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Harcèlement, fausse déclaration… L’encombrant passé judiciaire de la candidate RN à Bras-Panon

Ecrit par N.P. – le mardi 14 octobre 2025 à 07H25

Alors que le Rassemblement national assure avoir retenu les leçons des précédents scrutins et vouloir éviter toute nouvelle polémique liée à ses représentants, une affaire vient (déjà) contredire ce discours. A Bras-Panon, sa candidate a fait l’objet de deux condamnations, dont une à six mois de prison avec sursis en 2024 pour harcèlement moral. Un fléau qu’elle dit aujourd’hui vouloir combattre.

Des faits, rien que des faits. Et un constat : le passé ne reste jamais enfoui bien longtemps, surtout quand on se présente à une élection municipale en faisant de la sécurité son leitmotiv.

Dans ses flyers de campagne, dévoilés dimanche à l’occasion du lancement officiel de sa candidature aux côtés du patron du RN, Jean-Jacques Morel, Lise-May Turpin assure vouloir « protéger les femmes », mais aussi « agir pour la solidarité » et « protéger nos familles ».
Parmi ses priorités affichées : la lutte contre les violences familiales et le harcèlement.

Lire aussi : Bras-Panon : Lise-May Turpin Félicité candidate sous les couleurs du RN

Un dernier point pour le moins piquant, quand on sait que la candidate a été justement condamnée à six mois de prison avec sursis pour des faits de harcèlement moral commis au moyen d’un service de communication au public en ligne.
C’était le 9 avril 2024, devant le tribunal correctionnel de Saint-Denis.

La Panonnaise a écopé d’un sursis probatoire de deux ans toujours en cours.
Un handicap qui prend la forme d'un épais jugement de 16 pages pour la candidate RN, qui n’en est pas à son premier essai politique.

De “divers gauche” à l'extrême droite

En 2021, Lise-May Turpin s’était présentée aux élections départementales dans le canton de Saint-André 3, sous l’étiquette divers gauche, en binôme avec le candidat du mouvement Croire et Oser, Olivier Dugain.
Le duo n’avait obtenu que 130 voix sur Bras-Panon.
Trois ans plus tard, lors des législatives anticipées de 2024, elle figurait comme suppléante du candidat sans étiquette Jérémy Laup. Résultat : 89 voix enregistrées sur la commune.
Pour les municipales de 2026, elle porte désormais l’étendard du Rassemblement national, avec l’ambition d’offrir, selon ses mots, « une alternative crédible aux Panonnais ».
Mais dans son propre voisinage, il y a peu de chances que le discours fasse des émules.

Dans son programme, la candidate fait de la lutte contre le harcèlement une priorité.

Un conflit devenu harcèlement

L’affaire trouve son origine dans un ancien conflit de voisinage, marqué par des tensions physiques et verbales.
Le jugement indique qu’il « ressort des procès-verbaux que les relations de voisinage se sont fortement dégradées, plusieurs altercations ayant été signalées, avec échanges d’insultes, cris et jets de galets entre les propriétés. Ce climat conflictuel s’est ensuite déplacé sur les réseaux sociaux ».

Entre mars et juin 2022, Lise-May Turpin publie sur Facebook une série de messages et vidéos, accessibles à tous, visant directement des voisines et divulguant des informations personnelles.

La diffusion de pas moins de 24 vidéos ont été mises en évidence durant cette période concernant l’une des deux plaignantes au procès.

Les propos tenus “outre qu’ils sont diffamants et dégradants (...) sont également particulièrement nuisibles”, juge le tribunal, la victime et sa famille étant nommés ainsi que son adresse.
Les magistrats ajoutent que ces publications « ont eu pour objet et pour effet une dégradation des conditions de vie de la plaignante, altérant sa santé ».
Des certificats médicaux produits à l’audience font état d’un « trouble anxieux et d’un état de stress post-traumatique nécessitant un suivi thérapeutique ».

Une situation de tension dans la durée

Le tribunal relève qu’un « climat de tension et d’agressivité réciproque » s’est installé depuis plusieurs années entre la prévenue et ses voisines.
Les procès-verbaux montrent une accumulation de plaintes entre 2020 et 2022 : insultes, menaces, jets de galets, vidéos moqueuses, stationnements bloquants.
Même si certaines procédures ont été classées, les juges soulignent la persistance du harcèlement ressenti par les plaignantes. 

« Un climat de tension permanent, alimenté par les agissements de la prévenue, a contribué à une dégradation progressive des conditions de vie des plaignantes ».

Aux législatives anticipées de 2022, Lise-May Turpin était la binôme du candidat sans étiquette Jérémy Laup.

Un harcèlement moral en ligne

Dans son jugement du 9 avril 2024, la chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Saint-Denis a requalifié les faits en « harcèlement moral commis au moyen d’un service de communication au public en ligne ».
Le tribunal indique que « Lise-May Turpin a sciemment exposé la plaignante à des propos humiliants et répétés, dans un contexte conflictuel, en publiant des vidéos et messages dénigrants sur les réseaux sociaux ».
La prévenue a tenté de se défendre en expliquant qu’elle voulait simplement « se protéger » et « raconter sa version », mais les juges ont considéré qu’elle « ne pouvait ignorer les effets de ses publications, celles-ci étant publiques et accompagnées de nombreux commentaires ».

Un préjudice moral reconnu

Pour les juges, « les propos tenus sur le compte Facebook de la prévenue [...] ont eu pour objet et pour effet une dégradation des conditions de vie de la plaignante, se traduisant par une atteinte à sa santé ».
Les certificats médicaux mentionnent un « trouble anxieux et un état de stress post-traumatique nécessitant un suivi thérapeutique ».
Le tribunal retient un « préjudice moral réel et durable directement imputable aux agissements de la prévenue ».

Lise-May Turpin a été condamnée à indemniser la victime à hauteur de 2 000 euros pour ce préjudice moral, ainsi qu’à verser 800 euros de frais de justice.
Le jugement précise que « l’exécution provisoire du suivi probatoire est ordonnée afin de garantir la mise en œuvre de ces obligations ».

Concernant la seconde plaignante, les juges ont estimé que « les éléments recueillis ne suffisent pas à caractériser un harcèlement répété » et ont donc prononcé la relaxe pour cette partie du dossier.

Six mois de prison avec sursis probatoire

Le tribunal a condamné Lise-May Turpin à « six mois d’emprisonnement, entièrement assortis d’un sursis probatoire de deux ans ».
Pendant cette période, elle devra « se soumettre à un suivi sociojudiciaire », « répondre aux convocations du service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP) » et « informer le juge en cas de changement de résidence ou d’emploi ».
A noter que la prévenue n’a pas fait appel de cette décision.

Dans une longue vidéo publiée lundi sur sa page Facebook, la candidate s’en prend à une internaute qu’elle accuse de l’avoir insultée en commentaire d’un article en ligne.

Une obligation de soins

Pour les juges, « les éléments relevés en cours d’enquête ainsi que les déclarations de la prévenue » justifient d’assortir le sursis d’une obligation de soins.
Lise-May Turpin doit ainsi se soumettre « à des mesures d’examen médical, de traitement ou de suivi, même sous le régime de l’hospitalisation ».
Le jugement ajoute que « l’exécution provisoire est ordonnée », rendant la mesure immédiatement applicable.

À noter que la candidate a publié ce lundi une longue vidéo de 13 mn sur sa page Facebook dans laquelle elle s’en prend directement à une internaute, citant son nom, au titre que cette dernière l’aurait “insultée” dans un commentaire à un article en ligne. Ce qui interroge sur le respect des obligations imposées par le tribunal.

Une autre condamnation pour fausse déclaration

Le même jugement rappelle qu’il ne s’agit pas de la première condamnation de Lise-May Turpin.
En février 2018, elle avait déjà été condamnée par le tribunal correctionnel de Saint-Denis à « deux mois d’emprisonnement avec sursis » pour « déclaration fausse ou incomplète afin d’obtenir une prestation ou allocation indue », dans le cadre, selon nos informations, du revenu de solidarité active (RSA).

Le RN était-il au courant ?

Entre une condamnation pour fraude sociale et une autre pour harcèlement moral en ligne, le parcours judiciaire de Lise-May Turpin semble contraster avec les valeurs d’ordre et de probité que son parti revendique.
Une candidature pourtant validée par le RN alors que le parti assure avoir resserré sa sélection de candidats.
Reste à savoir si les instances locales du RN étaient informées de cet embarrassant passé judiciaire avant de lui accorder leur investiture…

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