Casier vierge, réserviste et lycéen : à 18 ans, il est condamné après la manifestation à Saint-Pierre

À 18 ans, Pierre* a un casier vierge, prépare son bac et envisage de travailler dans la cybersécurité. Également réserviste au RPIMa, son profil détonne avec les faits qui lui sont reprochés ce mercredi devant le tribunal de Saint-Pierre.
La veille encore, Pierre se trouvait parmi les centaines de lycéens venus de tout le Sud manifester à Saint-Pierre. Ce mercredi, c’est seul qu’il comparaît devant le tribunal correctionnel. Le jeune homme de 18 ans, scolarisé en terminale au lycée Roland-Garros, est poursuivi pour avoir participé à la manifestation avec un mortier d’artifice dissimulé dans son sac, mais aussi pour s’être rebellé lors de son interpellation et avoir frappé un policier au visage.
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Dans le cortège, son comportement attire l’attention des forces de l’ordre. Les policiers le voient entrer et sortir de la manifestation pour changer de vêtements, avant de revenir le visage dissimulé derrière un masque chirurgical et des lunettes de ski. Lorsqu’ils décident de le contrôler, les policiers découvrent le mortier dans son sac. Pierre prend la fuite avant de se retrouver face à un policier qui tente de l’interpeller. Selon les éléments de la procédure, le fonctionnaire reçoit un coup de poing au visage. Tous deux chutent au sol et deux autres policiers sont nécessaires pour maîtriser le jeune homme.
À l’audience, Pierre conteste pourtant avoir porté le moindre coup. Les éraflures qu’il présente au visage seraient, selon lui, la conséquence de son interpellation. Il affirme avoir été "victime de violences policières" et reproche notamment à un fonctionnaire d’avoir placé son genou sur sa nuque pour le maîtriser.
Une version qui peine à convaincre la présidente. "Vous regroupiez tous les indices du comportement d'une personne prête à l'affrontement", lui fait-elle remarquer. "Pourquoi alors avoir pris la fuite s’il n’avait pas l’intention d’en découdre ?"
"Parce que j'avais peur par rapport à ce qui s'est passé à Roland-Garros", répond Pierre, en référence à l’interpellation d’un lycéen vendredi dans son établissement, qui fait l’objet d’une enquête du parquet.
La présidente recadre : "Vous n'êtes pas en droit de vous balader habillé comme ça, avec un mortier."
"Je n'ai pas confiance en la police. Il y a eu plusieurs cas de policiers qui ont abusé de leur statut", finit par indiquer Pierre.
Le fonctionnaire qui affirme avoir reçu le coup présente des ecchymoses aux bras et se plaint de douleurs à la mâchoire, sans trace constatée à cet endroit selon les éléments évoqués à l’audience. Avec les deux autres policiers, il s’est constitué partie civile. Aucun des trois n’est présent, ni représenté au procès.
Lycéen, fils de militaire et réserviste
C’est aussi le profil de Pierre qui interpelle le tribunal. Casier judiciaire vierge, élève de terminale avec les spécialités mathématiques et numérique et sciences informatiques (NSI), le jeune homme souhaite travailler plus tard dans la cybersécurité. Fils de militaire, il est lui-même réserviste au RPIMa. Un parcours que la présidente confronte directement aux faits : "Les valeurs que l'on vous a inculquées, les avez-vous appliquées ?"
Le contraste est également relevé par le ministère public. Pour la vice-procureure, cette défiance envers les forces de l’ordre traduit notamment "un problème d'éducation alimenté par les réseaux sociaux". Elle insiste toutefois sur la nécessité de donner une portée pédagogique à ce passage devant la justice : "J'espère vraiment pour lui que c'est une erreur de parcours. Il faut, à un moment donné, avoir un sens critique. Parce qu'il ne faut pas oublier que la police est là pour assurer notre sécurité." Le parquet requiert notamment une peine d’avertissement de six mois de prison avec sursis simple.
"La seule connerie", avoir accepté le mortier
Pour Me Ben Ali Ahmed, le choix même de la comparution immédiate interroge. L’avocat estime qu’une autre orientation aurait été possible et y voit surtout la volonté du parquet d’adresser un message dans le contexte des manifestations lycéennes.
Sur le fond, il reconnaît une faute : avoir accepté de prendre le mortier d’artifice avec lui. Ce serait, selon lui, la seule "connerie" de son client. Pour la rébellion et les violences, en revanche, l’avocat considère qu’elles "n'ont pas été démontrées" et réclame la relaxe au bénéfice du doute.
Avant que le tribunal ne se retire, Pierre prend une dernière fois la parole. Le ton n’est plus celui de la défiance envers la police : "Je suis déçu de moi et j'ai déçu beaucoup de gens autour de moi."
Le tribunal le condamne finalement à 6 mois de prison avec sursis simple, assortis d’une interdiction de porter une arme pendant 5 ans et de l'obligation d'effectuer un stage de sensibilisation à la citoyenneté. Il devra également s’acquitter de 150 euros d’amende contraventionnelle et verser 1.000 euros au total au titre du préjudice moral aux policiers constitués parties civiles.
Une condamnation qui intervient alors que les manifestations lycéennes de ces derniers jours dans le Sud ont donné lieu à 31 interpellations, dont 28 mineurs, et fait sept blessés parmi les forces de l’ordre, a indiqué ce mercredi le parquet de Saint-Pierre.
*Prénom d'emprunt


