Les événements sportifs, "prétextes" de violences conjugales ? La Coupe du monde lancée, ces associations redoutent le pire

La Coupe du monde de football 2026 a débuté jeudi soir 11 juin au Mexique, marquant le coup d'envoi d'un mois de fête pour des milliards de supporters. Mais derrière l'engouement populaire, les associations de lutte contre les violences conjugales redoutent le pire. Depuis une dizaine d'années, plusieurs études scientifiques mettent en évidence une augmentation des violences au sein du couple lors des grandes compétitions internationales. Un constat qui interpelle particulièrement à La Réunion, l'un des départements français les plus touchés par les violences intrafamiliales.
Pendant un mois, les regards seront tournés vers les terrains nord-américains. La Coupe du monde de football 2026, dont le coup d'envoi a été donné jeudi 11 juin au stade Azteca de Mexico, promet son lot d'exploits, de désillusions et d'émotions partagées.
Mais pour les associations de lutte contre les violences faites aux femmes, cette période est aussi synonyme d'une vigilance renforcée.
Leur inquiétude ne repose pas sur une intuition mais sur plusieurs travaux scientifiques. La référence en la matière reste une étude publiée en 2014 dans le Journal of Research in Crime and Delinquency par le criminologue Stuart Kirby, le statisticien Brian Francis et la chercheuse Rosalie O'Flaherty, de l'université britannique de Lancaster.
Victoire ou défaite, les chiffres en hausse
Les chercheurs ont analysé plusieurs milliers de signalements enregistrés par la police du Lancashire pendant les Coupes du monde 2002, 2006, 2010 et 2014 afin de vérifier une hypothèse longtemps évoquée par les forces de l'ordre britanniques.
Leurs conclusions sont sans ambiguïté. "Les jours de match, le risque de violences conjugales augmentait de 26 % lorsque l'équipe d'Angleterre gagnait ou faisait match nul, et de 38 % lorsqu'elle perdait", écrivent les auteurs.
Les chercheurs constatent également un effet prolongé, avec une hausse de 11 % des violences le lendemain d'un match, ainsi qu'une progression globale des signalements d'une Coupe du monde à l'autre.
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Pour autant, les scientifiques mettent en garde contre toute interprétation simpliste. Le football n'est pas responsable des violences.
"Bien que cette étude porte sur un territoire limité, ses conclusions ont une portée importante en raison du caractère mondial des compétitions de football télévisées", soulignent-ils dans leur conclusion.
En d'autres termes, les auteurs expliquent que le Mondial agit davantage comme un facteur de risque que comme une cause directe. Les soirées de match concentrent plusieurs éléments susceptibles d'aggraver des situations déjà violentes, parmi lesquels la consommation d'alcool, les paris sportifs, la frustration liée au résultat ou encore les tensions familiales.
Corrélations intercontinentales
Depuis cette publication, d'autres recherches sont venues conforter cette hypothèse.
Une étude menée en Colombie sur les Coupes du monde 2014 et 2018 montre, elle aussi, une hausse significative des violences faites aux femmes lors des jours de rencontre de la sélection nationale.
Les examens médico-légaux liés aux violences contre les femmes ont augmenté de 43 % pendant le Mondial 2014 et de 26 % lors de celui de 2018 par rapport aux jours sans match. Les auteurs concluent que ce phénomène "peut également être observé dans un autre pays et sur un autre continent", laissant penser que cette corrélation dépasse largement le seul contexte britannique.
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À La Réunion, ces résultats trouvent une résonance particulière. L'île faisant partie des territoires français les plus durement touchés par les violences intrafamiliales.
Selon les dernières données du ministère de l'Intérieur, 5.449 faits de violences intrafamiliales ont été enregistrés en 2025, soit 6,12 victimes pour 1.000 habitants. Les violences conjugales demeurent particulièrement préoccupantes.
La Réunion durement touchée
En 2024, 4.501 victimes ont été accueillies par les services de police et de gendarmerie, dont 84 % étaient des femmes. Avec 14,9 femmes victimes pour 1.000 habitantes âgées de 15 à 64 ans, La Réunion figure parmi les départements les plus touchés de France.
Ces statistiques expliquent pourquoi, à chaque grande compétition sportive, les associations multiplient les messages de prévention. "Leur objectif n'est pas de stigmatiser les passionnés de football, mais de rappeler une réalité souvent ignorée", rappelle-t-on d'ailleurs sur plusieurs messages de préventions relayés sur les réseaux sociaux.
Rapport de domination
Comme le résume la municipalité londonienne de Tower Hamlets dans sa campagne de sensibilisation lancée à l'occasion de cette Coupe du monde, "le football ne provoque pas les violences conjugales, mais il est souvent utilisé comme prétexte par leurs auteurs". Révélation toutefois d'un choix et d'un rapport de domination.
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Alors que se profile plusieurs semaines de compétition, le plus grand événement sportif de la planète sera, une fois encore, observé bien au-delà des performances des équipes.
Car derrière les célébrations, les cris de joie ou les déceptions sportives, certaines victimes redoutent surtout le retour à la maison lorsque le match est terminé... Et peu importe le score finalement.


