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Inflexibles, direction et salariés d’Air Austral doivent pourtant tomber d’accord illico presto

Direction et salariés d’Air Austral campent sur leur position. A marche forcée, ils ont néanmoins l’obligation de tomber d’accord d’ici vendredi.

Ecrit par Ludovic Grondin – le mardi 30 avril 2024 à 05H38
Les membres du directoire Harold Cazal (au centre), Pierre Bosse (à droite) et de Joseph Bréma, ont assisté à cette réunion sous l'égide du préfet

La compagnie Air Austral est-elle réellement menacée ? Difficile à croire aujourd’hui lorsque l’on se remémore les envolées lyriques de la présidente de Région parlant d’Air Austral comme une « fierté réunionnaise » à défendre par « patriotisme économique ». Ce qui a quand même changé depuis ce discours enflammé tenu devant la préfecture un dimanche de novembre 2021, c’est que la compagnie est désormais pilotée par 27 actionnaires venus du privé. Pour faire face aux difficultés de trésorerie, ce consortium se dit prêt à réaliser un nouveau tour de table à 10 millions d’euros en contrepartie d’un effort de la part des salariés.

Le directoire de Run Air, société devenue actionnaire majoritaire (55,18 %) d’Air Austral le 25 janvier 2023, a présenté aux organisations syndicales, en mars dernier, un plan de restructuration comportant 30 mesures dont celle forcément chahutée d’une « baisse significative du coût de la masse salariale » de 12,7 millions d’euros sur deux ans. Cet effort se traduirait pour les salariés par une diminution de leur salaire de l’ordre de 10% et de la perte de leur 13ème mois.

Franck Chevalier, vice-président du SNPL : « Il s’agit d’un plan de restructuration sans vision à long terme »

Cet effort à consentir n’emporte évidemment pas l’adhésion des salariés qui rappellent qu’ils ont déjà fait des concessions depuis 2017 et ont dû composer avec « des négociations annuelles obligatoires qui n’ont pas abouti » en leur faveur, souligne Frédéric Bénard de la CFDT. Dans les faits, derrière ces NAO infructueuses, cela représente « 20% d’inflation qui n’ont jamais été pris en compte », précise Franck Chevalier, vice-président du Syndicat national des pilotes de ligne (moyen-courrier) chez Air Austral qui déplore, tout comme son collègue de la CFDT, que « le process de négociations n’a pas eu lieu jusqu’à présent » et s’ouvre finalement à 24 heures de la deadline initiale de ce mardi 30 avril. 

Cazal laisse entrevoir des propositions décisives dès ce mardi

Avec l’UNSA représenté par Marie-Noëlle Wolff ou encore le SNPNC-Force Ouvrière représenté par Baptiste Dei-Tos, les partenaires sociaux gardent l’étrange impression de demeurer, en tout temps, la seule variable d’ajustement en période de turbulences. « Il n’est pas entendable à ce jour que des efforts soient demandés sur une baisse de la rémunération des salariés », fait savoir Frédéric Bénard sachant qu’« on terminerait le mois avec ce qu’on peut considérer comme étant le minimum pour vivre, pour faire face à l’inflation ». Sur les 850 salariés de la compagnie, 70% touchent moins de 2000 euros brut.

Dans ces conditions, difficile de considérer le 13ème mois comme un luxe. « Il est un élément de rémunération pour les plus petits salaires », confirme Franck Chevalier qui décrit ainsi l’effort demandé aux salariés comme « profondément injuste ».

Malgré cette position intangible que donnent à voir les syndicats en ce lundi à l’issue d’une réunion d’environ 2h30 placée sous la médiation du préfet Filippini, il faudra bien que l’une ou l’autre des parties accepte de céder du terrain, voire sans doute les deux au final. Ce lundi matin, un premier face à face avec la direction donnait pourtant aux syndicats un aperçu du bras de fer. « On a posé la question à Pradine (Jean-Claude Pradine, DG de Run Air, ndlr) : « est-ce que vous êtes prêts à revenir sur ce que vous nous demandez et il nous a dit « non » », rapporte un syndicaliste. 

Tout sourire à sa sortie de l’hôtel de préfecture, Harold Cazal, membre du directoire de la société Run Air, laisse pourtant entrevoir une issue favorable dès ce mardi après-midi, moment fixé pour un nouveau round, cette fois-ci au siège à Gillot. « Des efforts, nous en avons déjà fait mais nous ouvrirons des pistes nouvelles demain (ce mardi, ndlr) qui permettront de trouver un accord », promet l’un des nouveaux hommes forts d’Air Austral depuis janvier 2023.

Sacrément échaudés par le choix limité façon « à prendre ou à laisser » que la nouvelle direction leur soumet, les syndicalistes y opposent leur engagement passé. « Nous on travaille depuis toutes ces années à faire prospérer l’entreprise, aujourd’hui on nous dit que ce n‘est pas suffisant. On est tous d’accord pour faire des efforts supplémentaires, on va retrouver la ressource, il n’y a pas de soucis. On a juste un gros problème : c’est de quel effort il va s’agir ? De la productivité, de la réorganisation, de faire des économies sur des choses qui ne fonctionnent pas ?… », lance Marie-Noëlle Wolff d’UNSA aérien. « S’il y a un effort, je dis bien s’il y a un effort de consenti de la part des salariés, il faut que cet effort se fasse sous forme de prêts et non pas sous forme de dons comme ça été fait en 2020 dans l’espoir d’un retour à meilleure fortune », précise à son tour Frédéric Bénard.

Un discours de réalité pour « sortir du déni »

Pour arriver à cet accord de performance collective qui mettra tout le monde d’accord d’ici ce vendredi 3 mai, dernier délai, le SNPL dit aussi avoir été force de proposition. « Il faut quand même savoir que l’effort qu’on leur a proposé sur les deux prochaines années se chiffre aux alentours de 11 millions, rien que pour les pilotes », avise Franck Chevalier.

Au-dessus de la mêlée, le préfet renouvelle quant à lui le même discours de soutien indéfectible de l’Etat vis-à-vis de la compagnie aérienne régionale. « Trois ministres se sont réunis il y a quelques semaines – ça n‘arrive pas souvent – pour entendre les difficultés d’Air Austral et pour confirmer que l’Etat serait présent pour continuer à aider Air austral », évoque Jérôme Filippini qui a pu, ce lundi après-midi, « vérifier que tout le monde avait conscience de la gravité de la situation ».

« Aujourd’hui, si des efforts importants ne sont pas faits à très court terme, il peut y avoir de grandes difficultés pour Air Austral. Mais je ressors confiant de cette réunion parce qu’on est sorti de la phase du déni où on avait l’impression qu’on était à 10.000 mètres d’altitude alors qu’en fait on était à 4.900 mètres au-dessus du Mont-Blanc. Maintenant tout le monde a bien compris qu’il faut redresser le manche », note le préfet.

Direction et salariés ont jusqu’à vendredi pour trouver un compromis et signer l’accord de performance collective. Le rapport produit par le cabinet conseil Accuracy devrait aussi éclairer l’ensemble des partenaires sociaux sur la perspective financière de la compagnie.

Frédéric Bénard, représentant CFDT chez Air Austral : « Ça fait depuis un certain nombre d’années que nous n’avons pas eu de revalorisation salariale »

 

Thèmes : Air Austral
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