Non-remplacement des départs à la retraite et fin de 30 CDD : comment l’Université de La Réunion veut économiser 3,29 millions d’euros dès 2026

Placée dans l’obligation de présenter un budget rectificatif en raison de son important ratio de charges de personnels, l’Université de La Réunion doit faire valider le 15 juin en conseil d‘administration une nouvelle feuille de route garantissant un retour à l’équilibre d’ici trois ans.
C’est une étape cruciale dans la mise en place de la procédure exigée par le recteur Rostane Mehdi : mardi 15 juin, le conseil d’administration de l’Université de La Réunion se prononcera sur la délibération fixant, à l’horizon 2029, les conditions de retour à l'équilibre (CRE) des comptes de l’établissement.
Si le projet est adopté, un budget rectificatif sera immédiatement mis en œuvre afin d’interrompre la dégradation de la situation financière de l’université, qui présente un déficit de 6,3 millions d’euros, dont 3 millions d’euros liés à sa masse salariale.
Mais le président Jean-François Hoarau doit sans doute déjà compter les voix sur lesquelles il pourra compter lors du vote du conseil d‘administration. Les syndicats siégeant dans l’instance, y compris celui des étudiants qui l'a déjà publiquement fait savoir, pourraient prendre leurs distances avec le successeur de Frédéric Miranville, dont il s’agit de solder le passif.
Difficile pour les représentants du personnel de justifier auprès de leur base une validation du budget rectificatif, malgré le contexte de crise systémique symbolisé par l’annonce du ministre de l’Enseignement supérieur Philippe Baptiste, lors de sa récente visite dans l’île, de l'intervention d’une mission de l’Inspection générale de l'éducation, du sport et de la recherche (IGÉSR).
13,7 millions d'euros de hausse de la masse salariale en cinq ans
Dans une note sur les conditions de retour à l’équilibre qui sera présentée lors du CA du 15 juin, l’Université de La Réunion indique que les dépenses de masse salariale ont progressé de 13,7 millions d’euros entre 2021 et 2025, passant de 108,2 millions d’euros à 121,9 millions d’euros (+ 12,6 %).
Mais l’analyse de la situation révèle que seulement 30% de la hausse totale de la masse salariale serait imputable à l’établissement, en raison notamment d’une augmentation des effectifs contractuels (60 postes supplémentaires, + 1,84 million d’euros), dont le coût n’est pas effacé par la réduction de 9 postes de titulaires (- 927.000 euros).
L’Université de La Réunion avance que les mesures gouvernementales comme la revalorisation du point d’indice (+ 4,53 millions d‘euros), les mesures Guerini pour les salaires inférieurs à 1,8 SMIC (+ 2,18 millions d’euros), l’ajustement du CAS pensions (+1,39 million d’euros) et le déploiement de la loi de programmation de la recherche (+1,44 million d’euros) pèsent pour 70% dans la flambée de la masse salariale.
Les factures d'énergie et d'eau ont explosé de + 129% en un an
« Ces décisions nationales, non intégralement compensées par la dotation d'État, ont généré un effet de ciseau structurel entre des dépenses contraintes en forte hausse et des recettes progressant à un rythme insuffisant », avance l’Université de La Réunion dans son rapport.
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Autre source d’inquiétude, les dépenses de fonctionnement, qui sont passées de 13,203 millions d’euros en 2018 à 22,930 millions d’euros en 2025 (+ 74 %), avec une explosion des dépenses d’énergie et d‘eau potable qui s’élevaient à 2,92 millions d’euros en 2025, en hausse de + 129% par rapport à l’année précédente !
Dans une vidéo publiée sur Zinfos974, Jean-François Hoarau avait fait valoir un coût de 500.000 euros correspondant à des fuites sur le réseau d’eau de l’établissement, évoquant aussi dans un entretien la nécessité de financer 12 millions d’euros de travaux de réhabilitation de l’établissement.
Entre 25 et 30 CDD non reconduits à la rentrée
Si l’Université de La Réunion dispose d’un délai de trois ans pour rétablir ses comptes à l’équilibre, la feuille de route fixée par Jean-François Hoarau prévoit une économie nette de 530.000 euros sur les salaires dès 2026 (puis de 2,6 millions d’euros en 2027), en tenant compte d’une augmentation de la subvention pour charges de service public de 1,7 million d‘euros.
Pour atteindre cet objectif, entre 25 et 30 contrats à durée déterminée de BIATSS (personnels non-enseignants) ne seront pas reconduits à la rentrée de septembre prochain, ce qui doit générer une économie de 444.000 euros d’ici la fin de l’année et 1,320 million sur une année pleine.
Le non-remplacement de certains départs à la retraite de BIATSS titulaires représente une économie potentielle de 260.000 euros d’ici la fin de l’année (780.000 euros en 2027). Idem chez les personnels enseignants titulaires : les départs à la retraite ne seront compensés qu’à la marge pour permettre d’économiser 610.000 euros cette année et 1,310 million d‘euros en 2027.
Jean-François Hoarau face à la pression des syndicats
Une rationalisation de l’offre de formation (réduction du volume horaire prévue : entre 15.000 et 20.000 heures) est aussi évoquée, sans toutefois être chiffrée. Une mesure qui, là encore, pourrait susciter une franche opposition des syndicats.
Les autres pistes d’amélioration budgétaire concernent la révision des primes accordées aux enseignants, la diminution des dépenses de déplacement ou encore l’augmentation de la taxe d’apprentissage. Au total, l’Université de La Réunion ambitionne de réaliser 3,29 millions d’euros d’économies en 2026, dont 1,61 million d’euros directement liés aux récentes mesures de conditions de retour à l’équilibre.
De quoi provoquer de vives inquiétudes, voire des tensions, dans les rangs des 1.500 agents et contractuels employés par l’établissement. Une onde de choc qui n’épargnera sans doute pas les 16.782 étudiants (chiffre de 2025) inscrits dans l’île.


