale : Chun-Jen Fang est un modèle de réussite de l'école Républicaine et se revendique comme tel.
« J'ai appris à nager à 18 ans et cela ne m'a pas empêché de devenir plongeur démineur », souligne le jeune capitaine de frégate, désormais adjoint au chef du service de recrutement de la Marine nationale. « J'ai chassé des mines sous-marines et des mines terrestres au début de ma carrière, puis je suis allé sur frégate et j'ai chassé des sous-marins au large de l'Islande. Ensuite, j'ai chassé des pirates lors de patrouilles dans le golfe de Guinée, puis des narco-trafiquants ces deux dernières années, lorsque je commandais ma frégate dans les Antilles. J'ai fait le tour des îles des Caraïbes et j'ai rencontré plus de pirates que Jack Sparrow. Avec mon équipage, on a parcouru plus de 2,5 fois le tour de la Terre. »
Intarissable sur ses aventures aux quatre coins du globe, Chun-Jen Fang possède tous les atouts du parfait recruteur de la Marine nationale : parcours atypique, engagement et sens du contact. Ces derniers jours, le capitaine de frégate multiplie les entretiens avec les médias et les autorités de l'île pour présenter les nombreux métiers de la Marine (il en dénombre 80) et évoquer une nouvelle campagne de communication télé, dans laquelle certains Réunionnais pourraient reconnaître des visages familiers.
Avant de prendre une semaine de congés dans la famille de son épouse à Piton Saint-Leu, Chun-Jen Fang se met ce week-end au service des jeunes intéressés par une carrière, à l'occasion du Salon de la formation et de l'orientation à la Nordev, qui s'achève ce dimanche. Il est accompagné pour l'occasion d'un Réunionnais, un ancien des commandos de Marine devenu recruteur à la base navale du Port.
La base navale du Port va renforcer son rôle de point d’appui dans l’océan Indien
« Le commandant de la base navale du Port, Thomas Gérard, a été responsable de centrale nucléaire à bord des sous-marins, puis à bord du porte-avions Charles-de-Gaulle et il commande désormais une base navale en surface, ce qui vous montre tous les chemins qui vous permettent de vous épanouir et d'accéder à la réussite dans la Marine nationale », clame Chun-Jen Fang, en rappelant que du boulanger au mécanicien, tout le monde peut se retrouver en tenue de combat lorsqu'une mission le nécessite.
« Il y aussi une Réunionnaise, la capitaine de Frégate Stéphanie, qui est aujourd'hui responsable du système de télécommunication des trois armées. Il n'y aucun déterminisme social ni académique dans la Marine », insiste le capitaine de frégate, en rappelant qu'un matelot est « payé 1.400 euros net lors de sa formation et 3.000 euros lors de sa première mission ».
L'an dernier, 127 jeunes ont été recrutés dans l'île et la Marine séduit de plus en plus de femmes (17% des effectifs), lesquelles représentaient en 2023 33% des officiers promus, avec l'assurance de bénéficier des mêmes conditions salariales que les hommes.


