À l’Université de La Réunion, la "confusion entre les sphères politique et administrative" pointée du doigt dans un rapport accablant

Comportements managériaux dysfonctionnels, clientélisme, politisation à outrance des instances de décision, masse salariale incontrôlable : un récent rapport du Haut conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (Hcéres) pointe la gestion chaotique de l‘Université de La Réunion.
On pourrait entendre un moustique voler, en ce lundi 16 mars 2026, lorsque le recteur prend la parole pendant le conseil d‘administration de l’Université de La Réunion. Rostane Mehdi, qui s‘exprime devant les élus en tant que chancelier des universités, semble contenir la colère dans sa voix, comme lorsqu’il conteste la présentation de la situation financière faite par l’agent comptable.
« Cette université est confrontée à une situation de crise. Si je voulais faire du mauvais esprit, je dirais qu'elle a une résilience et une résistance à la crise tout à fait remarquable. Si je voulais être réaliste, je dirais que c'est une crise sérieuse. Car là non plus je ne vous suis pas du tout, monsieur l'agent comptable, quand vous dites que le vrai déficit c'est 4 millions d’euros, non. Le compte financier c'est 6,8 millions de déficit. Donc ne venez pas m'expliquer qu'il faut tenir compte d'un chiffre plutôt que d'un autre. La situation financière de l'établissement, c'est l'agrégation de toutes les données dont nous disposons, c'est-à-dire l'insuffisance d'autofinancement, mais aussi le compte financier déficitaire », rectifie sèchement Rostane Mehdi, dans un enregistrement audio dont Zinfos974 a pu prendre connaissance.
Après les scandales qui ont émaillé la dernière mandature de l’ancien président de l’Université de La Réunion Frédéric Miranville, son successeur Jean-François Hoarau hérite d’une institution en piteuse situation financière et minée par les conflits internes, une faillite qui rejaillit sur les quelque 1.500 agents et contractuels. Créée en 1982, l’Université de La Réunion comptait 16.782 étudiants (hors doubles inscriptions) lors de l’exercice 2024-2025, un chiffre en hausse de +5,4% par rapport à 2019-2020.
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Retour au conseil d'administration du 16 mars : citant les conclusions accablantes d’un récent rapport d’évaluation de Haut conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (Hcéres) portant sur la gestion de l’Université de La Réunion sur la période 2024-2025, le recteur Rostane Mehdi lance à l’attention de l'assemblée ce qui ressemble fort, alors, à une mise en garde : « Ne vous méprenez pas, une université n'est pas une communauté politique. Une université n'est pas un conseil départemental, ça n'est pas un conseil régional, ça n'est pas un conseil militaire. C'est un établissement public de l'État. Et un conseil d'administration n'est pas une assemblée politique. Il n'y a pas de majorité, il n'y a pas d'opposition, il y a des administrateurs et des administratrices. »
Jean-François Hoarau présent à la cérémonie de Camille Clain
Un rappel à l’ordre dont le sens n’échappe sans doute à personne dans une université où tous les leviers politiques s’actionnent à chaque élection d’un président. Le dernier élu en date, Jean-François Hoarau, n’échappe pas à ce mélange des genres : le 23 mars dernier, il apparaissait ainsi sur une photo postée sur les réseaux sociaux par la sénatrice PS Audrey Bélim, assis à gauche de celle-ci à l’occasion du conseil municipal d‘installation de la nouvelle maire de l’Entre-Deux Camille Clain, au positionnement politique réputé très à droite. Son premier adjoint, Garry Rivière, est le vice-président aux campus durables et à la transition écologique de l'Université de La Réunion.
« Depuis le dernier rapport d’évaluation du Hcéres produit en octobre 2019, la situation globale de l’université, déjà reconnue comme difficile, s’est très sensiblement dégradée », alertent des experts indépendants dans leur récent rapport d’évaluation, auquel Jean-François Hoarau a répondu par des observations en date du 16 février dernier.
Un constat sans appel qui fait suite à celui publié en novembre 2024 par la Cour des comptes, qui évoquait « un pilotage de l’université fortement fragilisé par une gouvernance défaillante et un manque d’accompagnement de la tutelle ». Et qui tirait déjà la sonnette d’alarme sur « une situation financière dégradée et précaire ». Le rapport d’évaluation du Hcéres déplore en outre un climat de travail « dégradé » et surtout « aggravé au cours de la période récente par des comportements managériaux à l’origine de très nombreux dysfonctionnements ».
« Une forme de présidentialisation, centralisatrice et autoritaire »
Des méthodes de gestion des ressources humaines d’un autre âge qui produisent du mal-être, voire parfois des contentieux au tribunal. « La confusion entre la sphère politique et la sphère administrative » est clairement mise en cause, tout comme « le développement de comportements clientélistes de la part de certains responsables ». Le Hcéres parle même d’une « prolifération » de directions et de services qui nuit à l’efficacité de l’administration, tout comme l’absence d’un DGS de plein exercice.
« Une forme de présidentialisation, centralisatrice et autoritaire » mise en place par Frédéric Miranville qui, jusqu’en juillet 2023, gérait personnellement « les sujets afférents aux finances et aux ressources humaines », tandis que quatre vice-présidents de l’Université de La Réunion exerçaient des responsabilités administratives. Un régime présidentiel avec lequel Jean-François Hoarau jure vouloir rompre, lui qui s'est mis en tête de recruter sur le réseau LinkedIn une nouvelle personne pour piloter la direction des affaires financières. Et tenter de réduire le déficit de 3 millions d'euros creusé par la seule masse salariale. Lors de l'exercice 2024-2025, le budget de l'université s'élevait à 152,1 millions d’euros, dont 116,2 M€ voués au paiement des salaires.



