Bras-Panon : un projet de Village Alzheimer unique en Outre-mer au Domaine de l’Union

La mairie a engagé une procédure de mise en compatibilité de son plan local d’urbanisme (PLU) devant être validée ce mercredi au conseil pour permettre la création d’un Village Alzheimer unique en son genre Outre-mer sur le site du Domaine de l’Union. Un foncier de 11 ha, légué par Joseph Mourouvin à la Fondation Père Favron. Le projet vise à la fois l’émergence d’un projet médico-social d’envergure et la préservation des vestiges de l’ancien domaine sucrier.
Le Domaine de l’Union, vaste propriété sucrière du XIXᵉ siècle tombée dans l’oubli et recouvert au fil des décennies par la végétation, abrite des vestiges remarquables : maison de maître, dépendances, ancienne écurie, séchoir à vanille, ouvrages hydrauliques, sans oublier le temple de l’Union, inscrit aux Monuments historiques. Le site, situé en continuité du centre-ville le long de la RN2, s’étend sur 11 ha. Un foncier patrimonial, situé à une encablure de la ville et en pleine nature, que son propriétaire, Joseph Mourouvin, a légué à la fondation Père Favron dans l’optique de créer un équipement médico-social répondant aux besoins de la population.
Un projet innovant à l'échelle nationale
Porté par la Fondation Père Favron, il prend la forme d’un projet de Village Alzheimer. Un projet innovant et expérimental, inspiré de l’unique village du même type existant en France, installé dans les Landes.
Ouvert depuis juin 2020, le Village Landais Alzheimer Henri Emmanuelli est un établissement médico-social expérimental porté par le Conseil départemental des Landes et soutenu par l'ARS de Nouvelle-Aquitaine.
Organisé comme un véritable village, avec sa place centrale regroupant services et commerces (médiathèque, auditorium, salon de coiffure, épicerie, brasserie, centre de santé) et ses quartiers d'habitation, il accueille 120 personnes “vivant avec la maladie d'Alzheimer ou maladies apparentées entourées par près de 130 professionnels et 80 bénévoles”.
L’approche du Village est celle d’un “accompagnement centré sur la personne et en privilégiant les interventions non médicamenteuses. L’idée est de concevoir un monde aussi proche que possible de la vie normale dans un environnement sécurisé pour les villageois”.
Pour rendre ce projet possible, la commune doit faire évoluer son PLU, le zonage actuel, limité aux activités touristiques et de loisirs, interdisait les constructions médico-sociales. Le zonage doit être reconfiguré :
- 7,1 hectares seront classés en zone Udu, dédiée au projet médico-social et à la valorisation patrimoniale ;
- 3,8 hectares sont maintenus en zone naturelle (N) pour préserver les espaces boisés et les milieux sensibles.

Des prescriptions dans le PLU
Lancée par la mairie, une Orientation d’Aménagement et de Programmation (OAP) encadre la future réalisation en prescrivant la restauration d’une partie du patrimoine existant, le maintien des corridors écologiques, le traitement paysager du site ou la création d’espaces publics ouverts aux familles et aux visiteurs. Les constructions devront répondre à des exigences environnementales fortes : conception bioclimatique, gestion des eaux pluviales, réduction de la consommation énergétique et limitation de la pollution lumineuse.
La procédure s’est soldée par un avis favorable, sans restrcitions, de toutes les autorités compétentes (État, Région, CIREST, MRAe, CDPENAF) à l’issue d’une enquête publique conduite par la mairie. Elle doit être approuvée ce soir au conseil municipal avant une prochaine délibération qui approuvera définitivement l’évolution du PLU.

Un double enjeu culturel et de santé
Le maire, Jeannick Atchapa, rappelle que le projet répond à une demande initiale de Joseph Mourouvin, lui-même médecin, de dédier le foncier à un projet médico-social. En parallèle, il voit dans le projet l’opportunité de restaurer et valoriser ce patrimoine.
« Ce site, où plusieurs générations de panonnais ont travaillé, à une valeur patrimoniale importante. C’était le centre d’intérêt économique de la ville. Nous allons enfin pouvoir le mettre en valeur », souligne Jeannick Atchapa.
Dans ce sens, l’OAP prescrit des obligations pour sauvegarder, protéger et réhabiliter les vestiges, dont l’ancienne maison de maître et ses dépendances, les anciennes écuries et autres bâtiments. Une facture que la commune aurait difficilement pu assumer seule, alors que la mairie a tenté à plusieurs reprises par le passé de racheter le foncier.
Tous les vestiges ont été cartographiés. Le site offrant suffisamment d’espaces, le but est de mixer à la fois la construction de nouveaux équipements et la réhabilitation de certains bâtiments existants pour les intégrer dans des structures nouvelles. L’ancienne maison de maître pourrait être reconstruite à l’identique pour devenir le bâtiment d’accueil, d’autres bâtis pourraient être reconvertis en bureaux.

Un patrimoine à sauvegarder et valoriser
Le domaine recèle un ensemble exceptionnel de bâtiments en pierre : anciens calbanons d’engagés, magasins d’épices, ancienne infirmerie, forge, prise d’eau… Le projet vise à conserver ce patrimoine « qui sans cela aurait beaucoup de mal à être restauré ».
Seul vestige inscrit au titre des Monuments historiques, le temple de l’Union fait l’objet d’un projet porté par la Fédération tamoule de La Réunion, qui souhaite obtenir un bail pour restaurer et rouvrir le lieu au culte.

Une nouvelle vie pour le Domaine de l’Union
« Nous vivons un moment important », résume Jeannick Atchapa qui ambitionne de voir une partie du site être ouvert au public via des conventions avec des porteurs de projets privés, pourquoi pas pour l’émergence d’un projet de restauration.
De son côté, David Guilbert, directeur général adjoint de la Fondation Père Favron, précise que « le projet est en phase d’examen, avec des études en cours sur les aspects juridiques et écologiques. L’objectif est de valoriser au mieux le site selon les possibilités architecturales tout en répondant aux besoins du territoire ».
Le projet, élaboré en lien avec l’ARS, le Département et les associations, vise à proposer « un nouveau modèle de prise en charge des personnes atteintes d’Alzheimer, plus adapté et sécurisé ».
L’étude en cours doit aussi déterminer la possibilité d’associer au village Alzheimer une Maison de l’enfance à caractère social (MECS) et/ou une Maison d’accueil spécialisée (MAS).
Des espaces permettront aux résidents et à leur familles de déambuler dans le domaine, riche de nombreux arbres remarquables.
« Il y a une volonté politique de l’association de valoriser au mieux ce foncier offert par Joseph Mourouvin, en répondant aux besoins médico-sociaux du territoire, tout en répondant au double enjeu, historique et humain, de ce site », conclut David Guilbert.
A La Réunion, pas moins de 6 000 personnes souffrent de la maladie d'Alzheimer avec comme unique possibilité de prise en charge un accueil en EHPAD, laissant beaucoup de personnes sans solution.


