Cérémonies interdites à Sainte-Rose : la Fédération tamoule appelle à repenser l'aménagement du territoire

Après les réactions de plusieurs associations, la Fédération tamoule de La Réunion prend à son tour position dans la polémique née des arrêtés municipaux interdisant deux cérémonies religieuses privées à Sainte-Rose. Son président appelle à dépasser le conflit actuel pour engager une réflexion plus large sur l'aménagement du territoire réunionnais.
La polémique autour de l'interdiction de deux cérémonies religieuses privées à Sainte-Rose continue de susciter des réactions. Dans un communiqué publié ce samedi, la Fédération tamoule de La Réunion estime que le débat ne doit pas se limiter à une opposition entre la liberté de culte et les plaintes des riverains.
"Les nuisances sonores dénoncées par les habitants sont une préoccupation légitime. La liberté de conscience et de culte, garantie par les principes de la République, l'est tout autant. Les deux doivent pouvoir s'exercer dans des conditions respectueuses de chacun : ce n'est pas un dilemme, c'est une question d'organisation", écrit son président Jean-Luc Amaravady.
Pour la Fédération, cette affaire révèle surtout les limites de certains modèles d'aménagement. Elle estime que les programmes de logements réalisés à La Réunion se sont longtemps inspirés de modèles métropolitains, "sans intégrer les spécificités sociales et cultuelles de notre territoire". Elle appelle désormais à "penser un urbanisme réunionnais, qui anticipe ces besoins plutôt que de les découvrir au moment où les tensions éclatent".
L'organisation propose ainsi que les futurs lotissements et opérations d'aménagement intègrent une réflexion sur des espaces permettant l'exercice des différents cultes, dans le respect des règles d'urbanisme, de la tranquillité publique et des droits des riverains. Selon elle, cette approche permettrait d'éviter que les conflits soient arbitrés une fois installés.
La Fédération appelle également à ne pas opposer les Réunionnais selon leurs croyances. "Cette situation ne doit pas opposer les Réunionnaises et les Réunionnais selon leurs croyances. Elle doit au contraire nous inciter à construire un modèle de développement qui tienne compte de notre diversité, de notre histoire et de notre réalité insulaire", écrit-elle, tout en invitant les collectivités, les représentants des cultes, les aménageurs et les citoyens à ouvrir une concertation sur cette question.
La Fédération indique également que les pratiques religieuses tamoules se sont longtemps exercées dans les cours des habitations. « Nout gramoun i koné : na poin lontan, bann Malbar té oblijé kasièt pou pratik zot Relijion. Sé pou sa zot la fé zot sapèl dan la kour, pou priyé san sa zot lé té trakasé. Sa la pa in viyé Zistoir — sa lé ankor dan la Mémoir », écrit Jean-Luc Amaravady, estimant que cette mémoire collective ne peut être ignorée dans le débat actuel.
Cette prise de position intervient alors que le dossier continue de diviser à Sainte-Rose. La municipalité assure que ses arrêtés visent exclusivement des troubles de voisinage liés à des nuisances répétées et non la pratique d'un culte. De son côté, la famille concernée conteste les nuisances qui lui sont reprochées et réclame toujours l'ouverture d'une médiation.


