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Tribune de Brigitte Hoarau sur l’affaire Lyhanna : "Continuons à nous mobiliser chaque lundi devant les tribunaux pour nous faire entendre !" 

Ecrit par Zinfos974 – le lundi 15 juin 2026 à 09H31

Pour l’avocate Brigitte Hoarau, dont nous publions la tribune, l’affaire Lyhanna  est devenue le symbole d’un système qui, malgré les alertes, malgré les signalements, malgré les plaintes, ne parvient pas à protéger nos enfants.

Les données de la CIIVISE sont particulièrement alarmantes. Entre 2016 et 2022, la proportion d’affaires classées sans suite est passée de 75% à 83%. Dans la majorité des cas, le motif invoqué est celui d’une « infraction insuffisamment caractérisée ». Une formule juridique qui, pour de nombreuses victimes, se traduit par une douloureuse impression d’abandon. L’agenda que nos parlementaires nous impose n’est pas supportable.160.000 enfants victimes par an !

Or les violences sexuelles sur mineurs se déroulent rarement en présence de témoins. Elles s’accompagnent souvent d’emprise, de menaces, de silence imposé et de traumatismes qui compliquent le recueil de la parole.

L’affaire Lyhanna nous rappelle avec force qu’au-delà des chiffres, chaque dossier classé sans suite peut représenter un enfant qui avait trouvé le courage de parler et qui attendait de la société qu’elle le protège.

Lire aussi : Affaire Lyhanna : plus d’un millier de procédures impliquant des enfants victimes vont être réexaminées à La Réunion

À La Réunion, les chiffres donnent le vertige. Plus de 1.400 dossiers de violences sexuelles sur mineurs sont recensés dans les tribunaux de l’île. La Réunion figurerait parmi les  4 départements les plus touchés par ce fléau. Derrière ces chiffres se cachent des visages, des enfances brisées, des vies marquées à jamais.

L’affaire Lyhanna agit  comme un électrochoc et nous oblige à regarder en face une réalité trop souvent ignorée : celle de ces procédures trop longues, de signalements insuffisamment pris en compte, de victimes qui attendent des mois, voire des années, avant d’être entendues et protégées. Il ne s'agit pas de pointer du doigt telle institution mais de donner des moyens pour agir ! 

Les marches blanches ne suffisent pas il faut que la société se réveille et nous ne pouvons plus nous contenter de mesures correctives après les drames.

Lire aussi : Hommage à Lyhanna : à Saint-Denis, une mobilisation citoyenne pour la protection des enfants

L’affaire Lyhanna démontre l’urgence absolue d’inscrire à l’agenda parlementaire la loi intégrale contre les violences sexuelles. Cette réforme  doit être examinée sans délai et surtout être accompagnée des moyens budgétaires nécessaires à sa mise en œuvre effective. On trouve de l'argent pour l'effort de guerre, pour nos armées pour tant d'autres causes ! Mais notre 1er devoir est de protéger nos enfants ! 

Car une loi sans moyens n’est qu’une promesse de trop !

Cette loi doit permettre de mieux prévenir et détecter les violences grâce à l’éducation, à la sensibilisation et à la formation de l’ensemble des professionnels au contact des enfants. Elle doit renforcer la protection des femmes et des enfants en améliorant le repérage précoce des situations de danger et garantir à chaque victime un accès rapide aux soins, à un accompagnement psychologique et social adapté, car ces infractions créent des traumatismes importants ! Cette mobilisation doit engager tous les niveaux concernés : Éducation nationale, Santé, Numérique...

Elle doit surtout améliorer l’accueil et le traitement des plaintes afin que plus aucune victime ne renonce à parler par peur de ne pas être crue ou entendue.

Il est également temps de créer une justice véritablement spécialisée dans le traitement des violences sexuelles formée aux spécificités des traumatismes, à la parole des enfants et aux mécanismes d’emprise.

Quand les réseaux sociaux et les plateformes numériques deviennent parfois des terrains de prédation, cette loi doit aussi permettre de lutter plus efficacement contre les violences en ligne et la diffusion de contenus pornocriminels qui alimentent la culture de la violence sexuelle, et les lanceurs d'alerte ou ceux qui aident la justice à identifier les détraqués doivent être protégés ! Parce que chaque citoyen est concerné !

L’affaire Lyhanna ne doit pas être un fait divers de plus qui émeut l’opinion pendant quelques semaines avant de sombrer dans l’oubli. Elle doit marquer un tournant. 

Parce qu’un enfant protégé n’est pas une statistique. C’est une vie sauvée et un traumatisme lourd évité ! 

Brigitte HOARAU

AVOCAT

Etiquettes : Affaire Lyhanna | PU1

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