À La Possession, le rejet du CFU ravive le duel Fontaine-Miranville

La nouvelle majorité municipale de La Possession a rejeté samedi matin le Compte Financier Unique 2025, dernier document budgétaire de l'ère Vanessa Miranville. Un vote symbolique qui a donné lieu à de longs échanges entre l'ancienne maire et son successeur Erick Fontaine, chacun défendant sa lecture de douze années de gestion communale.
Réuni samedi 6 juin au matin, le conseil municipal de La Possession a rejeté le Compte Financier Unique (CFU) 2025, document retraçant l'exécution budgétaire de la dernière année de gestion de l'équipe conduite par Vanessa Miranville. Un vote hautement symbolique qui marque la volonté de la majorité municipale d'Erick Fontaine de se démarquer de l'héritage laissé par ses prédécesseurs.
Dès l'ouverture des débats, le maire a donné le ton.
« Ce vote ne remet pas en cause la sincérité comptable des documents présentés. En revanche, il traduit clairement notre refus d'approuver politiquement la gestion qui a conduit à cette situation. »
Tout au long des échanges, Erick Fontaine a dressé un constat sévère de la situation financière de la commune. Il a notamment pointé un faible niveau de réalisation des investissements, une dette qu'il juge élevée, des financements perdus ainsi que plusieurs observations formulées par la Chambre régionale des comptes.
Le maire a également fait référence à un courrier adressé à l'ancienne municipalité en mars dernier, évoquant des interrogations sur la gestion de plusieurs dossiers, notamment la ZAC Moulin Joli.
« Nous avons aujourd'hui des financements perdus, une dette élevée, des investissements qui n'ont pas été réalisés et surtout une insuffisante mobilisation des partenaires financiers », a-t-il déclaré. Plus tôt, il avait dénoncé « un manque d'anticipation, un déficit de pilotage stratégique et une insuffisante transformation des ressources de la collectivité en réalisations concrètes au bénéfice des Possessionnais ».
« La réalité de 2025, c'est une épargne nette positive »
Face à ces critiques, Vanessa Miranville a défendu pied à pied le bilan de ses douze années à la tête de la commune. « Quand nous sommes arrivés en 2014, l'épargne nette était négative. Aujourd'hui, elle est positive à hauteur de deux millions d'euros », a rappelé l'ancienne maire.
L'élue d'opposition a revendiqué le redressement progressif des finances communales tout en mettant en avant les investissements réalisés durant ses mandats.
« Plus de 110 millions d'euros ont été investis pour la sécurité et le bien-être des Possessionnaises et des Possessionnais », a-t-elle affirmé, citant notamment la reconstruction de l'école Jean-Jaurès, la rénovation d'équipements publics ou encore les travaux menés sur les réseaux.
Pour Vanessa Miranville, le faible taux de réalisation des investissements mis en avant par la majorité doit être relativisé.
« Quand une opération n'est pas terminée, elle n'est pas perdue. Elle se poursuit l'année suivante. » L'ancienne maire a également contesté la lecture faite par la nouvelle équipe municipale.« On cherche toujours les raisons pour attaquer son adversaire plutôt que de reconnaître aussi une situation », a-t-elle lancé.
Avant d'ajouter : « La réalité de 2014, c'était une commune dans le réseau d'alerte. La réalité de 2025, c'est une épargne nette positive depuis plusieurs années. »
Au fil des échanges, le débat a progressivement dépassé la seule lecture des comptes pour se transformer en confrontation politique sur l'héritage laissé par l'ancienne équipe municipale.
Le maire contre-attaque sur l'état du patrimoine
Erick Fontaine a notamment contesté la présentation d'une commune assainie et modernisée.
« Je ne pense pas que les Possessionnais puissent se satisfaire de l'état des gymnases, de certaines écoles ou encore des logements de fonction à La Nouvelle », a-t-il rétorqué.
Le maire a également évoqué les pertes d'eau sur le réseau, la situation financière de la SEMOP Eaux de La Possession et plusieurs équipements qu'il estime insuffisamment entretenus. Il a par ailleurs annoncé qu'un conseil municipal spécifique serait consacré à la question de l'eau dans les prochains mois.
Au terme des débats, le Compte Financier Unique 2025 a été désapprouvé. Les élus de la majorité ont voté contre son approbation tandis que les élus de l'opposition ont voté pour. Conformément à la réglementation, Vanessa Miranville a quitté la salle au moment du vote, le document portant sur un exercice budgétaire exécuté sous sa responsabilité de maire.
Une vive passe d'armes sur les créations de postes
Après plus de deux heures de séance, la tension est encore montée d'un cran lors de l'examen de l'affaire n°19 portant sur plusieurs créations de postes. Vanessa Miranville s'est interrogée sur la pertinence de certains recrutements proposés par la nouvelle majorité, notamment celui d'un photographe-droniste.
« La Possession est déjà inondée de photos reflétant soi-disant la vie municipale. J'y vois davantage le culte de la personnalité du nouveau maire », a lancé l'ancienne édile. Elle a également questionné la création d'autres postes, estimant que les priorités budgétaires devaient d'abord répondre aux besoins des habitants.
La réponse du maire a été immédiate.
« Je peux comprendre que cela vous fasse mal de voir une majorité extrêmement présente sur le terrain », a répliqué Erick Fontaine.
Visiblement agacé, l'élu a alors défendu l'action engagée depuis son élection, évoquant ses déplacements dans les quartiers, ses rencontres avec les habitants, ses visites à Moulin Joli ou encore son déplacement à La Nouvelle avec le sous-préfet. « À 23 heures, nous sommes dans les rues avec les gendarmes et avec les services de l'État. C'est notre manière de travailler », a-t-il affirmé.
Le maire a également assumé sa stratégie de communication. « Les habitants ont le droit de savoir ce que fait leur municipalité. On communique ce que l'on fait. Nous sommes présents dans les écoles, dans les quartiers, sur les questions de sécurité, de logement ou encore de restauration scolaire. »
Concernant les créations de postes, Erick Fontaine a expliqué que plusieurs d'entre elles correspondaient à des agents municipaux ayant réussi des concours de la fonction publique territoriale. « Les agents qui ont réussi leurs concours doivent pouvoir être nommés. C'est un engagement que nous avons pris et que nous respectons », indique Erick Fontaine, désormais pleinement installé dans son fauteuil de maire.


