Aux Comores, un journaliste emprisonné pour avoir traduit un discours du président

Correspondant de l’agence Reuters, Abdou Moustoifa a été placé en garde à vue après avoir rapporté que le président Azali envisageait de transmettre le pouvoir à son fils. Une arrestation dénoncée par les syndicats de journalistes, qui y voient une atteinte à la liberté de la presse.
L’arrestation d’Abdou Moustoifa, journaliste comorien et correspondant de l’agence Reuters, suscite l’indignation. Placé en garde à vue dans une cellule de la gendarmerie à Moroni dans la nuit de jeudi à vendredi, il lui est reproché d’avoir traduit et relayé en français un discours du président des Comores Azali Assoumani, tenu le 23 janvier à Mohéli. Dans sa dépêche, il rapportait que le chef de l’État aurait évoqué son intention de transmettre le pouvoir à son fils, une affirmation qui a déclenché une vague de réactions dans l’archipel, où le régime est régulièrement critiqué pour ses tendances autoritaires.
Plainte pour désinformation
Face à la controverse, la présidence a rapidement publié un démenti, expliquant qu’Azali Assoumani ne parlait pas de sa propre descendance mais usait d’une formule habituelle aux Comores, où le terme « enfant » peut désigner n’importe quel citoyen. Reuters a pris en compte ce correctif, mais cela n’a pas empêché le ministère public d’engager des poursuites contre le journaliste pour « désinformation ». Le 29 janvier, deux gendarmes se sont rendus dans les locaux du journal d’État Alwatwan, où travaille Abdou Moustoifa, mais ne l’y ont pas trouvé. Il s’est présenté de lui-même aux autorités le lendemain, avant d’être placé en détention provisoire.
Cette arrestation a provoqué une levée de boucliers dans la profession. Pourtant, la Convention pour le renouveau des Comores, parti au pouvoir, avait affirmé deux jours auparavant qu’aucune plainte ne serait déposée contre le journaliste. Pour les syndicats de journalistes, il s’agit clairement d’un acte d’intimidation.
Le Syndicat national des journalistes (SNJ) Réunion - océan Indien et le Syndicat national des journalistes comoriens dénoncent fermement cette dérive :
« Nous dénonçons l’acharnement contre un journaliste dans l’exercice de son métier et rappelons que dans un État de droit, il existe des recours légaux en cas de litige, comme le droit de réponse ou la saisine du Conseil national de la presse et de l’audiovisuel (CNPA), instance compétente pour traiter ce type de conflit aux Comores. Tout autre traitement relève d’une atteinte à la liberté de la presse et révèle le caractère autoritaire du régime en place. »
Ce n’est pas la première fois que la presse est muselée aux Comores. Sous le régime d’Azali Assoumani, les menaces et pressions sur les journalistes se sont multipliées, dans un climat de plus en plus hostile à la liberté d’informer.
Lire aussi : Arrêtée par la gendarmerie, Fatima Mzé Saïd est détenue aux Comores


