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"Une catastrophe se prépare" : budget européen, POSEI, RUP... Comprendre ce qui menace vraiment La Réunion

Ecrit par Lény-Huayna Tible – le samedi 13 juin 2026 à 12H05
© Pierre Marchal / Anakaopress

Face à plusieurs parlementaires, de représentants du monde économique, agricole et syndical réunis en début de mois à la Région, Younous Omarjee a livré un long décryptage de la réforme budgétaire actuellement préparée par la Commission européenne. Derrière une architecture présentée comme plus simple, le député européen voit se dessiner un bouleversement susceptible d'affaiblir durablement les régions ultrapériphériques. Et donc La Réunion. Qu'en est-il vraiment ?

Le décor ? Celui des grands rendez-vous. Dans l'hémicycle de la Région Réunion, autour de la présidente Huguette Bello, parlementaires, élus, représentants des chambres consulaires, chefs d'entreprise, agriculteurs et partenaires sociaux étaient réunis pour entendre celui qui, depuis plus d'une décennie, s'est imposé comme l'un des principaux défenseurs des régions ultrapériphériques au Parlement européen. Dont il en est d'ailleurs le vice-président derrière Roberta Metsola.

"Le cœur même du projet européen"

Alors, d'emblée, Younous Omarjee replace le débat dans un contexte qui dépasse largement les frontières de l'île.

Pandémie, Brexit, guerre en Ukraine, tensions au Moyen-Orient, recomposition géopolitique mondiale. "Les crises sont devenues aujourd'hui une donnée permanente", constate-t-il. Une succession de chocs qui, selon lui, rebat les cartes des priorités européennes.

Pour Bruxelles, l'heure est désormais à la souveraineté industrielle, à la compétitivité et à la défense. Surtout la défense. Des orientations que le député européen ne conteste pas sur le principe.

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"Pourquoi pas ?", glisse-t-il. Mais une inquiétude traverse toute son intervention. Que ces nouvelles priorités soient financées au détriment de ce qui constitue, selon lui, "le cœur même du projet européen", à savoir la politique agricole commune et la politique de cohésion.

Car c'est bien là que se joue, selon lui, l'avenir des territoires les plus fragiles. "La politique de cohésion, c'est la promesse de l'égalité des conditions de vie partout en Europe." Une solidarité territoriale qui, estime-t-il, risque d'être profondément remise en cause par la nouvelle architecture budgétaire proposée par la Commission européenne.

Danger double

Le cœur de son argumentaire tient en quelques mots. Fusion des fonds européens, création de plans nationaux uniques, concentration des financements autour des objectifs de compétitivité. Pour Younous Omarjee, cette réforme est loin d'être une simple évolution administrative. "Ces changements ne sont pas du tout anodins. Ils disent une transformation même de l'esprit de ces politiques."

À ses yeux donc, "le danger est double". D'abord, voir les grandes régions industrielles européennes capter une part croissante des financements. Ensuite, assister à une "renationalisation" progressive des politiques européennes, en redonnant davantage de pouvoir aux États dans la gestion des fonds.

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"Elle ouvre la porte à la renationalisation de ces grandes politiques européennes", avertit-il, estimant qu'une telle évolution affaiblirait la cohérence de l'action communautaire tout en réduisant la capacité des régions à défendre directement leurs intérêts auprès de Bruxelles.

Pour La Réunion, le risque est encore plus important. Le député rappelle que les handicaps structurels de l'île ne relèvent pas d'un simple retard de développement mais sont inscrits dans les traités européens. "Les régions ultrapériphériques (RUP) ne sont pas des territoires ultrapériphériques par accident."

Éloignement, insularité, marchés étroits, dépendance aux importations, surcoûts de transport ou encore vulnérabilité économique constituent autant de contraintes permanentes reconnues par l'article 349 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne.

Traitement différencié

C'est précisément cette reconnaissance juridique qui, selon l'eurodéputé Omarjee, doit continuer à justifier un traitement différencié dans les futurs budgets européens.

Le ton se durcit lorsqu'il évoque les conséquences concrètes de la réforme. "Cette organisation, telle que je vous la présente, est une catastrophe pour l'ensemble des régions, qui se prépare, et encore plus une catastrophe pour les régions ultrapériphériques."

Dans cette bataille, Younous Omarjee affirme toutefois avoir obtenu plusieurs avancées. Le parlementaire évoque notamment la mise en place d'un "filet de sécurité supplémentaire" destiné à protéger les régions les moins développées pendant les futures négociations budgétaires. Un dispositif qui, selon lui, vise notamment à éviter que les arbitrages nationaux ne se fassent au détriment de La Réunion.

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Même vigilance concernant le POSEI, essentiel au soutien de l'agriculture réunionnaise.

"Personne ne peut savoir ce qui sortira de la négociation du budget européen", reconnaît-il. Mais il affirme avoir obtenu des engagements du président Emmanuel Macron et du chef du gouvernement espagnol Pedro Sánchez pour défendre le maintien de son budget ainsi que l'enveloppe spécifique destinée à compenser les surcoûts des régions ultrapériphériques.

Au-delà du budget, le député européen détaille aussi plusieurs chantiers destinés à adapter les règles européennes aux réalités ultramarines. Ce dernier plaide pour un "omnibus européen" consacré aux régions ultrapériphériques afin d'assouplir certaines normes devenues, selon lui, des freins au développement économique local, sans remettre en cause les exigences sanitaires, alimentaires ou environnementales.

"La simplification, ce n'est pas la diminution des objectifs"

Même logique concernant le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières ou les nouvelles règles sur le transport maritime. Appliquées uniformément, elles risqueraient, selon lui, de renchérir encore le coût des matériaux de construction, des importations et, in fine, de la vie quotidienne dans l'île.

Le message adressé à l'ensemble des responsables politiques réunionnais ne peut pas être plus clair : les négociations ne font que commencer et tout reste encore ouvert. Mais elles exigeront, selon Younous Omarjee, une mobilisation sans faille. "La simplification, ce n'est pas la diminution des objectifs. Et la flexibilité, ce n'est pas non plus la recentralisation", résume-t-il.

Quelle place l'Europe entend encore réserver à ses territoires les plus éloignés, au moment où le continent redéfinit ses priorités ? Affaire à suivre au sein de la Comission d'Ursula von der Leyen.

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