Un Posei spécifique et pérenne ? L'avenir de l'agriculture réunionnaise se joue cette semaine à Bruxelles

À deux jours d'un Conseil européen qui pourrait peser sur l'avenir de la politique agricole commune, la Région, le Département et le vice-président du Parlement européen Younous Omarjee unissent leurs voix pour défendre le Posei. Dans un courrier adressé à Emmanuel Macron, ils réclament le maintien, mais aussi le renforcement de ce dispositif considéré comme vital pour l'agriculture réunionnaise.
Il y a des acronymes qui n'évoquent pas grand-chose au grand public. Et pourtant, ils pèsent parfois plusieurs centaines de millions d'euros.
Le Posei - Programme d'options spécifiques à l'éloignement et à l'insularité - fait partie de ceux-là. Depuis près de quarante ans, ce dispositif européen soutient l'agriculture des régions ultrapériphériques, dont La Réunion, en compensant les surcoûts liés à leur éloignement du continent. Une aide discrète, mais essentielle, pour des filières comme la canne à sucre, l'élevage, les fruits et légumes ou encore les productions locales.
Or, à l'approche des négociations sur le futur budget de l'Union européenne, l'inquiétude grandit. Fortement.
Contrainte des arbitrages
Les jeudi 18 et vendredi 19 juin, les chefs d'État et de gouvernement des Vingt-Sept se réuniront en Conseil européen. Parmi les nombreux sujets sur la table figurera la future politique agricole commune et, en toile de fond, les arbitrages du cadre financier pluriannuel 2028-2034. Pour les élus réunionnais, le risque est clair. Celui de voir le Posei perdre de son poids, voire même ses crédits diminuer.
Face à cette perspective, la présidente de Région Huguette Bello, le président du Département Cyrille Melchior et le vice-président du Parlement européen Younous Omarjee ont décidé de parler d'une seule voix.
Les trois responsables ont adressé un courrier commun au président de la République afin qu'il porte la défense du dispositif lors des discussions européennes. Leur demande est simple.
Lire aussi : "L'enjeu est majeur" : Huguette Bello veut sécuriser les milliards européens destinés aux régions ultrapériphériques
Obtenir "un engagement en faveur du maintien du Posei et d'une augmentation significative de la dotation budgétaire dans le futur cadre financier pluriannuel", conformément au vote favorable adopté par le Parlement européen en avril dernier.
Dans leur lettre, les signataires rappellent que les régions ultrapériphériques ne peuvent être traitées comme n'importe quel territoire européen.
Ils soulignent que le Posei "a permis de développer les productions locales sur ces territoires" depuis sa création en 1989 et estiment que, dans un contexte de tensions géopolitiques et de dérèglement climatique, la souveraineté alimentaire est devenue "un enjeu stratégique de premier plan pour l'Union européenne".
Instrument spécifique et pérenne
Le courrier insiste aussi sur le fait que la production à La Réunion coûte davantage qu'en Europe continentale. Les exploitations agricoles sont plus petites, le foncier plus rare, les intrants plus chers et la concurrence internationale plus forte. Sans mécanisme de compensation, préviennent les élus, de nombreuses filières seraient fragilisées.
Les auteurs demandent donc que "le dispositif du Posei soit confirmé comme un instrument spécifique et pérenne en faveur des régions ultrapériphériques, sans remise en cause de son existence à chaque nouvelle période de programmation".
Lire aussi : "Une catastrophe se prépare" : budget européen, POSEI, RUP... Comprendre ce qui menace vraiment La Réunion
Ils réclament également "une revalorisation significative de son enveloppe financière", estimant que les montants actuels ne tiennent plus compte de l'augmentation des coûts de production ni de l'intégration récente de Mayotte au dispositif, réalisée à budget constant.
Au-delà du seul débat budgétaire, c'est un choix de modèle agricole qui se dessine.
Car derrière le Posei, il y a bien plus qu'une ligne comptable européenne. Il y a l'avenir de milliers d'exploitations, la capacité de l'île à produire une partie de son alimentation, des milliers d'emplois directs et indirects, mais aussi une certaine idée de la souveraineté alimentaire dans un territoire où la dépendance aux importations reste forte.


