Municipales : ce que révèlent les comptes de campagne des candidats réunionnais

La CNCCFP publie les décisions concernant les municipales contestées devant la justice administrative. À La Réunion, la plupart des comptes sont validés, parfois après correction. Dépenses de campagne, communication des collectivités et remboursements : ces documents éclairent les batailles judiciaires, dont certaines ont déjà connu un dénouement.
Combien les candidats ont-ils dépensé pour les municipales ? Quelles dépenses sont retenues et combien l’État doit-il rembourser ? Les décisions publiées par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) permettent de regarder de plus près le financement des campagnes réunionnaises.
Cette publication concerne uniquement les scrutins ayant fait l’objet d’un recours devant le juge de l’élection. Pour ces dossiers, la Commission disposait d’un délai de contrôle réduit à deux mois. Toutes les décisions ont été notifiées aux candidats avant le 22 juillet. Elles doivent donc être lues à la lumière des jugements rendus depuis.
À l’échelle nationale, 1 194 des 1 282 comptes examinés sont approuvés, soit près de 93 %. Parmi eux, 484 ont toutefois fait l’objet de corrections ou d’une réduction du remboursement. La Commission recense également 48 comptes rejetés, 30 non déposés et 10 déposés hors délai.
Et à La Réunion ?
À Saint-André, le tribunal contredit la Commission
Le dossier de Joé Bédier illustre la différence entre le contrôle de la CNCCFP et l’appréciation du juge électoral. Le 6 juillet, la Commission approuve son compte, qui présente 82.994 euros de dépenses, et fixe son remboursement à 20.764 euros. Elle écarte notamment le grief concernant le magazine municipal diffusé sur Antenne Réunion.
Mais le 1er octobre, le tribunal administratif porte une autre appréciation sur six de ces émissions. Leur tonalité élogieuse et la proximité des thèmes abordés avec le programme du maire sortant conduisent les juges à les considérer comme de la propagande électorale.
Avec seulement 34 voix d’écart au second tour, le tribunal estime que cette irrégularité a pu altérer la sincérité du scrutin. Il annule les élections. La réintégration du coût des émissions entraîne également un dépassement du plafond des dépenses : le compte est rejeté et le remboursement ramené à zéro. Aucune inéligibilité n’est toutefois prononcée.
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La communication de la Région au cœur de plusieurs griefs
La frontière entre communication institutionnelle et campagne électorale se retrouve dans d’autres dossiers, notamment ceux de Céline Sitouze à Sainte-Marie et d’Emmanuel Séraphin à Saint-Paul.
Pour Céline Sitouze, les requérants contestent la campagne de communication sur le bilan de mi-mandat de la Région, diffusée sur les bus. La CNCCFP écarte le grief. Elle considère que cette campagne relève de l’information institutionnelle, qu’elle est lancée en juin 2025 et ne comporte aucune référence à la candidature de Céline Sitouze.
La Commission examine aussi une confusion alléguée entre son compte Facebook et ses fonctions institutionnelles. La candidate indique que la Région ne finance pas ce compte personnel. Le grief est également écarté.
À Saint-Paul, la même campagne régionale sur les bus est mise en cause dans le dossier d’Emmanuel Séraphin. La Commission retient là encore son caractère institutionnel.
Les requérants contestent également la participation d’Huguette Bello, colistière du candidat, à l’inauguration d’un bâtiment de soins au CHOR en décembre 2025. Pour la CNCCFP, cette présence relève de ses fonctions de présidente de Région et ne peut être rattachée à la campagne de Séraphin.
Lors de l’audience du 2 octobre sur la protestation électorale de Cyrille Melchior, le rapporteur public propose de rejeter le recours contre l’élection d’Emmanuel Séraphin. Ces conclusions ne constituent toutefois pas encore un jugement.
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Des comptes rejetés, sans inéligibilité automatique
À Saint-Benoît, le compte de Sabrina Ramin est rejeté en raison d’un prêt de 4.000 euros accordé par une personne physique, déclaré comme versement personnel et sans limite de durée conforme aux règles applicables.
Le tribunal confirme ce rejet le 15 septembre, mais ne prononce aucune inéligibilité. La candidate conserve son mandat de conseillère municipale d’opposition. Dans une procédure distincte, les juges confirment également la victoire de Patrice Selly, dont le compte est approuvé sans correction par la CNCCFP.
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À Sainte-Marie, Richard Nirlo voit son compte rejeté faute de pièces permettant à la Commission de vérifier l’identité des donateurs. La décision ne constate pas des dons illégaux : elle relève que leur contrôle n’a pas pu être effectué.
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L’ancien maire conteste ce rejet. Son dossier doit être examiné vendredi 9 octobre, tout comme ceux de Giovanni Payet, pour absence de dépôt, et de Gilbert Sellier, pour dépôt tardif.
D’autres candidats font également l’objet d’une saisine du tribunal : Maxime Hoarau à Saint-Paul et Marie-Lydie Thiolica à Saint-Benoît pour absence de compte, Alfredo Fontaine au Tampon et Jean Mangué à Saint-Louis pour dépôt hors délai. La Commission ne prononce pas elle-même d’inéligibilité : cette décision appartient au juge administratif.
Des budgets très différents
Parmi les documents examinés, le compte d’Emmanuel Séraphin atteint 157.065 euros de dépenses après ajout de 1.628 euros d’honoraires comptables initialement omis. Son remboursement est fixé à 80.563 euros.
À Saint-Denis, Ericka Bareigts présente 150.019 euros de dépenses, validées sans correction, pour un remboursement de 45.555 euros.
Au Tampon, les dépenses retenues s’élèvent à 98.777 euros pour Alexis Chaussalet, 82.756 euros pour Nathalie Bassire et 73.151 euros pour Patrice Thien-Ah-Koon. Les remboursements fixés sont respectivement de 57.007, 32.505 et 53.398 euros.
À Saint-Louis, le compte de Juliana M’Doihoma est approuvé sans correction, avec 51.135 euros de dépenses et 29.453 euros de remboursement. La Commission écarte les griefs financiers portant notamment sur la participation d’artistes et d’agents municipaux, ainsi que sur la gestion de son compte Facebook.
Pour Céline Sitouze, les dépenses retenues atteignent 51.583 euros après ajout de 976 euros d’honoraires comptables omis. Le remboursement est fixé à 22.564 euros.
Ces chiffres ne constituent pas un classement de toutes les campagnes de l’île. Les comptes des scrutins non contestés ne sont pas encore publiés dans cette série.
Repas, impressions et dépenses oubliées
Un compte approuvé peut avoir été corrigé. C’est ce que la CNCCFP appelle une « réformation » : elle ajoute une dépense oubliée, en retire une qui n’a pas de caractère électoral ou rectifie son classement.
Plusieurs candidats ont ainsi inscrit des frais d’impression de la campagne officielle qui n’avaient pas à figurer dans leur compte. D’autres corrections concernent des repas ou des prestations réalisées après le scrutin.
Chez Didier Robert, à Saint-Paul, 6.000 euros de restauration et de dépenses liées à l’organisation du premier tour sont retirés. Chez Laurent Virapoullé, à Saint-André, 5.383 euros de repas et d’apéritifs sont exclus. Son remboursement reste néanmoins fixé au plafond de 48.633 euros.
À Sainte-Marie, une prestation de communication fournie en nature à Christian Annette est réévaluée de 9.800 à 3.800 euros.
Deux dossiers entraînent une réduction du remboursement pour irrégularité. Éric Fruteau perd 2.310 euros en raison de reçus-dons délivrés à tort pour des versements de colistiers et non restitués. Fabrice Hoarau voit son remboursement réduit de 1.031 euros pour un affichage sur des permanences électorales jugé irrégulier. Leurs comptes restent approuvés.
Un budget élevé ne garantit pas un gros remboursement
L’État ne rembourse pas automatiquement la totalité de la campagne. Le montant dépend notamment du plafond légal, des dépenses retenues et de l’apport personnel effectivement utilisé. Cet apport peut comprendre l’argent du candidat, celui de ses colistiers et des emprunts.
Cela explique certains écarts. Thierry Robert présente ainsi 56.469 euros de dépenses validées à Saint-Leu, mais seulement 758 euros de remboursement, son apport personnel déclaré étant de 800 euros. Ce faible montant ne résulte pas d’une sanction.
Un compte validé peut aussi ne donner droit à aucun remboursement lorsque le candidat obtient moins de 5 % des suffrages. Un excédent peut également conduire à un remboursement nul et, dans certains cas, devoir être attribué à un bénéficiaire autorisé.
Plusieurs résultats déjà confirmés par le tribunal administratif
Ces décisions complètent les contentieux suivis ces dernières semaines. Le tribunal confirme le 8 septembre les résultats au Tampon, aux Avirons et à Saint-Louis.
À La Possession, il maintient la victoire d’Erick Fontaine, mais retire 57 suffrages, ramenant son avance sur Vanessa Miranville de 101 à 44 voix. Celle-ci annonce alors son intention de saisir le Conseil d’État. Les comptes des deux candidats sont, de leur côté, approuvés par la CNCCFP.
À Saint-Leu, la protestation de Thierry Robert est rejetée le 15 septembre. Plusieurs griefs sont déclarés irrecevables parce qu’ils ont été présentés trop tard, ce qui les distingue des accusations examinées puis écartées sur le fond.
Le contrôle national des autres comptes se poursuit jusqu’au 23 novembre. Leur publication progressive doit commencer en décembre.


