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"Je ne voulais pas être un criminel, je suis désolé de mon inconscience"

Ecrit par zinfos974 – le jeudi 9 janvier 2020 à 14H14

Le 11 novembre dernier, Jessica, une jeune femme de 23 ans, mère de 4 enfants, allait perdre la vie dans des circonstances particulièrement effroyables. Alors qu'elle passe la soirée et la nuit du 10 au 11 novembre à discuter et boire avec un très bon ami - on peut même aller jusqu'à dire son confident - la jeune femme ne se doute pas un instant qu'elle vit ses derniers moments.

Le 11 novembre 2019,  Kevin A., 23 ans, part du Port à destination de Sainte-Suzanne pour aller réconforter son amie Jessica qui n'a pas trop le moral. En toute connaissance de cause, il décide de prendre sa moto, une Honda 650 - qu'il a achetée pour l'envoyer à Madagascar - sachant qu'il n'a ni assurance ni permis. Fermement décidé à rendre visite à son amie, il lui dira même "j'arriverai plus tard pour éviter la police". 

Les deux jeunes gens passent la nuit à discuter et à boire. La soeur de Jessica, qui passe la nuit chez elle, expliquera qu'ils n'ont pas dormi de la nuit, ajoutant que lorsqu'elle s'est levée à 4h30 comme à son habitude, ils étaient alcoolisés et rigolaient pour rien. Alors que sa soeur décide de partir, Kevin A. insiste pour aller chercher un petit déjeuner à la jeune fille. Il propose à Jessica de l'accompagner en moto, elle refuse dans un premier temps disant que la boutique est à proximité. Il se montre assistant, elle finit par accepter et les voilà partis vers 7h30, en moto, mais sans casque.

Kevin A., rate une courbe et la moto chute, traversant les voies

Quelques centaines de mètres plus tard, c'est le drame. Kevin A. rate une courbe et la moto chute, traversant les voies pour finir à l'envers dans un profond fossé. Jessica est éjectée au moment du choc et tombe sur la tête. Gravement blessée, elle réussit à rejoindre une habitation pour demander de l'aide. Une dame l'accueille et, le temps d'appeler les secours, la fait enter chez elle. Jessica perd connaissance rapidement sans jamais avoir pu dire un mot. Elle sera transportée dans un état critique à l'hôpital et opérée en urgence. Elle ne survivra pas à ses blessures, laissant derrière elle ses quatre enfants de 1, 2, 4, et 7 ans. 

La dame, voyant l'étendue des blessures de Jessica en lui ouvrant sa porte a dans un premier temps pensé à des blessures conjugales. Kevin A., blessé également, est resté hagard, déambulant sur le bord de la route. Une automobiliste voulant lui porter secours expliquera qu'il a raconté avoir été agressé par des jeunes d'une cité et refusé qu'elle appelle les secours. Hospitalisé par la suite, il ressortira dans la journée du 11 novembre avant d'être interpellé et placé en garde à vue. Son taux d'alcoolémie faisant état de 1,47 g/l de sang au moment des faits. 

"C'est le jour ou jamais de soulager votre conscience, vous ne serez jugé que sur les faits"

Prétendant ne se souvenir de rien, allant même jusqu'a dire que c'est Jessica qui pilotait la moto, ce n'est que pendant l'audience du mercredi 8 janvier qu'il finira par avouer du bout des lèvres "je crois que c'était moi", après les conseils avisés de la présidente "c'est le jour ou jamais de soulager votre conscience, vous ne serez jugé que sur les faits", insistait-elle. Le regard bas et ne cessant de s'excuser auprès de la famille de Jessica présente à l'audience, Kevin A. devait répondre des faits d'homicide involontaire. 

La partie civile, représentant la famille de Jessica, ne se laisse absolument pas attendrir par les pleurs de remords du prévenu : "Le 11 novembre, c'est un jour funeste pour cette famille. Cet accident aurait pu être évité, il savait qu'il prenait un risque, car il n'a pas de permis. Il n'a eu de cesse de mentir pour échapper à sa sanction. Ce jour-là, il n'a laissé aucune chance à Jessica. Ce n'est pas un accident de moto, c'est surtout un drame qui va marquer cette famille qui vit une injustice ! Elle n'avait que 23 ans et 4 enfants. Je vous demande de le maintenir en détention et de reconnaître la demande de constitution de partie civile". 

Des gens, au mépris de la loi et du bon sens, continuent à boire et à prendre le volant

"Ce sont des faits particulièrement dramatiques. Des gens, au mépris de la loi et du bon sens, continuent à boire et à prendre le volant. Il a fait le choix de conduire en ayant bu et sans permis, il sera sanctionné pour cela. Je vous demande de le reconnaître coupable pour cette infraction particulièrement grave. Je vous demande une peine de 30 mois de prison, dont 1 an avec sursis, des obligations d'indemnisation de victimes, de soins et de travail. Je vous demande de le maintenir en détention" requiert le ministère public. 

La défense de Kevin A., sans doute surprise par le quantum de la peine requise pour un cas de cette gravité, ne montre rien et enchaîne :"Nous n'oublierons jamais le visage de la défunte et nous nous inclinons devant la douleur de la famille. La souffrance n'est pas d'un seul côté, même si ça n'est pas comparable. Il a tué quelqu'un involontairement et ça n'empêche pas l'effondrement intérieur. Minimiser sa culpabilité, c'est un peu humain ! Il sait que sa culpabilité est entière et il en assumera les conséquences. Il est là comme un mort vivant, comme un vivant déjà mort. Nuit et jour, il est rongé par les remords".

"Je n'ai pas voulu faire de mal à mon amie, si je ne savais plus ce qu'il s'est passé c'est à cause de l'alcool. Je ne voulais pas être un criminel, je suis désolé de mon inconscience, madame la juge", termine Kevin A. Le tribunal, après une longue délibération, condamne le prévenu à une peine de 30 mois de prison dont 18 mois avec sursis et accepte la demande de constitution de partie civile de la famille. 

 

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