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Enquête : 28% des étudiants en licence à l’Université de la Réunion ne mangent pas à leur faim

Ecrit par Thierry Lauret – le jeudi 8 octobre 2026 à 06H38

Selon une étude réalisée sur 1.760 des quelque 8.000 étudiants inscrits en licence à l’Université de la Réunion, 22% des personnes interrogées déclarent un reste à vivre mensuel de moins de 50 euros. L’enquête montre que lorsque leur mère est diplômée de l’enseignement supérieur, 55% des étudiants déclarent que leurs études sont entièrement prises en charge par la famille.

Lors de la crise Covid, les images de files interminables d’étudiants patientant pour obtenir un colis alimentaire avait frappé les esprits. Deux ans plus tard, en 2023, une enquête nationale de l’Observatoire de la vie étudiante (OVE) avait établi que 13% des étudiants ne mangeaient pas à leur faim. Un choc dans un pays, la France, qui prétend siéger parmi les dix plus grandes puissances mondiales.

Dans le cadre du vaste programme d’étude « Fé sort dann fénoir lo malizé. Investiguer la pauvreté multidimensionnelle à la Réunion » mené par une vingtaine de chercheurs et financé par la préfecture et la DEETS (Direction de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarité), la maîtresse de conférences en Sciences de l’éducation Gisèle Rizzo a élaboré, avec ses étudiants de L3 Sciences sociales, un questionnaire sur les conditions de vie des étudiants en licence à l’Université de la Réunion.

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Ce sont ces mêmes étudiants de L3 Sciences sociales qui ont mené l’enquête entre mars et avril 2026, en s‘appuyant sur 70 questions auxquelles 1.760 des quelque 8.000 étudiants inscrits cette année en licence ont accepté de répondre.

Près d'un étudiant de licence sur deux vit chez ses parents

« Le fait que l'enquête soit menée par des étudiants et des étudiantes, cela a présenté à notre sens un plus, puisque cela a permis une mise en confiance », a souligné Gisèle Rizzo lors de la restitution, ce mardi 6 octobre, du programme « Fé sort dann fénoir lo malizé », qui s’est déroulée en présence du président de l’Université Jean-François Hoarau, du préfet Patrice Latron et du sous-préfet chargé de mission cohésion sociale et jeunesse Frédéric Sautron. Ce dernier est l’instigateur de ce programme de recherche innovant visant à appréhender la pauvreté dans ses multiples dimensions.

C’est donc cet aspect multidimensionnel de la pauvreté chez les étudiants en licence que met en lumière l’étude inédite à laquelle une forte population féminine a participé : les femmes constituent 73% des personnes répondantes. À 80,1%, les étudiants en licence sont âgés dans une fourchette de 18 à 21 ans et 18% d’entre eux sont issus d’une famille nombreuse (fratrie de 5 enfants ou plus).

Près d’un étudiant sur deux vit encore chez ses parents (10% en logement universitaire et 36% en studio ou appartement), une situation qui peut s’apparenter à une forme de protection en ces temps de crise du logement, même si 47% des étudiants disent affronter des difficultés de transport pour se rendre en cours.

7% des étudiants se débrouillent pour gagner de l'argent

Sur le plan des revenus et du budget, 66% sont des boursiers du Crous (35% cumulent aussi une bourse départementale ou régionale) et 72% déclarent percevoir une aide familiale totale ou partielle pour mener leurs études. À l’inverse, 18% ne perçoivent aucune aide sociale, 10% disent travailler et 7% avouent « bricoler » ou se débrouiller pour gagner de l’argent.

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« Près de la moitié de la population interrogée dispose de moins de 100 euros par mois après les dépenses nécessaires, comme l’alimentation, le loyer et les factures. Et pour 22% d’entre eux, c’est moins de 50 euros. Le reste à vivre, cette marge réduite, laisse peu de place aux imprévus », constate la maîtresse de conférences Gisèle Rizzo, en insistant sur la situation « préoccupante » dans le domaine de l’alimentation.

Plus d’une personne sur quatre interrogées (28%) confie ne pas toujours manger à sa faim, tandis que 47% admettent ne pas manger équilibré et 75% assurent sauter des repas. L’étude montre que 25% des étudiants de licence renoncent à des dépenses alimentaires au moins une fois par semaine, que 40% se nourrissent grâce au repas à 1 euros du Crous et que 10% ont recours à l’épicerie solidaire du campus.

Une enquête sur le mal-être des étudiants

Les disparités d’accès au logement ou à l’alimentation sont souvent corrélées avec le milieu social dont est issu l’étudiant. « Quand la mère est diplômée de l'enseignement supérieur, 55% des étudiantes et des étudiants disent que leur famille finance entièrement les études. Cette part tombe à 22,4% quand la mère n'est pas diplômée du supérieur. Dans ce second groupe, l'étudiant, l'étudiante, évolue dans une moindre aisance, un moindre confort. Le sentiment de précarité est aussi plus fréquent. Il concerne près de la moitié des jeunes dont la mère n'est pas diplômée du supérieur », relève Gisèle Rizzo.

L’enquête « Fé sort dann fénoir lo malizé » de l’Université de la Réunion ne s’attache pas qu’aux conditions matérielles des étudiants. Elle prétend aussi renseigner sur le mal-être de ces jeunes qui, pour 81% d'entre eux, se déclarent inquiets, voire très inquiets, pour leur avenir. Les étudiantes, surtout, confient plus facilement et plus souvent leur stress ou leur anxiété que les hommes. Selon l’enquête nationale de l’OVE (Observatoire de la vie étudiante) de 2023, 44% des étudiantes (contre 26% des étudiants) présentaient des signes récents de détresse psychologique.

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Parmi les 1.760 étudiants de licence ayant accepté de répondre à l’étude, 198 (11%) font le constat d’une situation de grande précarité et expliquent, pour 58%, avoir pensé à arrêter les études (contre 17% pour la population totale). Isolement, sentiment de décalage ou remarques déplaisantes illustrent cette autre dimension de la pauvreté, celle que nous lisons dans le regard des autres.

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