Revenir à la rubrique : Société

A l'Étang Saint-Paul, on déboise...pour raison écologique

Il faut parfois déboiser pour replanter, autrement. Une mini-pelle est utilisée pour la première fois dans la zone de l’étang Saint-Paul pour éliminer des arbres qui empêchent les plantes idoines de pousser.
Ecrit par Ludovic Grondin – le mardi 12 décembre 2023 à 01H06
Les plantes herbacées de la prairie humide n'attendent que la percée de lumière pour reprendre leur place

Des arbres couchés, déracinés, c’est le spectacle de désolation qui est visible en ce moment aux abords de l’étang de Saint-Paul. Si le premier réflexe est de s’en émouvoir, ce déboisement impressionnant est réalisé pour une raison écologique. Un concept loin d'être intuitif de prime abord et pourtant.

L’opération est menée par le groupement d'intérêt public Réserve de l’étang. Elle consiste à éliminer les espèces qui empêchent le retour des plantes herbacées dans cette zone qui devient marécageuse au gré des crues. L’action menée par la mini-pelle, utilisée pour la première fois, "vise à arracher les espèces exotiques envahissantes pour permettre aux herbacées de repousser et de regagner cette parcelle", rassure Fanny Payet, chargée de mission scientifique au sein de la Réserve naturelle nationale de l’étang Saint-Paul.

Le secteur concerné se trouve au sud du parking du Run Market Savanna et s'étend jusqu’à la digue de pierres construite au début des années 90 pour contenir l’eau de l’étang dans son lit et protéger de toute inondation le futur centre commercial Cora inauguré à cette époque-là.

Aujourd’hui, le risque de voir se reproduire les erreurs du passé s’amenuise. A l’époque, avec beaucoup moins de considération écologique que maintenant, les rouleaux compresseurs avaient comblé de caillasses cette zone humide de l’étang pour y dessiner le parking du supermarché. De plus, l’action de l’homme, à travers l’endiguement de l’étang, a favorisé, ces trois dernières décennies, l’assèchement de cette prairie humide qui borde le cours d'eau et a du coup permis la pousse d’arbres exotiques envahissants comme le tamarin de l’Inde, les épinards ou le faux-poivrier. Ces espèces ont fait perdre cette fonction de prairie humide à cette vaste étendue.

"L’objectif c’est que le tapis d’herbacées reprenne naturellement, qu’il s’étende sur cette zone-là afin que la prairie soit de nouveau fonctionnelle", poursuit Fanny Payet. Les espèces en sommeil qui n’attendent que cette percée de lumière pour se régénérer sont par exemple l’herbe à riz marron - une espèce indigène - et d’autres espèces comme le carex ou le Cypérus livigatus.

Un rôle d'éponge à restaurer

"Elles vont reprendre le dessus naturellement lorsqu’on aura ouvert la zone, lorsque l’on aura enlevé tous les arbres", ajoute-t-elle. Et la main de l’homme ne sera pas nécessaire pour leur repousse. "On compte sur la banque de graines qui est déjà au sol, qui sont dormantes, pour que ça régénère naturellement. Lorsque les herbacées seront là, la prairie de l’étang rejouera son rôle écologique. En se gorgeant d’eau, elle joue ce rôle d’éponge", image la scientifique. Les agents de la réserve devront néanmoins garder un oeil après cette première lame d'arrachage mécanique.

"Après cette opération coup de poing avec la mini-pelle, on va venir tous les mois voir s’il y a des repousses d’espèces envahissantes. S’il y en a, nous viendrons arracher les repousses manuellement cette fois". Les seuls arbres qui seront préservés sont ceux qui entourent le petit canal de la digue, celui qui fait office d'exutoire lorsque l'étang se gonfle d'eau lors de fortes pluies. Leur maintien évitera de fragiliser cet ouvrage hydraulique.

Attention, la restauration de la prairie humide de l’étang sur cette parcelle doit s’accompagner du plus grand respect des éventuels promeneurs et joggeurs tentés d'y voir un nouveau terrain d'exploration. La consigne à suivre est tout simplement de ne pas aller piétiner cet espace en cours de restauration car autant les hommes que leurs animaux de compagnie peuvent ramener sous leurs baskets ou coussinets des graines de plantes indésirables et donc freiner la renaissance de "la végétation originelle" de cette zone humide.

La mini-pelle aide les herbacées à regagner leur place en déracinant tous les arbres qui y ont poussé au fil des décennies

 

Privés de pesticides, les agents communaux ont dû remettre la main à la terre

 

Elles sont belles mais deviennent un poison pour les milieux naturels réunionnais   

 

Il est grand temps d’arrêter de planter n’importe quoi n’importe où

Dans la même rubrique

0💬
Tri :