Hausse de 140 % des indemnités de Sidoleine Papaya : "Un maire à 1 600 euros, aucun Salazien ne peut lui reprocher ça"

Si le vote du compte administratif, repassé dans le vert, figurait au programme du conseil municipal de Salazie mardi soir, c'est bien la majoration des indemnités des élus qui a occupé l'essentiel des débats. Celle de la maire connaît au total un bond de près de 140 %, tout en restant parmi les plus faibles des maires de La Réunion.
Un sujet toujours délicat auprès des habitants, quels que soient les montants, et les dernières majorations des indemnités d'élus votées dans plusieurs mairies de l'île sont venues le rappeler.
Salazie échappera-t-elle à la règle, avec des indemnités de départ parmi les plus faibles de l'île ? Pour l'opposition, ça ne passe pas.
« Madame la maire, pourquoi vous augmentez-vous ? », interroge d'entrée l'opposant et ancien candidat aux municipales Jimmy Armand, voyant dans cette augmentation générale « une mauvaise image et un mauvais signal au regard des contraintes, des baisses budgétaires, de la vie chère, des 51 % de Salaziens qui vivent en dessous du seuil de pauvreté. On se sert avant de donner aux Salaziens ».
Dans son collimateur, une hausse en deux temps des indemnités des élus, du maire aux conseillers municipaux.
"Les conseillers se font plumer !"
Premier acte : une augmentation votée dans le cadre du régime indemnitaire des élus. Compte tenu de sa population (7 285 habitants), la commune ne peut dépasser un taux maximal exprimé en pourcentage de l'indice brut terminal de l'échelle indiciaire de la fonction publique. Il est fixé à 58,3 % pour le maire, 23,32 % pour les adjoints et 6 % pour les conseillers municipaux.
Des taux non atteints par les élus mais revus à la hausse pour la maire. Ils sont désormais fixés à 39,14 % pour cette dernière, contre 20,55 % depuis novembre 2023, à 14,60 % pour les adjoints (contre 14,30 %) et à 5,23 % pour les conseillers municipaux (contre 6 % auparavant). Le tout en restant dans l'enveloppe indemnitaire mensuelle maximale autorisée de 10 064,50 euros.
En argent sonnant et trébuchant, les indemnités du conseil s'élèvent désormais à 1 608,80 euros bruts pour la maire (contre 839,17 euros), 600,13 euros pour les adjoints (contre 583,95 euros) et 214,98 euros pour les conseillers municipaux (contre 245,01 euros).

Une hausse votée « au détriment des conseillers qui passent de 6 % à 5,23 %, alors que votre indemnité, elle, est quasi doublée, passant de 20,55 % à près de 40 %. Pourquoi ? Vous augmentez votre rémunération en ponctionnant les conseillers qui se font plumer et sont les dindons de la farce », s'offusque l'opposant.
Une dernière déclaration qui fait bondir les élus de la majorité.
En première réponse, Sidoleine Papaya souligne que son indemnité reste encore loin du maximum permis par la loi et n'avait pas évolué depuis de longues années. « Tout cela relève de la loi et de la réforme du statut de l'élu local », intervient l'adjoint aux finances, Mario Moreau.
Une majoration supplémentaire de 25 %
Second acte : dans l'affaire suivante, la majorité a voté une majoration de l'ensemble des indemnités à hauteur de 25 %. Une majoration rendue possible par le classement de la commune en station de tourisme.
Conséquence : l'indemnité de la maire atteint finalement 2 011 euros bruts par mois, 750,16 euros pour un adjoint et 268,72 euros pour un conseiller municipal. Au total, l'indemnité de la maire atteint près de 140%, passant de 839,17 euros à 2 011 euros bruts par mois.
L'opposant continue de voir rouge. « Vous avez modifié des taux qui dataient de 20 ans, c'est un constat. Vous vous cachez derrière ces règles administratives », clame l'ancien responsable des services techniques de la ville.
Face à l'argument du faible niveau de départ des indemnités - 839 euros pour la maire - il élargit le spectre en additionnant les différentes indemnités perçues par Sidoleine Papaya. Selon lui, elles atteignent 4 800 euros bruts mensuels en ajoutant celles de conseillère départementale (2 567 euros) et de conseillère communautaire à la Cirest (246 euros).
« Pourquoi avez-vous besoin de 4 800 euros d'argent public ? », lance l'élu de l'opposition.
« Elle ne dort pas pour Salazie »
C'est la sixième adjointe et élue d'Hell-Bourg, Marie-Jeanne Elisabeth, qui se charge de lui répondre, voyant rouge à son tour :
« Un maire à 1 600 euros, quand on voit le travail qu'elle fait pour Salazie contre vent et marée, à chaque fois sur le terrain, personne autour de cette table, aucun Salazien, ne pourra lui reprocher ça. Elle travaille et ne dort pas pour Salazie, pour 1 600 euros mi pense pas que cela ne vaut pas de crier sur les toits comme ou fait aujourd'hui. »
La maire met en avant une « décision collégiale » et appelle à comparer cette somme avec les indemnités perçues par les autres maires de l'île.
Ses conseillers viennent à leur tour lui apporter leur soutien. « On l'accepte et on est d'accord », lance Paulin Techer.
« On se fait plumer ? Non ! Je ne me suis pas engagé en politique pour 200 ou 600 euros. On est là pour la population et cela ne change rien à mon investissement », enchaîne Landry Hoareau, déclenchant les applaudissements de la majorité.

« Je suis à 100% au service de la population"
Interrogée en marge du conseil, Sidoleine Papaya précise vivre désormais uniquement de ses indemnités d'élue après avoir choisi de se mettre à temps partiel de son activité professionnelle de gérante d'une entreprise de transport au moment de son élection au Département, puis à temps complet depuis son élection comme maire.
« Je n'ai pas d'autres rémunérations. Mon adversaire a mis sur la table toutes mes indemnités, à la Cirest et au Département. Je n'ai rien à cacher », commente-t-elle.
« J'ai fait le choix de m'occuper à 100 % de mes mandats et de mon territoire. J'aurais pu avoir d'autres rôles au sein d'autres institutions, mais je ne le souhaite pas. Je veux être à 200 %. Du lundi au dimanche, je suis au service de la population », argumente la première femme élue maire de Salazie.
Cette dernière a par ailleurs vu son niveau de rémunération diminuer ces derniers mois après la perte de son poste de vice-présidente de la Cirest, Salazie ne comptant plus qu'un seul siège, occupé par Mario Moreau.
Une indemnité parmi les plus faibles de l'île
Une situation qui diffère de celle de son prédécesseur, Stéphane Fouassin, qui avait continué à exercer son activité de médecin tout en occupant plusieurs fonctions à la tête de différentes institutions (SDIS, IRT...), expliquant en partie le maintien de l'indemnité du maire à un montant extrêmement bas.
Un montant qui reste toujours inférieur à ceux perçus par la plupart des autres maires de l'île : 4 254 euros bruts par exemple pour celui de Sainte-Suzanne ou près de 3 200 euros pour celui de Bras-Panon.
Une question toujours « taboue » qui nécessite, pour certains, la mise en place d'un véritable statut de l'élu, comme l'a notamment réclamé Joé Bédier.
Nous reviendrons sur les autres dossiers votés mardi soir dans un prochain article. L'opposition (trois voix avec celle de Thierry De Gerus) a voté contre les majorations, dossier adopté à la majorité.


