ISDU à Sainte-Marie : Céline Sitouze dénonce le "double langage" du Sydne et de l’État

Alors que le Sydne affirme rechercher des alternatives à l’implantation d’un nouvel ISDU à Sainte-Marie, il demande dans le même temps la prolongation des études sur la propriété de la famille Barau, à Beaufond. Une contradiction que la maire Céline Sitouze dénonce, tout comme celle de l’État, qui affirme vouloir préserver les terres agricoles tout en permettant la poursuite des investigations sur un foncier cultivé. La commune va déposer un recours contre l’arrêté préfectoral et réclame des explications.
Le dossier du projet d’Installation de Stockage de Déchets Ultimes (ISDU) de Sainte-Marie ne se résume plus à une question d’occupation de terrains privés. Pour Céline Sitouze, c’est désormais une question de cohérence et de transparence. La maire dénonce ce qu’elle qualifie de "double langage" du Syndicat intercommunal de traitement des déchets du Nord et de l'Est (Sydne) et de l’État dans le dossier du projet d’Installation de l'ISDU à Beaufond.
Le 29 septembre, le préfet a en effet prolongé de 18 mois l’autorisation permettant au Sydne de pénétrer et d’occuper certaines propriétés privées afin d’y poursuivre ses études. Une décision qui intervient alors même que le président du syndicat, Alexandre Laï-Kane-Cheong, avait indiqué rechercher d’autres solutions.
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"S’il recherche des alternatives, pourquoi continuer ici ?"
Céline Sitouze rappelle que le président du Sydne était présent au comité syndical du 21 septembre et avait alors confirmé travailler sur de nouvelles alternatives à Sainte-Marie-Beaufond. Parmi les pistes évoquées figure notamment un rapprochement avec Ileva, le syndicat chargé de la gestion des déchets dans le Sud, et la possibilité d’une mutualisation avec le site de Pierrefonds.
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"Il nous dit qu’il recherche de nouvelles alternatives, mais en même temps, il fait la demande au préfet de proroger l’arrêté qui permet de faire les études sur le territoire de Sainte-Marie, sur la parcelle de la famille Barau", souligne la maire.
Pour l’élue, la question est donc simple : si de nouvelles solutions sont réellement recherchées, notamment la mutualisation du site d’Ileva, "pourquoi continuer les études ici à Beaufond ?", interroge-t-elle.
La maire dit avoir renouvelé sa confiance au président du Sydne, estimant que le dialogue reste nécessaire. Mais cette confiance, prévient-elle, ne peut fonctionner sans cohérence entre les discours et les actes. "Il y a un double langage", dénonce-t-elle, estimant que "le manque de transparence" concerne aussi bien le syndicat que l’État.
La contradiction dénoncée jusque dans les terres agricoles
C’est précisément sur ce terrain que Céline Sitouze interpelle également le préfet. Selon elle, l’arrêté préfectoral donne le sentiment que le choix de Sainte-Marie est déjà privilégié, alors même que l’État affirme par ailleurs vouloir préserver le foncier agricole. "Lorsque je lis son arrêté, j’ai l’impression qu’il a déjà pris parti. Il a déjà fait son choix", déplore la maire. Elle fait notamment référence aux engagements affichés par le représentant de l’État lors des États généraux de la canne en faveur de la préservation des terres cultivées.
Or la parcelle de la famille Barau fait partie des terres agricoles particulièrement productives, avec un rendement de 100 tonnes de canne chaque année. La FDSEA et le Syndicat du Sucre dénoncent eux aussi cette contradiction. Pour le monde agricole, il serait incohérent de chercher à reconquérir des terres en friche tout en mobilisant des surfaces aujourd’hui cultivées.
Le Syndicat du Sucre rappelle ainsi que quelque 12.000 hectares de friches ont été recensés à La Réunion et affirme avoir proposé plusieurs sites alternatifs. Treize premières propositions avaient été formulées, puis deux autres parcelles, à Saint-Benoît (de 33 hectares) et Sainte-Suzanne (de 37 hectares), ont été identifiées. Pour les acteurs agricoles, l’infaisabilité de ces sites n’a pas été suffisamment démontrée.
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La famille Barau, de son côté, maintient son opposition au projet. Elle estime que l’emprise envisagée, située au cœur de l’exploitation, toucherait des terres particulièrement productives et pourrait fragiliser l’équilibre économique de l’entreprise, qui emploie en moyenne 11 salariés.
La commune veut connaître les résultats des études
Dans ce contexte, la mairie de Sainte-Marie entend obtenir des réponses précises. Céline Sitouze va saisir le président du Sydne afin d’obtenir les éléments concernant les études menées depuis deux ans sur le secteur de Beaufond, mais aussi les informations relatives aux recherches de sites alternatifs.
La maire souhaite notamment savoir où en sont les investigations engagées depuis 2024 et quelles conclusions peuvent déjà en être tirées. Elle demande également que les recherches d’alternatives soient documentées, alors que le monde agricole affirme avoir identifié plusieurs terrains non cultivés susceptibles d’être étudiés.
Pour la maire, cette transparence est indispensable pour comprendre la stratégie réelle du Sydne. "Au nom de qui M. Alexandre Laï-Kane-Cheong agit ? Il est le président du Sydne, mais il agit pour le compte de toutes les villes qui composent le Sydne", rappelle-t-elle.
Un recours contre l’arrêté
Face à cette situation, la commune a décidé d’agir sur deux fronts. Elle va déposer un recours contre l’arrêté préfectoral prolongeant de 18 mois l’autorisation d’occupation des propriétés privées et va parallèlement demander au Sydne les éléments permettant de faire toute la lumière sur les études déjà réalisées et sur les alternatives envisagées.
La municipalité réclame également des garanties pour les propriétaires : information préalable avant toute intervention, état des lieux contradictoire avant et après les opérations et prise en charge des éventuels dégâts.
Mais au-delà de la procédure, Céline Sitouze veut surtout replacer le débat sur le fond : quelle solution pour les déchets de La Réunion et, surtout, sur quels territoires ? "On ne peut pas faire confiance à nos partenaires, qui sont supposés être nos partenaires", estime-t-elle, rappelant que Sainte-Marie a déjà pris des décisions précises sur le sujet.
La maire refuse par ailleurs que la continuité du service public soit utilisée pour empêcher toute remise à plat du dossier. "Il est hors de question qu’on vienne nous opposer la continuité du service public comme étant l’obligation ou l’alpha et l’oméga nous empêchant de revenir en arrière", insiste-t-elle.
Pour la commune comme pour le monde agricole, la question est désormais celle de la cohérence : si l’État veut préserver le foncier agricole et si le Sydne cherche réellement des alternatives, pourquoi poursuivre les études sur les terres productives de Beaufond ? C’est cette réponse que Sainte-Marie entend désormais obtenir.


