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Deuil périnatal : briser le silence de cette douleur innommable

Dans un poignant témoignage, Valérie partage sa douloureuse expérience de devenir mamange, mettant en lumière la réalité souvent cachée et passée sous silence des parents endeuillés.
Ecrit par S.F. – le mardi 15 octobre 2024 à 18H04

Mettre fin au tabou qui entoure la perte d’un bébé à naître, à la naissance, ou dans ses premiers jours de vie, rendre visible la douleur innommable des paranges, pouvoir parler du deuil périnatal, et ne pas rajouter de la douleur à la douleur, et enfin dire aux personnes qu’elles ne sont pas seules et n’ont pas à le rester. Ce sont toutes ces raisons qui ont poussé Valérie, mamange d’un petit garçon, à livrer son témoignage.

"On est comme dans un océan"

Valérie et son conjoint sont brutalement devenus paranges d’un petit garçon en mars 2022. Après qu’elle ait rompu la poche des eaux prématurément, le couple se rend au CHOR et apprend que leur petit garçon ne survivra pas. “Le matin, c’était un peu comme s’ils se refilaient la bête noire, c’est la chambre où il y a un problème”.

Au bout de quelques jours, Valérie accouche d’un petit garçon mort-né. “C’était dû à une infection du placenta. Il n’y avait plus de liquide amniotique et il ne pouvait plus se développer correctement. (...) Ce sont tous les projets d’avenir qui se brisent en un éclat”.

À la douleur incommensurable, la colère, la tristesse, le déni, l’injustice et l’incompréhension s’ajoute le sentiment de solitude, d’être perdu.

L’hôpital m’a proposé un suivi avec une psychologue et un flyer”, explique-t-elle. Sur ce flyer, Valérie et son conjoint découvrent l'existence de l’association “Nos Tout-Petits de La Réunion”, créée pour et par des paranges pour les accompagner dans les étapes du deuil périnatal.

L’association, localisée dans le Sud, est la seule à organiser des cérémonies d’adieux en hommage aux enfants morts-nés à La Réunion, une étape qui a été primordiale pour Valérie et son conjoint qui ont décidé d’offrir des obsèques à leur fils lors d’une cérémonie organisée au centre funéraire Sud. “On lui a dit au revoir quand on l'a mis dans le cercueil au CHOR, mais le vrai au revoir symboliquement, ça a été à la cérémonie d’adieux. Cet hommage nous a permis de réaliser tout ce qui s’était passé”.

"De la douleur innommable, on apprend à vivre avec une douce peine"

Le retour à la maison, à celui de la vie quotidienne, aura été une autre étape des plus douloureuses pour la jeune mamange : “Entre mars et octobre 2022, il m’était impossible de discuter, je pleurais à chaque fois. C'étaient des vagues qui montaient. C’est aussi de revoir les autres. Les gens sont gênés et après ça, toutes les paroles avaient leur poids, des choses qui pouvaient passer de manière inconséquente avant, je ne pouvais plus les supporter”, confie-t-elle.

Ce sentiment, Valérie et bien d’autres paranges le partagent : "Le poids du mutisme ou des mots des autres, tantôt impuissants, tantôt maladroits, font l’effet d’une bombe dans un cœur déjà meurtri."

“Vous en aurez d’autres, c’est la faute à pas de chance, t’étais capable de supporter ça… des paroles qui nous hérissent, on pourrait écrire un livre." En se rapprochant de l’association, Valérie et son conjoint ont tous deux trouvé une écoute, une “bouffée d’air frais”. “On parle le même langage et nos enfants sont légitimes, ils existent et on peut en parler”. Le sujet fait peur et le silence autour du deuil périnatal vient souvent peser un peu plus sur ceux qui traversent cette épreuve : “Nier l'existence d’un enfant, c’est pire que d’en parler. Pour ceux qui ne savent pas quoi dire, soyez simplement présents et à l’écoute”.

Etiquettes : Bébé | CHOR | Deuil périnatal

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