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La discrimination capillaire pourrait bientôt être sanctionnée par la loi

Portée par le Guadeloupéen Olivier Serva (LIOT), la proposition de loi visant à reconnaître et à sanctionner la discrimination capillaire a été examinée favorablement ce mercredi en commission des lois. Le député réunionnais Frédéric Maillot a participé aux débats, en citant en exemple Juliana Hibon, une jeune femme qui milite sur les réseaux sociaux contre les préjugés dont sont victimes les afro-descendants aux cheveux non-lissés.
Ecrit par Thierry Lauret – le jeudi 21 mars 2024 à 06H18
Photo compte Instagram zili_anaa

Réservez votre soirée et préparez le pop-corn : les 27 et 28 mars prochains, les députés de l'Assemblée nationale examineront le projet de loi du Guadeloupéen Olivier Serva (LIOT), visant à reconnaître et à sanctionner la discrimination capillaire dans le monde du travail. Ce mercredi 20 mars, le projet de loi a été examiné et approuvé en commission des lois en présence de Frédéric Maillot (Gauche démocrate et républicaine - Nupes), qui confie avoir soutenu « depuis le début » son collègue des Antilles.

« C'est une loi trans-partisane. Les seuls groupes qui se sont opposés sont Horizons et LR », rapporte le député de la 6e circonscription de La Réunion. « Horizon a dit que c'était quelque chose qui sortait des États-Unis et qu'on voulait imposer à la France. J'ai répondu que les personnes qui sont discriminées dans les Outre-mer ou dans les cités, ce sont bien des personnes françaises. Je tiens à signaler qu'une députée Renaissance a pris la parole pour soutenir mes propos. »

Frédéric Maillot poursuit en indiquant avoir achevé son intervention en remerciant « toutes les femmes qui ont assumé l'afro quand l'afro n'était pas à la mode ». Sa collègue de groupe à l'Assemblée Karine Lebon approuve elle aussi le combat visant à établir, au sein du milieu professionnel, le droit à ne pas lisser ses cheveux pour paraître, selon des critères malheureusement encore couramment admis, plus présentable.

« Je suis pour [la proposition de loi]. Dans notre pays, nombre de nos concitoyens se voient discriminés en raison de leurs cheveux konyé, il est important de le reconnaître », appuie la députée de la 2è circonscription de La Réunion. Frédéric Maillot assure du reste avoir subi « des réflexions » sur sa propre coiffure dans les couloirs du palais Bourbon, ce qui lui fait dire que « le point de rupture dans la société, c'est bien la coiffure qui ramène à la texture des cheveux. »

« Il fallait gommer les traits négroïdes et la coiffure »

Un sujet qu'explore depuis son enfance Juliana Hibon, une Réunionnaise qui s'est fait connaître sur les réseaux sociaux avec le hashtag provocateur #defriztonmonmon et qui est récemment devenue la collaboratrice en charge de la communication digitale de Frédéric Maillot. La jeune femme souligne avoir souffert très jeune du jugement porté sur sa coiffure, avouant ne l'assumer que depuis peu, après un long travail de reconstruction.

« La première fois que j'ai défrisé mes cheveux, c'était pour lors ma communion, comme beaucoup de monde semble-t-il, au vu des témoignages que j'ai pu avoir. Parce que ce jour-là, il faut être tirée à quatre épingles et donc être bien peignée. Ensuite, c'est resté ancré : pour être acceptée, être considérée comme une personne par la société, il fallait gommer les traits négroïdes et la coiffure », confie Juliana Hibon, en évoquant ces entretiens d'embauche lors desquels on lui demandait de « ramasser ses cheveux ».

Juliana Hibon relate aussi comment une personne inconnue lui a récemment touché les cheveux en pleine rue à Saint-Pierre. Ou la remarque censée être humoristique au sujet sur sa coiffure, la dernière fois qu'elle est allée au cinéma pour le documentaire sur Bob Marley. Sur les pages de ses réseaux sociaux Fanmhood ou lors d'échanges directs, des personnes exposent les mêmes expériences désagréables ou discutent des produits naturels et adaptés pour l'entretien de leurs cheveux, ce que peu de marques de l'industrie proposent encore aujourd'hui. D'autres encore avouent avoir attendu d'avoir atteint la trentaine ou la quarantaine pour assumer de porter leur coiffure au naturel.

Avant même d'être confrontés au monde professionnel, les afro-descendants subissent parfois les premières brimades dans le milieu familial ou scolaire. « J'ai eu une grande perte de confiance en moi, qui a affecté ma vie d'adulte », livre Juliana Hibon, pour qui la proposition de loi contre la discrimination capillaire, qui s'applique à toutes les coiffures et pas seulement au style afro, constituerait une réelle avancée.

Juliana Hibon.

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