Revenir à la rubrique : Culture

L'antenne Omega, ou l'histoire de la Guerre Froide à La Réunion

Ecrit par Thierry Lauret – le dimanche 13 avril 2025 à 06H17

Un documentaire diffusé sur Canal+ Réunion revient sur le contexte de Guerre froide qui a guidé l'installation de l'antenne Omega à Saint-Paul. Ce système militaire de radionavigation, planté comme un étendard français sur l'océan Indien, culminait à 427 mètres de haut.

La plupart des Réunionnais sont passés devant l'immense structure métallique, des dizaines ou des centaines de fois, sans réellement savoir à quoi elle servait. De sa construction en 1975 à sa démolition en 1999, l'antenne Omega a fait partie du paysage du littoral ouest de La Réunion, qu'elle toisait alors du haut de ses 427 mètres.

Il y a vingt ans, dans le numéro 2 de la Revue historique de l'océan Indien (AHIOI, 2005), l'anthropologue américaine Héloïse Finch avait, la première, levé le voile sur « Le rôle de l'antenne Omega à La Réunion pendant la Guerre Froide ».

Quand beaucoup de Réunionnais s'imaginaient que le mât de type parapluie avait pour vocation à retransmettre en direct sur RFO les matches de coupe d'Europe de football, la chercheuse de l'université du Michigan rappelait qu'il s'agissait, en premier lieu, d'un système de radionavigation pour les sous-marins nucléaires.

L'antenne Omega aurait pu être plantée aux Kerguelen ou à Mafate

C'est du reste l'article de l'anthropologue de l'université du Michigan qui semble avoir inspiré le documentaire La Tour Omerta du réalisateur William Cally, actuellement diffusé sur Canal+ Réunion. En s'appuyant sur des images d'archives et des témoignages, d'époque ou contemporains, William Cally retrace le contexte des années 1970 marqué au fer rouge par la rivalité politique locale entre les aspirations progressistes du Parti communiste réunionnais (PCR) de Paul Vergès, et la volonté d'asseoir la position géopolitique de la France incarnée par l'ex-premier ministre de droite Michel Debré.

En 1966, année des premiers essais nucléaires français dans le Pacifique – soit un an avant le lancement du Redoutable, premier sous-marin atomique tricolore -, la France du Général de Gaulle signe un accord avec les États-Unis pour déployer dans l'océan Indien une puissante antenne radio basses fréquences dont les ondes sont capables de percer la couche océanique.

Après avoir envisagé les Kerguelen, c'est finalement sur La Réunion que le choix des Américains se porte pour déployer l'un des huit émetteurs du réseau de radionavigation. Des études de terrain ont lieu dans le cirque de Mafate ou à la Plaine-des-Cafres. Mais c'est le site de la plaine Chabrier, du nom d'une riche famille de l'époque, qui est retenu sur la côte ouest de l'île, réputée comme abritée des vents.

Quand La Réunion était une cible de frappe soviétique

Le site d'environ 160 hectares est occupé par une trentaine d'agriculteurs, lesquels sont rapidement expulsés dans l'indifférence quasi générale. Le maire Julius Bénard tente de s'opposer au projet mais s'incline devant les intérêts supérieurs de l’État.

Dans les années 2000, lorsque l’armée rétrocède le terrain expurgé de son mât encombrant, l'héritier Patrick Chabrier entame des procédures pour faire valoir ses droits.

Lire aussi : Projet Écocité: La cour d'appel a fixé le prix des terrains de l'ancienne antenne Omega

Selon Héloïse Finch, la presse locale, y compris le quotidien du PCR Témoignages, s'est montrée très discrète sur les enjeux géopolitiques et militaires de l'antenne Omega, alors même que sa simple présence sur notre minuscule territoire plaçait La Réunion comme une cible stratégique majeure en cas d'escalade dans le conflit entre l'URSS et les USA.

La petite histoire retiendra que c'est l'avènement du guidage par satellite (GPS) qui sonnera le glas de l'antenne Omega. La grande histoire, elle, n'aura sans doute pas mentionné que La Réunion a servi, en pleine Guerre Froide, au déploiement de la puissance militaire et géopolitique française. Au même titre que Mururoa et ses essais nucléaires, la Guyane et sa base de lancement de fusée à Kourou, ou la Nouvelle-Calédonie avec la nationalisation de ses mines de nickel.

Etiquettes : Documentaire | Saint-Paul

Dans la même rubrique

0💬
Tri :