"Ne soyez pas complices" : les derniers mots d'Aurélien Centon au Département, entre colère contenue et sortie sous tension

Il avait choisi de partir. Mais avant de quitter définitivement son siège au Département, Aurélien Centon a voulu reprendre une dernière fois la parole. Quelques minutes seulement, sans lire le discours qu'il avait préparé, laissant l'émotion et l'amertume prendre le dessus. Derrière les remerciements et les adieux, un autre message s'est glissé dans son ultime intervention : celui d'un élu convaincu d'avoir été victime d'une "mascarade" et qui appelle désormais ceux qui savent à parler.
Les derniers mots d'un condamné ? Il arrive avec des feuilles à la main. Un discours préparé, visiblement pesé, sans doute relu plusieurs fois. Finalement, il n'en lira presque rien.
Ce mercredi matin 17 juin, quasiment un mois après sa condamnation en première instance pour harcèlement moral, dans l'hémicycle du Conseil départemental, Aurélien Centon ne livre pas le texte qu'il avait imaginé pour clore son mandat. Il improvise. Ou plutôt, il dévie. Parce qu'en entrant dans la salle, dit-il, il aperçoit une élue qu'il accuse d'avoir joué un rôle dans ce qui a conduit à sa démission.
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"J'avais prévu un discours, mais en arrivant, j'ai vu celle qui avait participé à cette... mascarade", lâche-t-il d'entrée. Le mot revient plusieurs fois. Il ne prononce aucun nom, mais l'allusion est suffisamment explicite pour figer l'atmosphère.
Puis vient cette phrase, sans doute la plus forte de son intervention : "Si vous avez été témoin de cette mascarade, si vous avez été témoin de cette... ne soyez pas complices."
"Je m'excuse pour cet écart"
Aurélien Centon promet de "prendre le courage (...) de dénoncer" ce qu'il estime avoir subi. Quelques secondes plus tard pourtant, comme conscient de rompre avec le protocole attendu pour une séance aussi solennelle, il s'interrompt presque lui-même : "Je m'excuse pour cet écart."
L'élu reprend alors le fil plus classique des adieux institutionnels.
Aurélien Centon remercie le président, ses collègues, les agents du Département. Il évoque une assemblée où chacun porte "ni les mêmes vécus ni les mêmes expériences", rappelant que les divergences politiques ne devraient jamais faire oublier la mission première de la collectivité : "continuer à accompagner les plus vulnérables".
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Le ton change. La colère laisse place à une forme de gravité.
Viennent ensuite les proches. "Je remercie ma famille, mes proches, mes parents, ma femme et mes filles." Puis les militants, les bénévoles, "toutes les personnes qui ont répondu présentes ce matin".
Puis son regard se porte vers ceux qu'il dit avoir rencontrés au fil de son mandat. "Ce ne sont pas des dossiers que j'ai vus, mais plutôt des visages, des familles, des personnes en difficulté."
La décision qu'il annonce, répète-t-il, n'a rien d'un choix de confort.
Décision douloureuse ?
"Cette décision (...) est certainement douloureuse. Elle ne relève pas d'un choix personnel. Je vous demande à toutes et à tous de me comprendre et de respecter cette décision."
Aurélien Centon insiste aussi sur la continuité de l'action publique. "Le combat doit continuer malgré la décision que je prends aujourd'hui." Comme s'il cherchait à dissocier son départ de la mission qu'il estime avoir portée.
Et puis vient la dernière phrase, celle qui sonne comme une tentative de reprendre la main sur le récit. "Ne retenez pas la fin de cette histoire, mais retenez ce que celle-ci a permis de réaliser jusqu'à aujourd'hui."


