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La complexe campagne des Européennes

C'est l'heure de la rentrée politique. Les partis lancent à reculons, à demi-mot ou en misouk leur campagne pour une élection qui a la particularité de ne vraiment pas passionner les Réunionnais.
Ecrit par Baradi Siva – le samedi 24 février 2024 à 06H04

Les élections européennes se dérouleront en juin 2024. Un scrutin au suffrage universel qui détient le record de l'abstention au niveau régional à La Réunion : 79,64% en 2014. Même lorsqu'il pleut -par exemple à cause d'une tempête qui tourne autour du pot -, les Réunionnais préfèrent pique-niquer sur du sable mouillé plutôt que de couler leur bulletin dans l'urne.

Les Européennes sont particulièrement boudées par les Réunionnais. Quatre scrutins se sont déroulés sur les 20 dernières années et le taux d'abstention le plus bas a été enregistré en 2004 et s'était établi à 60,65%. C'est-à-dire que l'électorat réunionnais a fait le choix, pendant deux décennies, en majorité de ne pas aller voter. Et cela alors que les financements européens contribuent de façon importante au développement de La Réunion et que les normes décidées à Bruxelles régissent plusieurs secteurs de notre économie.

Face à l'importance du scrutin, nos politiques prennent leur courage à deux mains et se lancent, parfois timidement, dans la campagne des Européennes.

Reconquête en quête d'un ancrage local

 

Le premier parti à s'être jeté dans le bain est une formation politique qui n'a encore que peu de suivi localement : Reconquête d'Eric Zemmour qui avait obtenu 3,77% au premier tour de l'élection présidentielle à La Réunion. Marion Maréchal Le Pen a passé trois jours à La Réunion. Elle est montée à califourchon sur sa moto de campagne et a présenté à toute vitesse les points de son programme.

 

 

Elle a notamment affirmé sur Antenne Réunion, après un temps visible de réflexion, que le Grand Remplacement a bien une résonance à La Réunion en pointant du doigt l'immigration venue de la région. Une pirouette réalisée après qu'il lui ait été précisé que La Réunion s'est construites sur grâce aux successives vagues d'immigration (bien que provoquée par le séisme du colonialisme et de l'engagisme, dont les répliques secouent encore notre société moderne).

Marion Maréchal Le Pen s'en est cependant allée sans que soit annoncé, décidé, évoqué la possibilité d'une représentation locale du parti d'extrême-droite sur la liste des Européennes. La tête de liste de Reconquête avait donc pour quête secondaire de développer la présence médiatique du parti à La Réunion.

En attendant, les affiches d'Eric Zemmour et de la petite-fille de Jean-Marie Le Pen ont, elles, fleuri autour des boulodromes de l'île.

 

Ambition mesurée

 

Localement, la première à sortir l'artillerie lourde, c'est Ericka Bareigts. La première secrétaire de la fédération socialiste a, comme lors des sénatoriales, décidé de donner le ton, à Gauche, mais aussi pour toute la classe politique réunionnaise. La maire de Saint-Denis a déjà organisé dimanche dernier un pique-nique avec ses militants socialistes en vue de la nouvelle phase électorale.

 

 

La plateforme Ambition Réunion d’Ericka Bareigts a fait encore une fois le choix de la cogouvernance. Chacun des partis représentés (PS-PCR-Ansamn-Banian-EELVR) pourra appeler à voter pour la liste nationale de son choix.

 

La plateforme d’Ericka Bareigts tout en souplesse pour les Européennes

 

Reste à voir si cette souplesse souhaitée par la leader des Avengers-maires ne mènera pas à un grand écart qui pourrait au final desservir la Gauche.

Ce n'est pas ce que nous assure Maurice Gironcel : “Il y aura DES Réunionnais.

 

 

On a même entendu dire qu'un Réunionnais pourrait être dans le Top 10 de la liste nationale socialiste. Ambition Réunion pourrait-elle devenir une plateforme de mise en orbite d’un des Avengers-maires ?

 

Rentrée politique, mais pas électorale au Centre

 

Le Mouvement politique pour le trait d’union (MPTU) a fait sa rentrée politique au lendemain d’Ambition Réunion. Michel Vergoz qui est le soutien le plus vocal d’Emmanuel Macron n’a pas voulu parler de la liste de Renaissance, ni de la présence éventuelle d’un candidat réunionnais. C’est encore trop tôt pour le maire habituellement plus volcanique.

 

Immigration, vie chère : Michel Vergoz fait le tour de l’actualité politique

 

Mais si l’on se fie à sa stratégie des Sénatoriales, la Salle Candin sert d’abord de lieu de communion avant d’être transformé en QG de guerre.

 

La sempiternelle refonte du RN 974

 

Du côté du Rassemblement National 974, on s’efforce d’oublier les défections marquantes de 2022. Gaëlle Lebon partie en découpant sa carte du RN 974, un autre Dionysien, plus expérimenté, la remplace : Jean-Jacques Morel. Il devient le deuxième élu RN de La Réunion.

Tout au long de sa carrière politique, il a lentement dérivé de l’UDF centriste au RN d’extrême-droite, tel un iceberg isolé par le réchauffement climatique (ou par l’extrémisation de la politique).

Pourquoi rejoint-il le RN ? Parce qu’il n’y a plus de droite, lance-t-il, toujours amer de la trahison subie par Didier Robert, qui reste pour l'instant concentré sur le développement de son restaurant avant de revenir un jour dans l’arène.

 

 

Rico Vimbaye, ancien responsable de la CCIR rejoint aussi le RN qui veut se structurer. D’autres grands noms de la politique seraient encore cachés en cuisine, loin des regards, mais pourraient faire une apparition publique en salle dans le courant de l’année, nous assure-t-on avec un grand sourire du côté du RN.

 

Jean-Jacques Morel renforce les rangs du RN, Joseph Rivière présélectionné pour les Européennes

 

Mais la structuration ne sera pas de tout repos dans cette section locale qui a connu moultes refontes et qui n’est toujours pas rentrée dans le moule des partis politiques traditionnels.

D’ailleurs, le choix de Johnny Payet pour les Européennes n’a pas fait l’unanimité. La présélection de Joseph Rivière, au long passé au RN 974, a provoqué un peu de grabuge avant que le maire de la Plaine-des-Palmistes tape du poing sur la table et ramène le calme dans la salle de Mont-Fleury.

 

 

Joseph Rivière pourrait pour autant ne pas se retrouver aux côtés de Jordan Bardella sur la liste nationale. Le RN 974 attend encore de recevoir de Paris la feuille de route à suivre pour les Européennes tout comme les sélections finales des candidats. Une stratégie assumée par Johnny Payet qui voit ce scrutin de juin comme une mise en selle avant les prochaines élections.

Marine Le Pen réalise des scores impressionnants à La Réunion, mais le RN 974 peine à convaincre lors des échéances locales. C'est ce que Johnny Payet cherche à changer dans les années à venir et faire grandir son parti : "J'aimerais avoir autant d'adhésions que de bulletins de vote qui ont été mis dans les urnes lors des présidentielles !"

 

Rien ne sert de courir

 

Quid de l’auto-proclamée “vraie” Gauche ? La présidente de Région est mobilisée à Paris pour contribuer au rayonnement de La Réunion lors du Salon international de l’Agriculture. Une prise de position ou une prise de température pour les Européennes est attendue à son retour.

L’Union de la Droite devrait aussi s’exprimer à la fin du mois de février. Rien n’indique pour l’instant une fissure de la plateforme formée aux Sénatoriales. Même si celle-ci n’était pas sortie de terre sans fracas, mais les accords d'arrière-cuisine dont Michel Fontaine a la recette avaient permis à la Droite de montrer un front uni et de passer tout près du hold-up en septembre dernier.

 

Sénatoriales : La Droite unie fait jeu égal avec la Gauche divisée

 

De son côté, le PCR a indiqué dans un communiqué rejoindre la liste nationale du PCF menée par Léon Deffontaines. Mais le nom d'un candidat n'a encore une fois pas été cité dans le communiqué du parti réunionnais.

Autre nom qui pourrait se retrouver dans le chapeau, celui d'Eric Leung, ancien candidat aux Sénatoriales, investi par Renaissance l'année dernière.

Les sortants restants ?

Quant aux députés européens, il est pour l’instant délicat pour eux de s’exprimer en public. Les négociations se passent pour l’instant derrière les portes fermées. Et les places sont chères sur les listes nationales.

Les listes les plus populaires peuvent prétendre au mieux à une quinzaine d’élus dans toute la France. Il faudra donc que les Réunionnais se retrouvent dans le Top 10 ou même Top 5 des listes nationales s’ils veulent pouvoir se rendre à Bruxelles.

Younous Omarjee et Stéphane Bijoux, nos députés européens réunionnais actuels, se disent prêts à continuer leurs combats à Bruxelles. Mais aucun n’ose pour l’instant parler de liste ou de position.
Pour les hommes et femmes politiques, il est trop tôt pour parler des Européennes, du moins ouvertement.

Après ces deux premières semaines de la rentrée politique, il est clair que les Européennes est dans l'esprit des politiques réunionnais. Mais l'élection, technique et peu suivie, oblige les partis politiques et les élus à avancer pas à pas dans une campagne longue et complexe.

Les Européennes ne sont peut-être pas que les élections les plus détestées des électeurs, mais aussi des politiciens…

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