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"C'est mettre les Réunionnais en danger" : Le logement social est-il au bord du gouffre ?

Ecrit par Zinfos974 – le jeudi 18 juin 2026 à 18H21

La baisse annoncée des crédits du logement social fait craindre un coup d'arrêt à des centaines de projets sur l'île. Derrière les chiffres, les bailleurs réunis jeudi 18 juin à la CCIR voient déjà des immeubles qui ne sortiront jamais de terre et des milliers de familles contraintes d'attendre encore.

Ils ne sont pas venus défendre un secteur d'activité. Ils disent défendre une nécessité.

Jeudi matin 18 juin, autour d'une même table dans les locaux de la CCIR, les sept bailleurs sociaux de La Réunion, les représentants du BTP, les chambres consulaires, les collectivités et plusieurs partenaires institutionnels ont choisi d'afficher un front commun. Leur cible n'est ni un promoteur, ni une réforme du logement. Elle tient en trois lettres. LBU.

Habitat insalubre

Pour de nombreux Réunionnais, cet acronyme ne dit rien. Pourtant, il irrigue depuis des années une grande partie des opérations de logement social dans l'île. Sans cette Ligne budgétaire unique, difficile de construire, de réhabiliter ou de résorber l'habitat insalubre. Dans les Outre-mer, où bâtir coûte bien plus cher qu'en métropole, elle fait souvent la différence entre un chantier qui démarre... et un autre qui reste dans les cartons.

Cette fois, c'est son avenir qui vacille.

Tous les acteurs présents ont d'ailleurs signé une motion pour demander à l'État de revenir sur la baisse annoncée des crédits de la LBU, principal levier de financement du logement social dans les Outre-mer.

Pour les signataires, l'enjeu dépasse largement une ligne budgétaire.

Lire aussi : "Le maintien de cet engagement de l'État est indispensable" : pourquoi La Réunion ne doit pas perdre des financements essentiels au handicap et aux personnes âgées

"C'est mettre en danger les Réunionnais", a lancé la présidente de Région Huguette Bello, présente lors de la mobilisation. Plus tôt dans la semaine, la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou avait tenté d'apaiser les inquiétudes, expliquant que les montants notifiés ne correspondaient qu'à une "première vague" de crédits et que d'autres financements pourraient suivre. Une réponse jugée insuffisante par les professionnels, qui réclament désormais des garanties concrètes.

Leur inquiétude repose sur des chiffres précis.

Selon les projections présentées par les bailleurs, l'enveloppe destinée à La Réunion pourrait tomber à 27 millions d'euros l'an prochain. En 2024, elle dépassait encore 85 millions d'euros. En 2025, elle s'élève à environ 78,5 millions. Personne ne prétend qu'un tel écart se comblera par un simple tour de passe-passe budgétaire.

Sur le terrain, les conséquences se dessinent déjà.

Paradoxe ?

Les projets les plus fragiles seraient les premiers sacrifiés. D'autres seraient repoussés, parfois de plusieurs années. Or le logement fonctionne sur un temps long. Entre la première esquisse d'une résidence et la remise des clés, cinq ou six années s'écoulent fréquemment. Les arbitrages de 2026 façonneront donc le visage du logement réunionnais au début de la prochaine décennie.

Le paradoxe saute aux yeux.

Jamais les besoins n'ont été aussi importants. Dans son étude Les besoins en logements à La Réunion à l'horizon 2050, l'Insee estime que l'île devra produire plus de 5.700 logements chaque année pour suivre les besoins de sa population. Dans le même temps, plus de 50.000 ménages attendent déjà un logement social. Autrement dit, la demande accélère au moment même où les financements ralentissent.

Les bailleurs refusent pourtant de limiter le débat aux futurs locataires.

Lire aussi : Logement social : les Entreprises publiques locales ultramarines craignent une "impasse budgétaire" dès 2027

Ils rappellent que derrière chaque résidence se trouvent des ouvriers, des bureaux d'études, des entreprises de gros œuvre, des artisans, des fournisseurs. À La Réunion, le logement social représente près d'un tiers de la commande publique du bâtiment. Une baisse brutale des programmes toucherait autant les familles en attente d'un toit que les milliers de salariés qui vivent de cette activité.

La question, au fond, est bel et bien devenue politique. Quelle place l'État entend-il encore donner au logement social dans les Outre-mer ?

Les professionnels rappellent qu'ici, les surcoûts liés à l'insularité, au foncier ou aux matériaux rendent les opérations beaucoup plus dépendantes des financements publics qu'en métropole. Réduire la LBU ne reviendrait donc pas simplement à rogner une dépense. Cela modifierait durablement la capacité de l'île à construire.

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